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Visite de l'île de Siek

- L'île de Sieck à Santec - 17 avril 2018 -

Durant notre balade, le vent violent s'est parfois érigé en censeur, les rafales emportant vers l'île de Batz quelques pans du discours de Maryse Lacut. Mais la passion et l'expérience de notre guide bénévole ont eu raison des frasques d'Eole, nous permettant de nous imprégner de l'histoire de l'île et d'en appréhender la diversité botanique.

Géographie

Culminant généreusement à 24 m et se déployant sur 1 km de long et 300 m de large, l'île couvre 18 ha. Probablement encore rattachée au continent au Moyen Âge elle est, à présent, séparée de Santec par un chenal de 300 m aisément franchissable à pied à marée basse. Sieck est une propriété privée appartenant à la famille de Kergariou. Seul le chemin d'accès au port est libre de droit depuis 1787.

Histoire

Le nom "Sieck" viendrait d'un disciple de Saint Paul Aurélien, St Hieck (Haut Moyen-Âge), dont l'empreinte se retrouve également dans les suffixes de Santec, Mogueriec et Guillec.
Sur notre parcours nous avons rencontré de nombreux vestiges d'ouvrages et bâtiments témoins de la vie passée :

- la ferme, construite en 1705 et exploitée jusqu'en 1975. Elle est aujourd'hui la résidence secondaire d'une des propriétaires.
- le premier vivier de l'île (19ème siècle)
- un des 5 fours à goémon dont les locaux partageaient l'usage avec des récoltants venant essentiellement de Plouguerneau.
- les maisons de pêcheurs et leurs citernes attenantes
- la conserverie de sardines
- le port avec son môle actuel, construit dans les années 1950, dont le soubassement en pierre n'est rien d'autre qu'une partie du premier môle édifié en 1870.
- le mur de défense circulaire et le corps de garde érigés sur les consignes de Vauban

Utilisant tous ces éléments comme supports, Maryse Lacut nous a conté l'histoire singulière de l'île évoquant :
- ses productions agricoles (choux-fleurs, artichauts, pommes de terre...)
- son étonnante épopée sardinière:

Une minuscule crevette, la "menuse", proie favorite des sardines, abondait dans la baie. Les pêcheurs faisaient remonter les "poissons d'argent" en jetant de la rogue préparée, à partir d'oeufs de poissons salés, par les pêcheurs normands venus traquer le maquereau. Sieck servait de base en raison de sa proximité avec les lieux de pêche. Alors qu'en 1725 on ne recensait que 9 chaloupes sardinières, elles étaient 124 en 1873.
Léopold Deschamps, bourgeois roscovite, créa en 1864 une conserverie qui succédait ainsi aux presses à sardines en fonction depuis au moins le début du 18ème siècle. Près de 100 familles ont alors vécu de la pêche et de la conserve. Malheureusement,
la raréfaction des bancs de sardines et la gestion maladroite de l'usine provoquèrent la mise en faillite de cette dernière en 1888. La pêche à la sardine cessa définitivement en 1950.

- la présence militaire

Dès le 17ème siècle, la position stratégique de Sieck justifia une présence militaire française. A la pointe ouest se dressent encore les ruines du corps de garde édifié sous Louis XIV quand Vauban décida de protéger les côtes bretonnes des incursions anglaises. Le système de défense de l'île consistait en un ensemble de constructions organisées autour d’une fortification semi-circulaire, aux blocs de granit soigneusement appareillés, abritant une batterie et son four à rougir les boulets.

En 1940, les Allemands reprirent et aménagèrent les installations existantes. L'échec d'une tentative de transfert en Angleterre de deux officiers britanniques par un bateau de pêche local entraîna des représailles destructrices. L'occupant obligea les embarcations à mouiller dans les parages de Moguériec avant de dynamiter la conserverie et les maisons près du port. D'autres habitations furent visées et anéanties au cours d'exercices de tir des batteries côtières.

Intéressés, tout comme Vauban trois siècles plus tôt, par la position de Sieck, les Allemands y installèrent une importante garnison. De la pointe ouest de l'île, ils pouvaient contrôler l'entrée de la baie et tout un secteur de la Manche. Le corps de garde fut doté de plusieurs canons et systèmes de surveillance. Cet accaparement de l'île provoqua l'exode de ses habitants. L'école ferma à la fin de l'année scolaire 1942-1943 et les derniers insulaires s'implantèrent au Dossen.

- le camp d'internement

Plus inattendue est l'utilisation de la conserverie désaffectée, définitivement fermée en 1885, comme prison de 1914 à 1917.
Le samedi 1er août 1914, la terrible nouvelle de la mobilisation générale se répandit. Le lundi 3, l’Allemagne ouvrit les hostilités et les ressortissants allemands, autrichiens et hongrois résidant en France furent immédiatement arrêtés puis orientés vers différents lieux de détention.
Le 19 septembre, un train spécial quitta Angers pour Brest, et une partie du convoi fut dirigée sur Saint Pol.
Le 20 septembre, 351 Allemands, Autrichiens et Hongrois mobilisables par l'ennemi arrivèrent sur l'île et furent aussitôt installés dans l'usine.
En décembre 1916, la décision de fermer le camp d'internement de Sieck fut prise par le ministre de l'Intérieur en raison des dépenses élevées qu'il fallait envisager pour réparer les bâtiments vétustes.
En janvier 1917, 70 détenus furent transférés au dépôt de Kerbeneat en Plounéventer et 156 sur le camp de l'île Longue. Seuls 10 hommes de corvée restèrent quelques jours à Sieck pour nettoyer et remettre les locaux en état avant le constat des lieux, effectué le 25 janvier à la demande de la comtesse de Kergariou, en présence du sous-préfet de Morlaix.

- l'école

Elle a accueilli, de 1887 à 1943, les petits îliens mais également des enfants du Dossen. Cet établissement qui a recensé jusqu'à 32 élèves (année 1907/1908) n'avait pas d'unique que sa classe puisque les horaires, loin des normes continentales, fluctuaient au rythme des marées. Un élève était chargé de surveiller la marée montante pour donner le signal du retour sur le continent.
Pour retrouver d'intéressants développements et témoignages sur ces différents sujets :

http://www.roscoff-quotidien.eu/sieck.htm#hstoire

Santec-histoire.blogspot.fr/2007/03/sieck-le-dossen-histoire-dune-cole-1887.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Île_de_Sieck

Botanique

Chemin faisant, notre guide s'est arrêtée devant les nombreuses plantes rencontrées, mentionnant souvent leur comestibilité (C), leurs propriétés médicinales (M), leur toxicité (T). En voici, au fil des milieux explorés, la liste non exhaustive.
1)
La traversée de l'estran a donné l'occasion de différencier deux algues vertes : l'ulve (laitue de mer)(C),qui prolifère quelquefois au point de s'accumuler en couches épaisses et la filamenteuse entéromorphe (cheveux de sirène)(C).

2) En bordure du sentier menant au port, les murets de pierre sèche accueillent:

- le sedum âcre (poivre des murailles) (M)
- le thym (C)(M)
- le silène maritime dont le nom fait référence à un personnage de la mythologie grecque. Silène était un satyre au ventre rebondi, père adoptif et précepteur du dieu Dyonysos.
- le
nombril de Vénus (ombilic des rochers) (C)(M).

[petit aparté faunistique : deux gastéropodes sont présents en grand nombre entre les pierres. Il s'agit de l'escargot des dunes et de la cochlicelle pointue (cornet étroit)]

3) Sur le même chemin, au milieu des touffes herbeuses, croissent :

- la betterave maritime (C)
- le plantain lancéolé (M)
- la renoncule rampante (bouton d'or) (C cuite )(T fraîche)
- l'ajonc d'Europe qui fleurit de mars à juin alors que la floraison de son compère, l'ajonc Le Gall explose de juillet à novembre
- l'
armérie maritime ( gazon d'Espagne)
- l'
herbe à Robert (M)
- l'euphorbe réveille-matin (T). Comme chez la plupart des plantes de cette famille, son latex est très irritant (voire délétère pour les yeux). Plus ludiquement, le lait extrait de la tige peut-être utilisé comme encre sympathique. Pour faire apparaître le texte secret, il suffit de tremper dans du vinaigre la feuille écrite.
- la
potentille rampante
- le jonc maritime
- la moutarde sauvage (C)(M)
- l'iris fétide (iris gigot, iris puant) (T)
- le cranson danois
- la ficaire (C cuite )(M)
- la matricaire(M)
- le houx fragon (M)
- la pervenche (M)
- l'oenanthe (T). Appartenant à la même famille que la cigüe, cette plante est très toxique des feuilles aux racines.
- le
prunellier (épine noire)(C)(M). Dominant la végétation basse, plusieurs exemplaires de cet arbuste sont colonisés par les chenilles d'un papillon nocturne, l'hyponomeute. Regroupées à l'intérieur d'un solide voile de soie, elles dévorent les feuilles puis, après avoir fait table rase, migrent vers d'autres lieux de "restauration".Malgré une destruction à 80% de leur feuillage, les arbres semblent ne subir qu'une inhibition momentanée de croissance.

 4) Une incursion sur le haut de l'estran voisin nous a permis de découvrir:

- le crambe maritime (chou marin) (C). Bien que comestible sa récolte est interdite puisque l'espèce est protégée. Selon notre guide, le prélèvement des graines serait cependant autorisé.
- le
cakillier maritime (roquette de mer)(C)(M). Certaines sources évoquent son utilisation au Moyen-Âge par les navigateurs contre le scorbut (présence de vitamine C).

5) A proximité du môle se déploie un tapis d'obiones(C), plantes halophytes pensionnaires habituelles des prés salés.

6) Regagnant la sortie de l'île par l'étroit sentier dunaire de son littoral nord, nous avons observé les grandes taches noires, jaunes ou grises que forment les lichens tapissant les roches en contrebas. Maryse Lacut en a profité pour nous rappeler que ces organismes résultent de la symbiose entre une algue et un champignon. Leur prolifération est directement liée à la qualité de l'air. Une grande présence de lichens témoigne d' une faible pollution atmosphérique.



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