Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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Le Front Populaire
Conférence de Mr Daniel Cléac'h - 14 avril 2011

Période courte : de mai 1936 (la gauche au pouvoir) à mai 1938 (Daladier, radical, devient président du conseil), le Front Populaire reflète les enjeux et les problèmes des années 30, juste avant la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas seulement une expérience politique, mais un vaste mouvement social, syndical (la CGT passe de 1 à 4 millions d’adhérents), culturel (éveil des idées d’éducation populaire, de loisirs et de culture pour tous). Ces idées survivront à l’échec du Front. Une partie d’entre elles sera reprise par le Conseil National de la Résistance en 1945.
Episode passionné, glorifié par les uns, diabolisé par les autres.

1) Début du gouvernement Blum : embellie du printemps-été 1936

- Elections et victoire de la gauche :

Après le krach boursier de 1929 le monde entier traverse des années de crise, dont on commence à sortir par la préparation à la guerre. Finies les années 20, où on se figurait un monde de paix. Hitler entreprend le réarmement massif de l’Allemagne.
La crise a provoqué des dégâts épouvantables : pas d’Etat Providence pour venir en aide aux chômeurs. Chute des revenus agricoles et mécontentement dans les campagnes.
On perçoit le danger du totalitarisme (URSS) et du fascisme (Italie, Espagne). En France, les Ligues d’extrême droite (ex. les Croix de Feu) combattent le régime parlementaire et sont perçues comme une menace contre la démocratie et un danger fasciste (manifestation du 6 février 34 contre le Parlement).
Face à ces dangers extérieurs et intérieurs se constitue un rassemblement antifasciste, populaire avant d’être politique, autour d’un programme en trois mots : pain, paix, liberté.
Les formations de gauche sont le Parti Radical Socialiste, bien implanté dans les classes moyennes ; le Parti Communiste, à l’écoute de l’URSS ; la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), issue du congrès de Tours. Les trois partis s’unissent malgré leurs contradictions :
- accord programmatique sur le « slogan » pain, paix, liberté ;
- accord électoral : au 1er tour chaque formation se présente sous ses couleurs, au 2ème tour seul reste le candidat le mieux placé.
Grâce à cette discipline électorale, un grand nombre de députés de gauche sont élus. Grand gagnant : le PC, qui constitue un bloc au parlement, mais refuse de participer au gouvernement dans un régime bourgeois.
Léon Blum devient président du conseil. 64 ans, grand bourgeois d’origine juive, ce qui déclenchera contre lui un déchaînement d’antisémitisme. Il représente les hésitations et les contradictions de la gauche, entre socialisme et république, entre pacifisme et antifascisme, entre conquête du pouvoir et exercice du pouvoir. Son discours après les élections invite à exécuter le programme du Front à l’intérieur du régime actuel. Expérience plutôt réformiste que révolutionnaire.
Noter dans le gouvernement la présence de femmes (Irène Joliot Curie, Cécile Brunschvicg)

- Les grèves et les accords de Matignon

Dès le mois de mai se déclenche un mouvement de grèves, qui s’étend rapidement des papeteries de la Vienne aux usines d’armement, puis à tous les secteurs d’activité : 12 000 entreprises, 2 millions de grévistes. Grande nouveauté : ce sont des grèves avec occupation d’usines, pour éviter le blocage du patronat ; montrer que l’ouvrier est propriétaire de son outil de travail ; affirmer son existence comme classe ouvrière.
Les grèves font très peur et sont vécues par les patrons comme un viol de la propriété. Les patrons font pression sur Léon Blum pour provoquer la discussion. Les accords de Matignon sont négociés eu quelques heures entre patrons et ouvriers, avec l’arbitrage de l’Etat. Les ouvriers obtiennent :
- la reconnaissance de la liberté syndicale
- l’élection de délégués
- la discussion de contrats collectifs par branche
- l’augmentation des salaires (de 6% à 15% selon le niveau du salaire)

- Les lois du Front Populaire (été 1936)

Les grèves se prolongent en juin, Maurice Thorez intervient pour y mettre fin : « Il faut savoir finir une grève ».
Les lois populaires sont votées :
- 40 heures sur 5 jours
- Deux semaines de congés payés (d’autres s’y ajouteront à la libération, en 1956, en 1981).
- Début des nationalisations : usines d’armement, création de la SNCF.
- Création de l’Office National Interprofessionnel du Blé (ONIB) qui garantit un aux paysans un prix minimum du blé. L’augmentation des salaires ouvriers et du revenu des agriculteurs avait pour but de combattre la crise en relançant la consommation. (Rappel du rôle important de Tanguy Prigent à cette époque).
- Prolongation de la scolarité de 14 à 16 ans. Passage significatif d’ « instruction publique » à « éducation nationale ». Changement qualitatif, volonté de culture.
L’ « état de grâce » des semaines de juin et de juillet est resté fortement ancré dans la mémoire collective.

2) Les difficultés

Automne-hiver 1936-1937 : face au coup d’état de Franco contre la république espagnole et le Fronte Popular, la gauche est divisée : Léon Blum, tenté de répondre à la demande d’aide des républicains, est contredit à l’intérieur de son propre parti par Edouard Herriot. Le PC pousse à fond à l’intervention. Les dictatures fascistes soutenant Franco, il y a risque d’affrontement guerrier, à un moment où la guerre n’est pas envisageable. La France meurtrie par la guerre de 14-18 est avide de paix. Elle est isolée en Europe : l’Angleterre est alors dans la ligne de l’apaisement. Blum décide la non-intervention, mais permet l’activité des brigades internationales, ouvre ses ports aux navires de l’URSS venant au secours des Espagnols. Reste l’image catastrophique de la France et des démocraties, qui n’ont pas réagi au drame espagnol.

Danger de guerre avec l’Allemagne : en 1938 Hitler déclare l’Anschluss et annexe l’Autriche. Les accords de Munich (Hitler, Mussolini, Chamberlain, Daladier) livrent la Tchécoslovaquie à Hitler dans l’illusion de sauver la paix. On gagne du temps devant une guerre qu’on pressent inévitable.

Problèmes économiques : Les mesures prises en faveur des ouvriers diminuent la production et font augmenter les prix. Les banques ne sont pas nationalisées, il n’y a pas de contrôle des changes. La fuite des capitaux prive la Banque de France de la moitié de sa réserve. La dévaluation du franc devient nécessaire dès septembre 1936. Les salaires dévalués diminuent le pouvoir d’achat. De nouvelles grèves entraînent une scission au sein de la base du Front Populaire.

Difficultés politiques : en février 1937 Blum proclame la pause des réformes et demande les pleins pouvoirs mais la majorité du Sénat (radicaux plutôt centristes) est hostile au gouvernement. Blum démissionne. Le gouvernement est ensuite dirigé par les radicaux, de moins en moins soutenus par les socialistes. De leur côté les communistes traitent Blum de « fusilleur » après la mort de 5 manifestants de gauche au cours de la manifestation de février 37 (manifestation de gauche contre un meeting du Parti Social Français issu des ligues d’extrême droite).
La droite se radicalise et mène des actions de provocation pour déstabiliser l’Etat et dénigrer le communisme. On passe en France de l’antifascisme à l’anticommunisme.
C’est la fin désenchantée du Front. Le mouvement associait des intellectuels, la classe moyenne dans le parti radical, et les classes populaires. L’échec est dû au désaccord entre ces catégories et aux contradictions de la gauche.
Mais les idées du Front rebondiront à la Libération. Les pistes ouvertes (Etat providence, Sécurité Sociale…) seront généralisées. L’intégration progressive de la classe ouvrière à la nation se poursuivra. Le mythe de l’union de la gauche perdurera.