Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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Les prisons 
Jean-Yves Henry - Délégué régional de l'association Nationale des visiteurs de prison
31 Mars 2011

Le rôle des visiteurs de prisons :

On compte 1400 visiteurs de prisons en France, répartis dans les 9 régions pénitentiaires.
On peut être visiteur de 21 à 75 ans. Après avoir été agréé par l'Administration pénitentiaire, le visiteur doit suivre une formation à l’écoute, s’engager à des visites régulières (tous les 8 ou tous les 15 jours), savoir faire preuve d’un certain détachement affectif.
Les rencontres sont individuelles. Ce sont les assistants sociaux qui attribuent à chacun les personnes à visiter parmi ceux qui en ont fait la demande. On ne connaît rien de celui qu’on visite. Ne jamais demander : « pourquoi êtes-vous là ? ». Durant la visite on parle de tout et de rien, comme de bons amis. L’amitié se crée petit à petit. Quand le détenu dit pourquoi il est en détention, s’efforcer de comprendre le sens de sa peine, et de le lui faire comprendre à lui aussi.

Ce qui pousse un détenu à demander à rencontrer un visiteur :

C'est avant tout la solitude, le besoin de communiquer. Internet et téléphone sont interdits. La différence d'éducation est souvent un obstacle à l'échange. En détention il n’est pas facile de parler. Aux co-détenus ? Un secret confié est vite divulgué si par la suite un différend éclate. A l’avocat ? Celui-ci est très souvent commis d’office et les entretiens sont réduits au minimum. A la famille ? Elle aussi est victime de la détention, et supporte souvent une charge très lourde au quotidien. Reste le visiteur. Les échanges entre lui et le prisonnier sont strictement confidentiels. Il n’exerce aucune influence sur le temps de détention.

Les droits du visiteur : Un seul, entrer en communication, prendre part à la misère. C'est souvent un modérateur, un régulateur. Difficultés de relation : tel prisonnier arrive survolté (le surveillant avait été malpoli). Le visiteur lui conseille d’être soi-même poli pour améliorer la relation. Discussion pas facile avec un autre. Le visiteur s’aperçoit qu’il ne sait ni lire ni écrire, lui apprend à lire jusqu’au moment où le prisonnier peut lire un livre de la bibliothèque. Problèmes de réinsertion : le détenu libéré retrouve une ville et des manières de vivre qui ont considérablement évolué. Certains sortent seuls, sans personne pour les attendre. Le visiteur peut aider à leur sortie et faciliter leur réadaptation.

Les devoirs : Ne rien faire entrer en prison : ni cigarettes, ni nourriture, ni courrier, même les timbres qui peuvent ensuite faire l’objet d’un trafic. (Par contre on peut envoyer des timbres à un prisonnier par la poste, puisque tout le courrier est contrôlé.). Tout doit être déposé à l'entrée, téléphone, argent, etc...Le visiteur est seul dans une pièce avec le détenu. C'est le cas de tous les intervenants (enseignants, animateurs etc...).

Les conditions de vie en prison : elles sont extrêmement dures. Presque tout est interdit. Fouilles, y compris au corps, quoique moins souvent pour ces dernières.
Taille de la cellule : 9 m2 pour 4 personnes d'où une promiscuité insupportable. La télévision allumée à longueur de journée jusque très tard dans la nuit, avec des programmes bruyants. Comment, dans ces conditions s'adonner à la lecture ... Quand aux sanitaires n'en parlons pas...
Condition impossible en prison pour les pédophiles, rejetés et agressés par les autres détenus.
Le trafic de drogue est présent dans les prisons. Drogue sans doute fournie par la famille.

Quelques chiffres

Population carcérale : 70 198 personnes dont 17 500 prévenus. A plus de 90% des hommes. Le surpeuplement est de 23% en maison d’arrêt (attente de jugement et courtes peines). Il augmente de 1% par an. Actuellement 13680 personnes de trop dans les prisons. 230 dorment sur des matelas par terre.
Motifs de condamnation, par nombre décroissant : Violence, viol, trafic de drogue, vol, crime de sang, violence involontaire.

Travail en détention.

Contre une maigre rémunération dont 1/3 sert à « cantiner », 1/3 est réservé pour les parties civiles, et 1/3 en vue de la libération. Possibilité de suivre une formation pendant la détention. Mais la formation demandée peut provoquer le déplacement du prisonnier vers la prison qui assure cette formation. Cet éloignement de la famille peut entraîner la distension des liens affectifs. Le nombre de divorces et de séparations est important.

La nourriture : une nourriture bas de gamme, diversement appréciée par les détenus.

Soins médicaux :

Assurés par les médecins des hôpitaux publics. Les détenus ayant souvent une multitude de pathologies, les médecins sont débordés.
Cas des détenus qui devraient être en hôpitaux psychiatriques. Cela coûte moins cher de les maintenir en prison : 80 € la journée en prison contre 600 € à l’hôpital.
Preuve que les détenus ne sont pas soignés en prison : à la sortie on leur enjoint de se soigner.
Pénurie d’infirmières. Dans certaines prisons on distribue les médicaments par semainiers, ce qui permet les échanges entre détenus, ou les changements de doses.
Le secret médical exclut les échanges entre les médecins et le personnel hospitalier. D’où des absurdités. Ex. le médecin qui à la sortie prescrit du viagra à un pédophile.
La prison reste le concentré de toute la misère humaine.

Le personnel pénitentiaire : métier peu valorisant, disposant de moyens et de formation insuffisants. D’une manière générale le personnel fait sérieusement son travail.

L'enseignement : Il est assuré par l'Education nationale ou par des associations comme Genepi, mais il n'est pas obligatoire sauf pour les mineurs. Il est très difficile de toucher les détenus qui en auraient besoin : manque d'intérêt, priorité au travail qui est rémunéré, manque de continuité etc...Dans certaines maisons d'arrêt des ateliers ont été mis en place (musique, arts plastiques, informatique...) mais là aussi on rencontre les mêmes problèmes.

En réponse à une question posée :

L’enfermement n’est pas une solution. La prison normalement devrait être l’exception.
Alternatives : - les Travaux d’Intérêt Général - le bracelet électronique. Celui-ci génère cependant des situations difficiles : la personne est à la fois le détenu et son propre surveillant.