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Les déclins des Abeilles
Jacqueline PIERRE, chercheur à l’INRA ER

Définitions :
« Déclins » au pluriel, car on parle de diverses surmortalités ou d’extinction voire de disparition (dans le cas du CCD : Syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles ou CCD pour l'expression anglaise « Colony Collapse Disorder » est le nom donné à un phénomène d'abord appelé « syndrome de disparition des abeilles » ou également « Fall-Dwindle Disease » (maladie du déclin automnal des abeilles).  Ce phénomène touche les abeilles et par contre-coup la production apicole dans une grande partie du monde. Il touche peut-être aussi des abeilles sauvages.
Abeilles au sens large  : insectes hyménoptères de la famille des Apoïdes, à distinguer des Vespoïdes (les guêpes) et des Formicoïdes (les fourmis).

Classement :
Abeilles sociales :
-    genre Apis : 7 espèces dont la mellifera (productrice de miel), elle-même subdivisée en 24 races (ex : l’abeille noire d’Ouessant).
-    genre bourdons, trapu et poilu, à ne pas confondre avec le faux-bourdon, mâle des abeilles.
-    mellipone, présente en Amérique Latine.
Abeilles solitaires ou subsociales : font leurs nids au sol ou dans des tiges creuses. Chaque femelle pond ses œufs.

Autre classement :
« Managées » et utilisées par l’homme :
-    apis mellifera
-    certains bourdons
-    certaines mellipones
-    certaines abeilles solitaires, pour assurer la pollinisation.
Sauvages ou indigènes, rendant des « services gratuits » dans un système de relation mutualiste avec les plantes : alimentation pour les abeilles (pollen et nectar), pollinisation pour les plantes.
La pollinisation est indispensable à certaines plantes, d’autres profitent aussi du vent, d’autres, comme le blé, se passent totalement de pollinisation croisée.
Parmi les abeilles, les espèces généralistes vont butiner sur n’importe quelles plantes, d’autres sont spécialisées à une ou plusieurs plantes.

Déclin de l’abeille domestique
L’homme profite des produits des abeilles depuis des milliers d’années. Une gravure du XVIème siècle inclut la récolte du miel parmi les travaux des champs. Une planche de l’Encyclopédie (XVIIIème siècle) représente un atelier de production de la cire (rôle prédominant à cette époque comme moyen d’éclairage).
Rappel biologique :
-    Les adultes se partagent en 3 castes : reine, ouvrières, mâles ou faux-bourdons (reconnaissables à leurs gros yeux, leur corps trapu. Ils n'ont pas de sac à pollen, ils ne servent qu'à la reproduction)
Une ouvrière est successivement, selon son âge, nourrice, nettoyeuse, ventileuse, et butineuse en fin de vie.
-    Le couvain : stades du développement : œufs, nymphes, larves.
-    La ruche contient des stocks de miel, de pollen, de cire, de propolis.

Le déclin de l’abeille domestique, ou perte de cheptel, est dû à plusieurs causes :
-    Les maladies infectieuses  (bactéries, virus, champignons). Apparition de nouvelles maladies : nosemose, IAPV (virus responsable d’une paralysie aiguë)
-    Le parasitisme (varroa et autres acariens)
-    La prédation (récemment le frelon asiatique, depuis longtemps frelon, guêpe, araignée..)
-    Les intoxications : insecticides + pesticides. Si les insecticides utilisés sur les plantes à fleurs sont contrôlés, leur combinaison avec un fongicide peut être très nuisible, et les tests n’ont pas été faits sur les larves.

Autres causes possibles :
-    Diversité génétique restreinte : ex : l’abeille sélectionnée pour être moins agressive envers l’homme perd une part de sa capacité de résistance. On peut imaginer qu’une abeille très agressive résisterait au frelon asiatique, ou se débarrasserait du varroa. La sélection diminue la rusticité des abeilles.
-    Mauvaises pratiques apicoles : la grande majorité des ruches appartient à des amateurs, peu ou pas formés à cette pratique délicate.
-    Surexploitation des colonies : exemple en Amérique, où les ruches sont transportées par milliers en camion sur des distances énormes, pour polliniser ici ou là selon la saison (diapo 16). Les abeilles meurent en grand nombre du fait de cette surexploitation.
Il faut compter aussi avec l’environnement pauvre (monoculture réduisant la variété des nectars et des pollens), et avec des modifications du comportement de butinage ( défaut d’orientation, mauvaise perception du sucre).
La perte de cheptel chez les abeilles domestiques est en fait due à des interactions  entre des causes multiples.

Déclin des abeilles sauvages :
Comment l’évaluer ?
Il est très difficile de collecter des preuves par espèces : collecter où ? comment ? sur quelle durée ? en rapport avec quelle référence ?
D’autre part le bilan fourni par les publications scientifiques est limité, donc peu caractéristique : études en France, Belgique, Grande-Bretagne, Irlande, Hollande, Hongrie ; aux USA dans l’ Ontario & l’Illinois ;  au Nord du Brésil. Ces études signalent environ 18(? ) espèces de boudons en danger  sur 250.

Pour un bilan de la situation :
Etablir a priori l’hypothèse qu’il y a risque de déclin, et se baser sur un schéma qui met au centre la structure du  paysage (diapo 22). Celle-ci détermine  le rapport plus ou moins bon entre la communauté d’abeilles et la communauté de plantes, et donc la valeur de la pollinisation. D’où le rôle important  des facteurs économiques et politiques dont dépendent la gestion du paysage et de l’environnement .
En tenant compte de ce schéma faire des études comparatives des populations d’abeilles en fonction de l’environnement : paysage agricole/paysage urbain ; paysage Bio/conventionnel/OGM ; paysage agricole/paysage non cultivé. Comparer d’une part les besoins biologiques et d’autre part l’environnement en tant que ressource alimentaire, site de reproduction, site de nidification, site d’hibernation, niche climatique (procéder par groupes, car il est impossible de faire ces études par espèces).

La pollinisation garantit 9,5% de la valeur économique de la production agricole mondiale. Sur 107 cultures dont la production excède 4 millions de tonnes par an, le degré de dépendance à la pollinisation est essentiel pour 13 d’entre elles, élevé pour 30, modéré ou faible pour 42, nul pour 7. Il y a conjonction entre l’idéologie écologique et les intérêts économiques.

Le déclin des pollinisateurs : mythe ou réalité ?
S’agit-il d’une baisse du nombre des pollinisateurs, ou d’une augmentation trop forte de la demande ? En 50 ans la production agricole dépendante de la pollinisation a augmenté de 300%, la production indépendante de 100%.

Les mesures à prendre
Concernant les abeilles « managées » par l’homme
-    Meilleure information et formation des apiculteurs
-    Amélioration des pratiques apicoles et de la gestion du cheptel 
-    Amélioration des pratiques agricoles
-    Recherche des causes de surmortalité
-    Recherche de nouveaux traitements contre les maladies
-    Services d’appui (vétérinaires, centres de formation)

Concernant les abeilles sauvages
Programmes de recherche sur la bio-conservation : analyse des besoins biologiques de groupes d’espèces.
Aménagement du paysage en fonction de ces besoins (maintien de la diversité florale, zones de pâturage pour abeilles, conservation de sites de nidification).

http://www.apistory.fr/INDEX.html
   
    Abeille rapportant de la propolis               Pollen dans les "corbeilles"                               Une reine





Abeille noire

Pollen sur les pattes

Les trois castes


Essaim

Larves

Ventileuses devant la ruche

Où est la reine ?

Frelon asiatique

Varroa

Butineuse en plein travail

Larves