Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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La guerre d’Algérie
Daniel Cléach – 29 mars 2012
Compte rendu venant en complément du document distribué le jour de la conférence
 
          Sur un sujet aussi complexe, le rôle de l’histoire est de dépassionner le débat, sans mythe ni tabou. Ce qu’on nommait « les évènements » n’ont été reconnus comme guerre qu’en 1999 par le Parlement : fait révélateur d’un malaise qui aujourd’hui encore n’est pas totalement éteint.
          Les guerres d’Algérie sont multiples : guerre de décolonisation opposant Algériens et Français ; guerres civiles : divisions entre Français de métropole et pieds noirs, divisions des Français de métropole entre eux ; divisions entre Algériens : FLN contre MLN, problème des harkis.
Chaque groupe a de la guerre une expérience différente : Français de métropole ou pieds noirs, militaires de carrière ayant fait l’Indochine ou appelés du contingent. Même à l’intérieur du contingent les expériences sont contrastées : ceux des opérations dangereuses, ceux des bureaux. Une telle guerre ne peut pas donner lieu à une mémoire commune.

Commentaire de la carte d’Algérie :
Le FLN partage l’Algérie en 6 wilayas ou districts. Noter la W2 (Constantinois), lieu d’émeutes durement réprimées en 1945 et 1955, considérées comme les racines de la guerre.
La W3 couvre la Kabylie (théâtre en particulier des massacres de Palestro en 1956 et Melouza en 1957.

Pourquoi la guerre d’Algérie ?
Point de départ : La « Toussaint rouge ». Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, le FLN (une centaine de jeunes nationalistes) passe à l’action directe par une série d’attentats, tous à la même heure, répartis sur tout le territoire. Personne n’imagine encore que c’est le début d’une longue guerre.
Situation de l’Algérie avant 1954 :
-« L’Algérie c’est la France », divisée en 3 départements. Chefs-lieux : Oran, Alger et Constantine. Les villes sont essentiellement européennes. On compte 1 million d’Européens pour 9 millions1/2 d’Algériens. Leur présence est ancienne. Moyennant des spoliations ils ont mis en valeur le territoire par des cultures d’exportation (vigne, orangers). Ils sont d’origine française mais aussi étrangère (Espagnols, Siciliens, Calabrais, Maltais) , sans compter les Juifs autochtones, dont certains installés dès avant l’invasion barbare.
- Juxtaposition de deux sociétés aux niveaux de vie, pouvoirs et droits très inégaux. Les gros colons sont minoritaires. Le niveau de vie des Européens est celui des classes moyennes, mais quatre fois supérieur à celui des Algériens musulmans. Avant 1954, la misère est grande dans les milieux ruraux : la population augmente, mais pas les ressources, la mécanisation des grands domaines entraîne le sous-emploi.
-Affirmation d’une « personnalité » algérienne alimentant un mouvement indépendantiste (rôle important de Messali Hadj). « L’Islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie » (Cheik Ben Badis, réformiste musulman 1889-1940). L’imprégnation de l’Islam rend cette civilisation difficilement intégrable à la culture française.

Pourquoi la guerre a-t-elle duré si longtemps ?
-Intransigeance du FLN, plus dur que les mouvements parallèles marocains ou tunisiens, sur l’indépendance et l’intégrité territoriale (problème du Sahara). En face, la légitimité française se prévalant du droit de conquête et de la « mission civilisatrice ». Les mots d’ordre d’Algérie française et d’intégration longtemps maintenus et approuvés en France par la majorité.
-Impossibilité d’une  solution militaire malgré la supériorité numérique (armée d’active, plus contingent, plus supplétifs). En 1959-1960 l’armée française reprend l’initiative avec le plan Challe : quadrillage du pays d’est en ouest, intervention dans les zones interdites, commandos de chasse. Les succès militaires créent un temps l’illusion que la guerre est gagnée. Ce qui entraînera la révolte des militaires contre De Gaulle quand il changera de politique.
- Accouchement difficile d’une solution politique. Le 16 septembre 1959  le discours de De Gaulle ouvre le droit à l’autodétermination. Les autres pays africains accèdent progressivement à l’indépendance, l’opinion française est victime d’une usure progressive, l’ONU s’oppose à la guerre. S’ouvre alors un processus qui débouchera sur l’indépendance en 1962, au prix de soubresauts douloureux (putsch d’avril 1961, OAS) et de difficiles négociations conclues à Evian le 18 mars 1962 suivies, le 19 mars, du cessez-le-feu.

Pourquoi la guerre d’Algérie suscite-t-elle encore malaise et passion ?
Cela tient entre autres à
-Sa violence et sa cruauté : terrorisme, torture, représailles collectives, camps de regroupement.
-Son lourd bilan toujours discuté : plusieurs centaines de milliers de morts dont une très grande majorité d’Algériens (10 fois plus, au moins, que les pertes européennes, civiles et militaires), sans oublier les harkis (quelques dizaines de milliers probablement) massacrés après l’indépendance.
-Sa fin dramatique, marquée plus particulièrement par l’action de l’OAS, l’exode massif des pieds noirs, le drame des harkis.

Conclusion : Après les mémoires de guerre et la guerre des mémoires, il est à souhaiter que le temps de l’histoire apporte l’apaisement, et que la méditerranée soit non mur mais un pont entre les peuples.