Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Le Barzaz Breiz
Conférence de Louis Elegouët, historien
Extraits chantés par Jean Pierre Premel
Le 9 Août 2012

Le Barzaz Breiz est un recueil de chants traditionnels à caractère historique (gwerziou), humoristiques ou d’amour (soniou), publié par Théodore Hersart de la Villemarqué la première fois en 1839, puis réédité en 1845. Ce fut un évènement littéraire, salué en particulier par les auteurs romantiques.
H de la Villemarqué a noté à la va-vite auprès des anciens des chants transmis oralement depuis des siècles et en train de devenir rares.
Né en 1815 à Nizon ; Bac en 1833 puis école des Chartes,  initiation à l’histoire et à la paléographie. Féru de culture et bretonne et celtique, il commence à publier le Barzaz Breiz dès ses 24 ans.

 Extraits  chantés des trois sortes de chants

Gwerz : Maro Pontcallec, La mort de Pontcallec, à la gloire de ce noble breton exécuté pour s’être opposé au Régent.
Soun : Le caquin, lépreux déclarant ses sentiments amoureux à une belle.
Cantique : Le chant des morts, traditionnel à la Toussaint : les morts implorent la prière des vivants.

 La musique de la première édition a été écrite par Jules Schaeffer, professeur de musique au Collège de Léon. Pour la seconde le musicien est Audren de Kerdrel. H. de la Villemarqué leur fredonnait les chants qu’il avait recueillis, et ils mettaient en forme la musique.

 Plusieurs gwerziou illustrent l’histoire, parfois très ancienne, de la Bretagne. Exemples :

Le vin  des Français (éloge du vin, meilleur que le cidre et les autres boissons) : peut-être hérité des Bretons du Vannetais qui au VIème siècle allaient aux vendanges en pays d’Anjou.

An alar’h (le cygne) : chante le retour de Jean IV de Monfort (milieu du XIVème siècle) sur un bateau aux voiles blanches comme les ailes du cygne.

 Les chants ont souvent un caractère intemporel. Exemple : la complainte de la peste d’Elliant, lamentation sur les familles décimées par les épidémies.

 Le Barzaz Breiz a reçu en France un accueil très favorable. George Sand parle d’un « coup de canon en l’honneur de la Bretagne ». Il est rapidement traduit en Anglais, Allemand, Polonais, Suédois. Son auteur est reconnu comme une personnalité scientifique et comblé d’honneurs. Il est en relations avec d’autres spécialistes de la littérature orale en Bretagne.

L’époque est favorable à ce succès : un mouvement littéraire place alors chants et contes au rang de la littérature. Le romantisme met en valeur les cultures régionales. Depuis 1810 des lettrés se sont lancés dans la recherche de chants bretons anciens.

Malheureusement la plupart des Bretons (alors à 60% analphabètes) ne connaissent pas le Barzaz Breiz.

Et c’est encore le cas de nos jours, où les programmes scolaires l’ignorent totalement.

La querelle du Barzaz Breiz.

A partir de 1860 les critiques se multiplient, venant d’autres collecteurs de textes :

- H. de la Villemarqué aurait arrangé, voire inventé des textes

- Il ne connaissait pas le breton
- il aurait écrit des chants en français et les aurait fait traduire
- il aurait profité de chants découverts par des amis.

Pourquoi ces critiques ? La jalousie a sans doute joué. Certains ont vraiment cru qu’il avait triché. Il avait eu la chance de trouver, plus que d’autres, des chants de qualité.

 Illustration : Les séries, chant énigmatique. Un druide semble apprendre à un enfant à exercer sa mémoire. Aux « séries » se mêlent des considérations astrologiques, des questions sur le monde.

La querelle ne prit fin qu’à la 2ème moitié du XXème siècle. En 1964 Donatien Laurent obtient l’autorisation de visiter le bureau de H. de la Villemarqué. Son attention est attirée par un sac étiqueté « manuscrits à conserver précieusement ». Ce sont des notes écrites entre 1783 et 1892. Le plus ancien carnet contient les notes qui servirent à composer le Barzaz Breiz.

Donatien Laurent défend l’authenticité du recueil d’abord dans sa thèse, puis dans une publication.

Conclusions : La Villemarqué connaissait le breton ; il a fait lui-même la collecte de bout en bout ; il a trouvé des textes rares ; ce sont de vrais chanteurs qui lui ont transmis les chants.

 Mais il a parfois remanié les textes (pratique pardonnable parce que courante à cette époque)

 Illustration :

Le Faucon ; Les chouans (sur la bataille de Coetlogon) ; le pardon de saint Fiacre au Faouet (récit d’un crime commis au XVIIIème siècle et resté dans les mémoires).

 La publication du Barzaz Breiz a attiré l’attention sur la Bretagne et la richesse de ses chants populaires transmis à travers les siècles. Les gens du peuple avaient le sentiment de transmettre des diamants. Dommage que cette richesse soit encore largement ignorée de nos jours.