Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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Chateaubriand, écrivain du moi et de l’histoire
Conférence de Monsieur Olivier Macaux

Chateaubriand, écrivain aux visages multiples :
Romancier (René et Atala). Avec René, héros du « mal du siècle » et annonce du futur « anti-héros », Chateaubriand a été le promoteur du romantisme.
Ecrivain voyageur (Itinéraire de Paris à Jérusalem), initiateur du voyage en Orient cher au XIXème siècle.
Penseur politique :  De la Monarchie selon la charte, proposition d’une monarchie constitutionnelle.
Hagiographe : sur les conseils de son confesseur, à la fin de sa vie il écrit la Vie de Rancé.
Poète épique et religieux : Traduction du Paradis perdu de Milton et thème de l’ange déchu.
Toutes ces facettes sont réunies dans les Mémoires d’outre-tombe.

Chateaubriand, écrivain du moi

1 – Les enjeux de l’écriture autobiographique

a)  L’édification d’une légende
Confronté à des passages historiques successifs (révolution, consulat, empire, restauration), Chateaubriand entrecroise l’histoire de sa vie et celle de son temps, en témoin peut-être prétentieux, mais en témoin qui s’engage.

b) Le moi insaisissable
Il méprise le moi et pourtant en parle constamment. Préoccupation romantique par excellence : scruter son moi pour comprendre la destinée de l’homme. Sa démarche aboutit à constater la puissance destructrice du Temps.
Son propos n’échappe pas aux contradictions :
- écart entre la conscience du néant de toutes choses et  la prétention de construire un personnage pour la postérité,
- écart entre les faits et la présentation des faits. Les Mémoires ne sont pas une œuvre historique mais une œuvre littéraire : les faits sont vus à travers la subjectivité de l’auteur.
Ces écarts font apparaître la contradiction du moi.
L’écriture autobiographique est un effort pour échapper au néant. Chateaubriand recrée sa vie sous le signe du Temps, de l’écriture et de la mort, dans un va-et-vient constant entre le passé de sa vie et le présent de l’écriture. Le combat de l’autobiographe se situe dans les deux moments qui lui échappent : la naissance et la mort. Le moi est insaisissable.

c) Genèse de la composition des Mémoires :
Première idée en 1803 (il a 35 ans) ; 1809 : début de l’écriture ; 1822 : il achève le récit de sa jeunesse ; 1830 : à la faveur de sa retraite politique il poursuit la rédaction ; 1832 : adopte le titre définitif ; 1841 : achèvement de l’œuvre.
Il décide que la publication sera posthume : il adopte ainsi la posture particulière de l’écrivain : pour le lecteur il est déjà mort. Le souvenir est ainsi toujours lié à la mort.
Plan de l’œuvre :
1ère partie : 1768 à 1800 – enfance, adolescence, exil
2ème partie : 1800 – 1814 : carrière littéraire et célébrité. Rapport conflictuel à Napoléon.
3ème partie : 1814 – 1830 : bilan de l’épopée napoléonienne, et carrière politique de Chateaubriand sous la Restauration.
4ème partie : fin de la monarchie

2 – Le dernier témoin des mœurs féodales

La naissance à Saint Malo est déjà sous le signe de la mort et de l’angoisse : « J’étais déjà presque mort quand je vis le jour »… « Ma mère m’infligea la vie ». La mise en nourrice à Plancoët est vue comme un premier exil. Son enfance appartient à un autre temps, celui du Moyen Age et de l’Ancien Régime : l’ambiance du château de Combourg est sinistre, la solitude imposée pendant la nuit éveille les sortilèges de l’imagination.
Le père, tyran domestique, mélange de tristesse et de dureté. Chateaubriand est conscient de l’avoir toujours déçu. D’où chez lui deux obsessions : l’amour de la liberté comme transgression à l’autorité, et la tentation du néant : « Quoi que je fasse je décevrai toujours ».
La mère est dévote et éprise de lecture (romans de chevalerie). Elle a une préférence pour son fils aîné Jean Baptiste, et François René est abandonné aux mains des « gens ». A sa mort en 1798 Chateaubriand est en Angleterre. Sa sœur lui fait part de la déception causée à leur mère par l’Essai sur les révolutions. Il se disculpe du matricide suggéré par sa sœur, mais le Génie du Christianisme, retour à la religion, marquera aussi  son retour à la mère. « J’ai pleuré et j’ai cru ».

3 – La naissance des passions

Les Mémoires portent un regard nouveau sur l’adolescence, « âge bref et impossible ».Chateaubriand a entre 14 et 16 ans. Il crée le fantasme de la Sylphide, femme rêvée avec laquelle il vit pendant des mois, à la fois replié sur soi et à la recherche de l’autre.
Années de délire  avec sa sœur Lucile. Ils partagent la même mélancolie, et une passion proche de l’inceste.
Lucile sombrera peu à peu dans la folie (rapprocher de Camille Claudel ou Adèle Hugo). Enterrée « parmi les pauvres » elle n’aura pas de tombe réelle mais un tombeau de papier dans les Mémoires.

Chateaubriand, écrivain politique et historien

1 - Chateaubriand et la Révolution

Placé entre deux mondes, deux siècles, deux sociétés, Chateaubriand peint un tableau saisissant de la Révolution : élan vers l’avenir mais aussi destruction du passé. Il ne peut supporter la violence dont il est le témoin : exécution du roi, tombeaux vidés, la guillotine, machine à meurtre, les têtes promenées au bout des piques. Il exprime un refus fondamental du meurtre (mais les massacres de la guerre sont un titre de gloire).
Révolution signifie pour lui lubricité, crime, fascination de la mort. La dérision du sacré est son aspect infernal. La machine de mort s’emballe lors de la Terreur.
Chateaubriand voit le caractère inéluctable de la Révolution mais la démythifie. Le livre IX des Mémoires contient une galerie des portraits des « monstres » qui l’ont faite, de Danton à Talleyrand.
Il a été personnellement atteint par la violence : plusieurs membres de sa famille sont guillotinés en 1794, sa mère, sa sœur et sa femme emprisonnées.

Il a une profonde sympathie pour les principes républicains, ce qui lui vaudra l’opposition des légitimistes. Il se dit « légitimiste par raison, bourbonien par honneur, républicain par goût »
Sa pensée politique s’articule sur la liberté, principe de la monarchie constitutionnelle qu’il propose dans
Son traité De la Monarchie selon la charte. 

2 – Chateaubriand et l’Empire

Le rapport entre Chateaubriand et Napoléon est ambivalent : admiration et inimitié. Au départ il courtise Bonaparte en revenant d’exil, et la publication du Génie du Christianisme n’est pas sans rapport avec le Concordat. Mais en mission à Rome Chateaubriand commet plusieurs impairs et tombe en disgrâce. Il démissionne après l’assassinat du duc d’Enghien.
Napoléon admire l’écrivain, qu’il  fait entrer à l’Académie. Chateaubriand se retrouve dans Napoléon lorsqu’il est à Sainte Hélène, grand homme seul face à la mer.

3 – Chateaubriand et  la Restauration

Louis XVIII  n’aime pas Chateaubriand, le donneur de leçons. Charles X le nomme à plusieurs postes, mais il démissionne définitivement en 1828. Il complote ensuite contre l’ « usurpateur » Louis Philippe, et reste fidèle à Henri V qui ne règnera jamais. A la fin de sa vie il ne parle plus de politique.


             
 
Chateaubriand vers              Sur son rocher...
             1787

  
Chateaubriand
      par Girodet                   par Guérin


Son tombeau sur le grand Bé
Ilot au large de St Malo

  
Chateaubriand vers           Pair de france
           1840

Avec Lucile à Combourg

Lucile

Mme De Chateaubriand

Le chateau familial de Combourg