Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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Les flux migratoires, entre mythes et réalités
Laurent Laot - 29 Septembre 2011

Sujet délicat, où intervient la difficulté du rapport à l’autre : l’étranger, celui qui n’est pas d’ici. Sujet complexe : flux signifie mouvement en masse et franchissement d’une limite. Celle-ci peut être locale (migrations intérieures) ou entre deux pays (migrations extérieures).
La notion d’immigré varie d’un pays à l’autre. En France immigré = étranger né à l’étranger et résidant en France.
Mythe et réalité : le réel est le domaine où on peut compter objectivement les choses ; le mythe est ce qu’on a dans la tête, la façon dont on interprète les choses

I – Les données

A l’heure actuelle :

1) dans le monde le nombre réel d’immigrés est de l’ordre de 200 millions, i.e 3% de la population mondiale : relativement peu par rapport à ce qu’on peut imaginer.
Destinations : Europe 34% ; Asie 28% ; Amérique du nord 23% : Afrique 9% : Amérique Latine 4%.
En réalité les mouvements migratoires sont  partout et très divers. Chaque continent a ses mouvements intérieurs vers les Etats stables et riches. Les mouvements ne sont pas seulement Sud-Nord mais aussi Sud-Sud et un peu Nord-Sud.
On distingue le « push » (on est contraint, poussé par quelque chose) et le « pull » (phénomène d’attraction). Actuellement le « pull » détermine plus de migrations que le « push ».

2) en Europe le nombre d’immigrés est de l’ordre de 30 millions (6%) de la population.
Destinations principales - en chiffres globaux : Allemagne, Espagne, France.

- en pourcentages : Suisse, pays baltes, Allemagne.

Problème créé par l’espace Schengen (libre circulation des personnes) : c’est le pays d’arrivée qui donne le visa. Les espaces stratégiques (Gibraltar, îles grecques, Lampedusa) sont surveillés, mais pas assez aux yeux de certains pays d’Europe. Les 40 à 50 000 personnes ayant transité par Lampedusa ont fait naître le mythe d’une invasion, en fait amplification d’un phénomène réel. Et on oublie de dire que si le printemps arabe a ouvert des portes de sortie, il a aussi permis le retour au pays d’un grand nombre d’exilés tunisiens ou égyptiens.

3) en France : 5 millions d’immigrés, soit 8% de la population, (3,6 millions d’étrangers) résident en France.
Origine : Afrique 43% ; Europe 40% ; Asie 14% : Amérique et Océanie 3%
Pour quelles tâches ? :
- Services domestiques, hôtellerie (la part la plus importante et qui constitue une concurrence pour l’emploi)
- Informatique
- Entreprises
- Construction (nombre en baisse à cause de la crise).

Mise en perspective historique :

L’état présent est un héritage de la modernité : la notion « moderne » d’émigré - immigré a été inventée à partir du  XVIIIème siècle en Occident. Les facteurs principaux :
- Proclamation des Droits de l’Homme et suppression des servitudes.
- Naissance de l’Etat Nation avec ses frontières : Etat souverain, établissant les règles d’entrée et de sortie.
- Révolution industrielle provoquant un appel de main-d’œuvre.

Distinguer deux phases : avant 1960 nous, Européens, allions massivement ailleurs. Depuis 1960 l’Europe est davantage devenue une zone d’immigration.

Origine des immigrants en France :
1851-1886 Belges et Italiens ; fin XIXème – XXème siècle (années 1960) : Polonais, Italiens, Espagnols. Depuis les années 1960, Maghrebins et Portugais.

La France hérite de tous ces mouvements. En remontant plus loin on peut dire que nous sommes descendants de tous les peuples qui sont arrivés chez nous : Maures, Celtes, Goths, peuplades germaniques, plus loin encore indo-européens. Nous sommes tous métissés.

II – Des questionnements

A – Impact du flux migratoire sur la politique

 L’importance de cet impact varie selon les moments. A l’heure actuelle, en période de crise, c’est une question très sensible, expliquant notamment la montée des populismes de droite extrême dans différents pays.

B – Politiques migratoires

Il faut distinguer les choses entre « entrées » et « conditions d’accueil et de séjour ».

1) S’agissant des « entrées » :
a) Le principe de souveraineté entraîne le principe de légalité. Distinction entre les clandestins et les immigrés légaux. Les nombres comptabilisés ne concernent que ces derniers.
b) Modalités différentes selon les pays :
- Selon la finalité de la migration : peuplement ou économie. Australie et Canada recherchent le peuplement. Nous, en France, voyons d’abord le rapport immigration / économie.
- Selon la philosophie politique de base, suivant qu’on applique des quotas ou non. Australie, Canada et USA ont des quotas (aux USA, différents pour les Latinos et pour les autres). Nous, en France, sommes héritiers des principes établis en 1945 : pas de discrimination, donc pas de quotas…
- Selon le moment économique : on a tendance à faire bouger la légalité en temps de crise.
- En lien avec la géopolitique. Exemple : sous l’influence des attentats du 11 septembre 2001 aux USA, amalgame entre immigration et criminalité, criminalisation de la clandestinité.

 2) s’agissant des « conditions d’accueil et de séjour » :
a) Accueil – séjour : trois visées possibles :
- assimilation : on veut qu’ils deviennent semblables à nous
- insertion : on valorise en premier lieu le respect de la différence
- intégration : on veut qu’ils participent à la vie du pays et qu’ils puissent exprimer leur différence. Question : intégration par l’individu ou par le groupe ?

b) Acquisition de la nationalité : chez nous le droit du sol est prioritaire sur le droit du sang. En Allemagne par ex. c’est l’inverse.
c)Participation à la vie politique et question de la citoyenneté :
- Les immigrés légaux ont les mêmes droits sociaux que les autres habitants du pays.
- Droit de vote : plusieurs pays d’Europe ont accordé aux immigrés le droit de voter aux élections locales. En France la gauche est favorable à la même mesure, la droite et l’extrême droite la refusent.

C- Le fait migratoire

Sous l’angle géopolitique, question posée : qui y gagne ?
Sous l’angle anthropologique, pourquoi s’en va-t-on ? Pourquoi d’autres restent ? Différence selon l’idée qu’on a du rapport à l’autre : ouverture ou fermeture.

D- Principe de migration

Ne faudrait-il pas que le droit de migrer devienne fondamental au niveau international ? Mais sur quelles bases organiser la régulation ?