Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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La Franc maçonnerie, histoire, situation actuelle, questions posées
Jean-Yves GUENGANT, Professeur au lycée de l'Iroise
Jean-Yves GUENGANT "Brest et la franc-maçonnerie", 474 p. illustrations, Editions Armeline, Brest, 2008

Origines
La franc-maçonnerie se construit au cours du 18ème siècle. Société d’ « hommes vertueux », fondamentalement religieuse, elle répond à la recherche d’un lieu où se rencontrer fraternellement, au-delà des castes, des rangs, du sang avec le but de construire une société plus juste, plus égale, plus fraternelle.  Idée : née en Angleterre, on peut dépasser les conflits politico-religieux du 17ème siècle anglais.
C'est une Société  de couche sociale élevée, aristocrate, de la grande bourgeoisie. Dès le milieu du 18ème siècle les femmes accèdent à l’initiation (loge de l’heureuse rencontre). http://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_en_franc-ma%C3%A7onnerie
Le "prix" d'entrée était fixé à Brest à 200 livres.. Mais  l’ouverture a des limites : les domestiques ne dépassent pas le rang d’apprenti, Spinoza se voit refuser l’initiation en tant que Juif…
Société « entre soi » et en même temps société ouverte, bien dans l’esprit du siècle des Lumières.

La fondation
Le 24 juin 1717, 14 loges se réunissent dans la grande loge de Londres. Ce sont des loges de secours mutuel, appliquant les rituels des anciennes corporations.
Origine du nom : les maçons de la pierre franche, capables d’être de bons tailleurs de pierre : ceux qui ont reçu une formation dont l'objectif est de faire se rapprocher les gens sur un niveau d'égalité (symbolisé par le niveau du maçon).
Rôle important de deux hommes :
Jean Théophile Désaguiliers, issu d’une famille protestante française réfugiée en Angleterre, physicien, secrétaire d’Isaac Newton et James Anderson, pasteur presbytérien écossais.Tous deux ont subi la persécution religieuse, et tous deux disposent de nombreuses relations. Ils structurent la société nouvelle en train de naître en utilisant le matériau qui existe : traditions et symboles des anciennes corporations. Il n’y a pas vraiment continuité entre la franc-maçonnerie « opérative » (corporations) et la franc-maçonnerie moderne (« spéculative »), mais plutôt un emprunt de la seconde à la première.
Ils obtiennent la protection de ducs et des rois d’Angleterre.

Les symboles
Un but : construire un temple pour les vertus et creuser une prison pour les vices. La référence : le temple de Salomon (cf., tablier de maître) : deux colonnes à l’entrée, parvis de mosaïque, degrés figurant l’accession aux grades successifs : apprenti, compagnon, maître, vénérable.
Compas du maître architecte qui dessine - équerre pour monter le mur - pierre brute à la colonne du nord : point de départ de l’apprenti, dont la route doit aboutir à la colonne sud et à la pierre polie, façonnée, couronnée du pyramidon, symbole de perfection de l’édifice – perpendiculaire du fil à plomb – niveau d’architecte, symbole d’égalité – corde à nœuds pour délimiter un espace qui s’ouvre à midi et se ferme à minuit (rappel de la corde à nœuds utilisée pour toute mesure au Moyen-Age) – le soleil = lumière, la lune = distanciation.
Entre 1720 et 1740 tout est mis en place : société moderne qui se pare de costumes anciens. La méthode de travail est fondée sur le silence et l’écoute. La loge est aménagée selon un plan déterminé : colonne nord des apprentis, colonne sud des compagnons ; le maître peut circuler ; la loge est présidée par un vénérable élu : fait remarquable au 17ème siècle. Les surveillants donnent la parole. Le secrétaire est chargé de consigner l’histoire de la loge.
La loge fonctionne selon une obédience, avec des règles.
La légende d’Hiram, architecte du temple de Salomon, est apparue comme fil conducteur de l’initiation du maître maçonnique, une dizaine d’années après la fondation de la franc-maçonnerie.
Référence possible : conférence de F.Dachez -  http://misraim3.free.fr/franc-maconnerie/Hiram.pdf

En Bretagne
La franc-maçonnerie est apparue en Bretagne à la suite de l’exil du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, chassé de son trône et réfugié en France avec ses troupes, en passant par Brest.C'est  une franc-maçonnerie des ports.
Pour l’anecdote : à la mort du père de Jacques II, le roi Charles II, sa maîtresse Louise de Keroual (surnommée la grand-mère de la franc-maçonnerie) revient à Brest dont elle est originaire. Son petit-fils deviendra le premier grand-maître du Grand Orient de France.
Il y a des traces de la présence de la franc-maçonnerie à Brest dès les années 1720.
Au moment de l’installation de la Compagnie des Indes (fin du 17ème siècle), des jacobistes (partisans de Jacques Stuart) fondent une première loge à Lorient.
La fondation d’une loge à Nantes (1746) se fait également sous l’influence des jacobistes.
Dès 1738 La franc-maçonnerie subit l’opposition de l’Eglise catholique (nouvelle église contre l’Eglise) qui la condamne comme société secrète.
Dans une époque où se réunir est considéré comme un acte d’insoumission, elle suscite la méfiance.
Les loges se mettent sous la protection des rois, en Angleterre comme en France.
La franc-maçonnerie est dominée à Nantes par les négriers (dont la vie se partage donc en deux pans contradictoires), à Brest par les militaires, où elle forme de nombreux cadres de l’Académie de marine.
Son action est de nature philosophique.
A la Révolution on y compte autant de royalistes que de républicains. Mais ils seront écrasés comme girondins pendant la Terreur.
Réapparue en 1797 elle connaît son âge d’or sous l’Empire : nombreuses loges militaires.
La Restauration est une époque difficile. Opposition violente de l’Eglise. Mais certains francs-maçons entretiennent un lien direct avec le pouvoir royal. Allégorie de J.B Regnault (voir document du Patrimoine Brestois)
1820- 1890 : mise en place d’une franc-maçonnerie philanthropique. Soutien d’écoles, secours mutuel.
La franc-maçonnerie a pignon sur rue. (Temple des amis de Sully, rue Guyot, en plein centre de la cité).
Elle devient peu à peu républicaine ; à Brest concordance entre les idées de la franc-maçonnerie et celles du radical-socialisme. On retrouve sur le fronton "le pélican qui nourrit ses enfants".
1920 –1930 : De philosophique la franc-maçonnerie brestoise devient sociale.
Elle se fait aussi l’adversaire du fascisme à mesure qu’il se répand : Italie, Portugal, Allemagne.
1940 : Pétain prend le pouvoir. Il hait les francs-maçons encore plus que les Juifs, est persuadé qu’il faut « régénérer la France » et les allemands sont persuadés que les francs-maçons ont un "pouvoir". Dès septembre 1940 tous les temples sont mis à l’encan, y compris à Brest. Création d’une police des sociétés secrètes. Une propagande insidieuse attaque pêle-mêle communistes, francs-maçons, gaullistes Juifs. A la rentrée 1941 les francs-maçons ne peuvent plus être fonctionnaires, les  instituteurs francs-maçons sont radiés.
Sur une loge de 80 on compte 25 résistants. Membres des Amis de Sully déportés : Jules Le Gall, Maurice Michali.
A la Libération la franc-maçonnerie est écrasée comme la ville. Un nouveau temple est bâti en 1955, le fonctionnement redevient normal à partir de 1970.

Aujourd’hui
Il y a un millier de francs-maçons en Finistère, dont 15% de femmes. On compte à Brest 15 loges, pour environ 1000 adhérents. Le Grand Orient de France (50 000) initie des femmes depuis 2010. Franc-maçonnerie des villes : Quimper, Brest, Concarneau.
Une grosse loge compte environ 60 membres, une loge moyenne de 30 à 40, une jeune loge 15 minimun.
La franc-maçonnerie réunit des gens des classes moyennes ou supérieures, éduqués, en recherche de quelque chose qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Une certaine recherche de spiritualité se manifeste, d’ailleurs il existe des rites chrétiens. Des gens d’origine diverse se rencontrent, les clivages s’estompent (ex. gauche-droite, religion-franc-maçonnerie).
Deux exceptions échappent à l’influence de la francmaçonnerie: le Léon, les agriculteurs.
D’une part la pensée franc-maçonnerie s’oppose à l’alliance des catholiques et d’une aristocratie légitimiste, une tradition qui date de la constitution civile du clergé. D’autre part le monde agricole est fortement opposé  à celui de la ville.
Influence ? Ce n’est pas un lobby organisé. Pas de directives imposées aux hommes politiques. C’est un lieu de discussion, rencontres, réflexion.
Actuellement retour aux sources historiques. L’étude des rituels et de la symbolique révèle des analogies avec les comportements modernes.




           

Statuettes en porcelaine de J.J Kaendler.
(Le rouleau et le chien "carlin" sous la robe sont des symboles de la franc-maçonnerie)


Le pélican

Ancien temple de Brest

Tablier de maître

Tableau de J.B Regnault
Un apprenti
Diplôme de franc-maçon
Intérieur d'un temple
Photo des membres d'une loge

Plan d'une loge