Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - Compte-rendus des conférences

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L'aventure de Kerguelen et Saint -Alouarn dans les mers du sud
Serge Duigou - 3 Novembre 2011
(en remplacement de la conférence de Nicolas Dubreuil)


http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Joseph_de_Kerguelen_de_Trémarec 




http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Aleno_de_St_Aloüarn

Deux amis, fils de la noblesse cornouaillaise, faisant carrière dans la Royale comme beaucoup de leurs pairs. Yves Joseph de Kerguelen de Tremarec né en 1734, a déjà effectué une mission dans les mers froides du Nord, pour protéger les pêcheurs de morue et assurer la présence française face à la concurrence anglaise. Persuadé de l’existence d’un continent austral non encore découvert, il obtient en 1771 une mission du ministère de la marine, et s’adjoint comme second Louis de Saint Alouarn, son ami (leurs hôtels sont voisins à Quimper), de 4 ans son cadet.

Partis de Port-Louis le 1er mai sur le Berryer, ils arrivent à Port-Louis de l’île de France (aujourd’hui île Maurice). On est en plein hiver austral, il faut attendre le printemps. Le Berryer étant trop lourd et difficile à manœuvrer, il est échangé contre deux bateaux plus légers, la Fortune commandée par Kerguelen, et le Gros-Ventre confié à Saint Alouarn.

Départ vers le Sud le 16 janvier 1772. Très vite les matelots souffrent du froid et de maladies : Kerguelen n’a pas assimilé que dans l’hémisphère sud, à latitude égale, le climat est plus froid.
Le 10 février 1772, alors que depuis quelques jours on revoit des oiseaux de mer, une vigie crie « terre !». Le 11 février à l’aube ils ont à leur gauche une côte qui s’étend à perte de vue. Plaines, montagnes, glaciers, pas d’arbres.

Prise de possession : une première tentative de débarquement à partir de la Fortune échoue (vent et ressac trop forts). C’est Charles Dubois Guéhenneuc, parti du Gros-Ventre avec une chaloupe, qui parvient à prendre pied à terre. Son journal de bord décrit une région sauvage et inhospitalière. Il prend officiellement possession du « Continent Austral » au nom du roi de France. Document en bouteille, tirs de mousquet, triple acclamation « vive le Roi ! ». En 1776 Cook trouvera les preuves de la prise de possession, en prendra acte, et nommera le lieu «  île Kerguelen ».

La séparation : le lendemain matin, dans le brouillard, les deux navires se sont perdus de vue. Après trois jours de recherches vaines, Saint Alouarn décide de suivre les consignes données : en cas de séparation, rendez-vous au cap Leeuwin, sur la côte sud de la Nouvelle Hollande, l’Australie d’aujourd’hui. Il y arrive le 15 ou le 16 mars. Kerguelen n’est pas au rendez-vous : il a choisi de retourner en France faire part de sa découverte, pour laquelle il sera comblé d’honneurs. Il la présentera faussement comme une terre accueillante et riche, propre à devenir une colonie florissante. Les deux amis ne se reverront jamais.

Saint Alouarn et la Nouvelle-Hollande : au cap Leeuwin, alors que les vivres vont manquer et que le scorbut sévit, le ressac et les falaises abruptes rendent le débarquement impossible. Le rendez-vous suivant étant à l’île de Timor au nord-ouest de la Nouvelle Hollande, ils suivent la côte ouest vers le nord. Le 30 mars ils arrivent dans une immense baie, devenue depuis la baie des Requins, et parviennent à prendre pied à terre, toujours à la recherche d’eau et de vivres. Ils n’en trouvent pas, mais procèdent à la prise de possession officielle de cette terre que les Hollandais n’ont jamais revendiquée. L’Australie a donc été quelque temps française, et reconnaît aujourd’hui officiellement cet épisode.

Départ vers Timor au bout de 10 jours. Arrivés le 5 mai, ils s’y reposent un mois.
Remarque de Guéhenneuc, caractéristique de l’époque, à propos des gentils aborigènes rencontrés là-bas :
« ils feraient d’excellents esclaves ».

Après une étape de un mois à Batavia, déjà immense ville coloniale, ils arrivent le 5 septembre 1772 à Port-Louis, île de France, où personne ne les attendait plus : ils étaient considérés comme perdus corps et biens.
Saint Alouarn est déjà gravement malade, et meurt le 27 octobre.

Fin de l’histoire

Dubois Guéhenneuc, simple enseigne de vaisseau, auteur de deux prises de possession au nom du roi, finit, avec beaucoup de mal, par se faire entendre à Brest. Il devient lieutenant de vaisseau et reçoit une gratification et la croix de Saint Louis. Il meurt quatre ans après, et la deuxième prise de possession tombe dans l’oubli.
En 1788 Cook prend possession de la Nouvelle-Hollande orientale. En 1829, missive officieuse des Anglais au gouvernement de Charles X :  «  y enverrez-vous des colons ? ». Réponse : « cela ne nous intéresse pas ». C’est ainsi que l’Australie est devenue possession britannique.
Une des bouteilles laissées par Dubois Guehenneuc comme preuve de la prise de possession a été retrouvée, ainsi que deux monnaies royales, par Philippe Godard, ingénieur installé en Nouvelle Calédonie.