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Plantes médicinales et tinctoriales de Bretagne
René Roudaut, pharmacien (ER)
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Pour le résumé sur les plantes médicinales se reporter au Tableau récapitulatif

Qu'est-ce qu'une plante et que veut dire ce mot ?
Comme toujours, appelons au secours nos ancêtres latins « Planta » c'est quelque chose que l'on plante dans le sol, du verbe « plantare » - un rejeton, une bouture
Qu'est-ce qu'on plante ? « herba » pour la notion générale, partagée avec « arba » l'arbre.
Cette notion un peu vague va se préciser au fil des siècles. Buffon par exemple, la définit comme composée d'une racine qui se développe en tige ou en tronc et éventuellement en feuilles, fleurs et fruits.

Tentons de préciser cette notion de « plante.
3 notions importantes :

1°) une plante c'est ce qui appartient au règne végétal, qui n'est donc ni minéral, ni animal.

2°) une plante c'est ce qui est fixé en terre avec cette conséquence, l'immobilité, la fixité. Une plante ne bouge pas, d'où l'expression « prendre racine » ou encore, la plante des pieds, c'est la partie de notre corps qui nous fait adhérer au sol. Pour Aristote, la plante est stupide car elle ne se déplace pas, elle ne parle pas...

3°) une notion plus positive : si la plante est privée de déplacement horizontal, elle bénéficie d'un mouvement vertical plus noble, elle s'élève vers le ciel, vers le divin.

Si la plante ne pense pas, elle nous indique le chemin qui mène au spirituel, et cette idée conduit Platon à considérer l'homme une plante inversée, du ciel et non de la terre.
En s'élevant la plante devient le symbole de la croissance , de la vie, de la fécondité et ce n'est pas sans laisser quelques traces dans notre vocabulaire. D'un enfant qui grandit on dit «qu'il pousse », d'une jeune fille pleine de santé, agréable à regarder, ne dit-on pas « c'est une belle plante ».
Ainsi la plante évoque également le développement de l'être vivant et a pris toute sa place dans l'imaginaire collectif. La culture ce n'est pas seulement le jardinage cela peut être aussi, par exemple, la pédagogie, la « puéri-culture ».
Ces plantes, qui nous sont familières, que nous croyons bien connaître, elles ont pourtant bien souvent contribué à changer notre monde. Diapo 3
Un seul exemple, quand Prométhée vole le feu aux Dieux pour l'apporter aux hommes, dans quoi l'abrite-t-il, le transport-t-il, dans une tige de fenouil.
Plus sérieusement, dans les régions dépourvues de silex, le feu fut longtemps obtenu par le frottement d'une tige de bois dur à l'intérieur d'un morceau de bois tendre, et avec quoi alimente-t-on le feu naissant ?
Avec des mousses sèches, des herbes sèches puis du bois. Ce feu qui permet à l'homme de s'éclairer de se chauffer, de cuire des aliments, d'éloigner les bêtes sauvages.
Mais je n'irai pas plus loin dans cette direction...peut-être un jour pourrions nous parler de ces plantes qui ont changé le monde....

Avant de revenir à nos plantes médicinales de Bretagne, je voudrais dire un mot d'une catégorie de plantes qui a été très importante dans la vie quotidienne : les plantes tinctoriales. 
Tinctoriale du latin « tingere » teindre, cad imprégner dune substance colorante. Allez, on se fait un petit plaisir au passage … «  La pleine lune luit sur le gazon et teint au loin le flanc bleuâtre des collines » Gérard de Nerval,  ou Baudelaire qui parle « de vastes portiques que les soleils marins teignent de mille feux. »
La couleur c'est la vie !  Et l'homme préhistorique dès l'époque néolithique, utilise des fibres végétales ou animales et les teinte, car on a retrouvé, sur les sites où il vivait, des traces de plantes dont le usage commun est la teinture : pollen de garance, graines de gaude, baies de sureau yèble, soit trois teintes différentes déjà à la mode 5 000 ans avant J.J : le rouge, le jaune, le violet.

Les chinois deviennent, 15 à 20 siècles avant nous, des maîtres dans l'art de la teinture, de la soie en particulier. Diapo 13 Plus près de nous, dans le bassin méditerranéen, les phéniciens, et les crétois utilisaient déjà de l'indigo pour le bleu, du safran et du carthame pour le jaune, de la garance, du kermès et du murex pour le rouge. Le développement a été facilité par de nombreux gisements d'alun en mer Egée et dans les Eoliennnes. Cet alun nécessaire au mordançage, qui permet de fixer solidement une couleur sur du tissu. On vient de citer le « murex » d'accord, ce n'est pas une plante. Ce coquillage chez les Romains prit une grande importance car il donnait la couleur pourpre, qui devint un symbole de richesse, de réussite sociale, puis la couleur du pouvoir, symbole de l'empire par opposition à la couleur bleue que les peuples barbares tiraient de la guède. Sous Néron, la pourpre était réservée à l'empereur sous peine de mort et de confiscation des biens

Au Moyen-âge, la teinture s'assimile un peu à une sorte de magie., car le teinturier transforme la matière en lui apportant des couleurs qui ne sont pas naturelles et donc non voulues par le créateur. La teinture, qui suscite l'envie et l'admiration, génère aussi une certaine peur et est parfois associée à une activité diabolique. Il est également interdit de mélanger les couleurs. On tolère à la rigueur, les couleurs issues d'une seule plante, du produit tel que Dieu nous l'a donné. Cela entraîne une spécialisation des teinturiers par couleur. Le rouge a d'abord la faveur des grands, puis c'est le temps du bleu : Diapo 18 Saint louis, Henri III d'Angleterre apparaissent en bleu et tout le gratin de l'époque s'y met.

Les marchands de pastel se frottent les mains. Du coup, les producteurs de garance réagissent. Dans certaines régions garancières, ces derniers vont offrir aux églises des vitraux représentant les diable en bleu ou des fresques murales avec un enfer bleu . Les personnes fortunées se tournent alors vers le noir Diapo 20 qui va devenir la couleur des religieux, des magistrats et des protestants (Luther)aussi comme symbole d'humilité et de sobriété. Au 15 ème siècle, l'histoire de la teinture est bouleversée par les grandes découvertes, les nouvelles voies maritimes. L'arrivée de l'indigo, par exemple, qui va supplanter le pastel pour les tons bleus.

Sous louis XIV Colbert publie une « instruction générale pour la teinture ». Ecoutons-le : « Notre conscience exige de nous que, étant engagés dans une profession, nous tâchions de nous y perfectionner et recevions avec joie tous les moyens qui peuvent nous porter à faire le bien et nous garder du mal... ». Il sépare bien entendu les couleurs « grand teint » de celui de « petit teint ». Toutes ces instructions ont pour but avoué de garantir la qualité des produits français. C'était en quelque sorte, la norme ISO 9000 le contrôle qualité.

ET puis au XIX ème siècle,  c'est le triomphe de la chimie. Des pans entiers de l'économie s'effondrent, des cultures disparaissent remplacées par des formules chimiques. Actuellement on constate, heureusement un léger retour des teintes « naturelles » d'autant plus que les plantes tinctoriales ont aussi souvent des propriétés médicinales, ce qui me permet de revenir à mon sujet «  Les plantes médicinales de Bretagne ».

Pour ceux que ça intéresse « Guides teintures naturelles » (non seulement les plantes, mais aussi les lichens, les champignons, les insectes et les mollusques) de Dominique Cardon, Ed Delachaux et Niestlé.

Le 21 Janvier 2010, nous avions évoqué une trentaine de plantes. Aujourd'hui nous allons en voir une trentaine d'autres. Toutes n'ont pas l'importance de celles de la première série, qui étaient presque toutes des plantes majeures, mais elles ont cependant un usage médicinal reconnu allié parfois à une utilisation tinctoriale.