Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Anjela Duval
Marcel Diouris, enseignant ER

Angèle Duval naît en 1905 à la ferme de Traon an Dour, au Vieux-Marché. Avant sa naissance un fils était mort en bas âge, puis une fille à 11 ans.
Atteinte d’une maladie des os, elle n’est scolarisée qu’à huit ans, à Trégrom, plus proche que le Vieux Marché. Jusque-là elle suivait aux champs son père, qui lui apprenait la nature. Turbulente et fière, elle revendique la place de première, « la place qui me convenait ». Présentée au certificat d’études à 12 ans, elle est la seule reçue sur quatre candidats. Elle aurait voulu poursuivre ses études. Mais elle doit rester à la ferme, et suit pendant deux ans les cours par correspondance de l’école d’agriculture.
Elle s’intéresse à la littérature française, surtout romantique (Lamartine, Chateaubriand), et écrit déjà de petits poèmes sur des cahiers d’écolier, souvent des poèmes recopiés. Ayant appris le catéchisme en breton elle sait le lire mais l’écrit difficilement. Outre Buhez ar zent (la Vie des Saints), que chaque foyer possède, elle lit la revue bilingue Breiz, prêtée par sa marraine.
Mais la journée se passe aux travaux des champs.
Peu de sorties, à part la messe du dimanche et les pardons, occasion pour les jeunes de se rencontrer et de se courtiser. Angèle entretient quelque temps une correspondance avec un jeune officier de marine, mais celui-ci n’aime pas ce qu’elle aime, et elle ne peut accepter l’exil hors de sa terre natale.
A la mort de son père en 1941, c’est la détresse pour Angèle et sa mère. Elles vont en pèlerinage à Tréguier, sur la tombe de Saint Yves, avec la voiture à cheval du boulanger de Trégrom. Angèle doit s’occuper de sa mère gravement malade, tout en assurant les travaux de la ferme. Il reste peu de temps à la lecture et à l’écriture.
Quand sa mère meurt en 1951 elle tombe à son tour gravement malade. Ses voisins l’aident aux travaux de la ferme qu’elle ne peut assurer quotidiennement.
De cette première partie de sa vie Angèle a gardé un profond attachement au travail paysan, le plus honorable de tous les métiers « un don de Dieu ».

Elle se met au breton par l’intermédiaire des jeunes collégiens de son hameau, qui participent au concours de « Ar falz », mouvement mis en place par les instituteurs de l’école publique pour faciliter l’apprentissage du français en s’appuyant sur la langue bretonne, seule langue pratiquée par les écoliers issus de la campagne. En 1958 un des jeunes, Roger Trédan, obtient le 3ème prix sur un texte écrit par … Angela Duval ! En 1959 elle concourt de nouveau, cette fois en son nom, sur le sujet : « un incendie dans un moulin », et obtient de nouveau un prix. Ce succès lui sert de test pour évaluer la valeur de son breton, et elle se hasarde à aller plus loin, à la fois fière et modeste : « Mon breton n’est pas de bonne qualité, c’est à cause des travaux des champs ».
C’est à cette époque qu’elle fait connaissance du mouvement Emsav pour la promotion de la culture bretonne. L’abbé Dubourg, directeur de l’école privée du Vieux Marché, lui recommande la revue Ar Bed Keltiek, fondée par Roparz Hémon depuis l’Irlande où il est exilé. Elle rencontre également l’abbé Le Clerc qui dirige la revue barr Heol war Feiz ha Breizh (Rayon de Soleil sur Foi et Bretagne ). Son premier poème publié paraît en 1962 dans Ar Bed Keltiek. Les deux directeurs lui réclament régulièrement des écrits, poèmes et prose, pour alimenter leur revue. Angèle devient alors Anjela Duval, poétesse bretonne, sans qu’on sache qui a proposé ce changement dans l’orthographe du prénom.
Tout le reste de sa vie elle mène les deux activités, travail de la terre et écriture, sous ses deux noms. Elle écrit tous les soirs jusqu’à minuit, d’abord sur l’envers d’enveloppes ouvertes, puis, lorsque le poème lui semble au point, dans des cahiers.
Les revues lui réclament régulièrement des écrits. Anjela s’y plie, fière d’être reconnue.
Elle reçoit de plus en plus de visites de membres du mouvement Emsav ainsi que de nombreux jeunes qui désirent maîtriser la langue bretonne C’est un défilé permanent, « comme s’ils venaient s’abreuver à la fontaine du breton ».
Elle ne quitte guère sa maison, où elle refuse de changer le moindre détail : cette permanence lui assure la présence bienfaisante de ses parents.

En 1971 André Voisin lui consacre dans la série des Conteurs une émission télévisée qui connaît un énorme succès.
Elle reçoit de nombreuses visites et des milliers de lettres venant de toute la France et parfois même de l’étranger. Elle met un point d’honneur à répondre individuellement à chacune d’elles.
En 1973 elle publie Kan an douar (Le chant de la terre), un recueil de poésies, qui reçoit le prix Jean Pierre Calloc’h. Fidèle à ses convictions, elle ne se rend pas à Paris pour recevoir le Prix. Elle écrit aussi des nouvelles en langue bretonne.

Toujours faible et malade elle continue de travailler ses terres, souvent aidée par ses voisins. C’est son vrai métier. N’écrit-elle pas « Ma skivan gwerzennoù, n’eo ket va micher » (si j’écris des poèmes, ce n’est pas mon métier).

De plus en plus engagée dans la défense de la langue bretonne, elle soutient le FLB, y compris les poseurs de bombes, allant jusqu’à écrire au procureur de la République de Paris une lettre pour lui demander la clémence en faveur des jeunes militants FLB emprisonnés et sur le point d’être jugés. 

Elle s’est toujours proclamée  totalement libre : « J’ai du sang de patron, petit patron peut-être, mais patron quand même », disait-elle.
Elle reçoit en 1979 le prix FR3 pour un nouvelle « Leve ar paour » (La rente du pauvre). Elle se  déplace à Lannion pour le recevoir.
Elle meurt en 1981.