Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Légendes de la mort en Bretagne
Sur les chemins de l'Ankou (édition Yoran embanner)
Daniel Giraudon, professeur à l'UBO ER.
Pour en savoir plus consulter le site de Daniel Giraudon
http://danielgiraudon.weebly.com

Le travail de monsieur Giraudon fait suite à l’ouvrage momumental d’Anatole Le Braz , La légende de la mort en Basse Bretagne, publié pour la première fois en 1893. Il répond ainsi à l’appel de ce grand folkloriste du XIXe siècle qui souhaitait voir un jour un autre chercheur de terrain poursuivre ce patient  travail de collecte dans la mémoire des anciens, très conscient qu’il était de n’avoir point épuisé le sujet. Loin s’en faut.  A ce propos, il  écrivait justement dans la préface de son ouvrage : « La mémoire des Bretons est inépuisable, puis on l’explore, plus on désespère d’en toucher le fond ». Pendant plus de quarante ans, Daniel Giraudon a parcouru les campagnes bretonnes et questionné les anciens, à la recherche de témoignages sur tous les sujets de la tradition orale populaire. C’est là le point fort de son travail et de ses autres ouvrages (voir site). Contrairement à Anatole Le Braz qui n’avait rapporté  ses légendes que dans la seule langue française, Daniel Giraudon a restitué plusieurs de ses témoignages dans la langue de la collecte, c’est-à-dire très souvent en breton, avec une traduction en français pour les rendre lisibles au plus grand nombre et en leur préservant ainsi leur authenticité. Il  a aussi poussé plus loin  la réflexion sur les croyances  et superstitions des temps anciens dont on ressent encore les effets aujourd’hui. Le livre d’Anatole Le Braz est marqué par le romantisme, et le tableau est parfois un peu noirci. Daniel Giraudon a cherché à montrer comment les bretonnants et notamment ceux du Trégor savaient plaisanter sur le sujet de la mort, peut-être parfois pour évacuer leurs inquiétudes. Comme Le Braz, il est allé aussi chercher des comparaisons avec les croyances en pays celtiques mais aussi dans d’autres parties de la France. Enfin, l’ouvrage de 400 pages avec couverture cartonnée illustrée d’un superbe dessin de Pierre Péron, comporte une très riche iconographie qui colle au texte et permet d’en faciliter la lecture. Anatole Le Braz aurait certainement apprécié.

Le mot Ankou

Mot très ancien, bâti sur la racine européenne nek, signifiant tuer, périr (cf. nécropole,nécrose…).
On le trouve sous forme de glose dans un manuscrit du IXème siècle, puis dans le Catholicon, dictionnaire trilingue français-latin-breton (manuscrit en 1464, imprimé à Tréguier en 1499). Il apparaît dans des œuvres poétiques (Mirouër de la mort, 1519) ou théâtrales (Vie de sainte Nonne, datée du XVIème siècle).

Les représentations

En tant que personnage, l’Ankou est la représentation de la mort. On en trouve des représentations sculptées autour des édifices religieux (il n’est pas le bienvenu à l’intérieur), principalement sur les ossuaires, bâtis à gauche de l’église, la gauche étant le symbole du mal. Les sculptures de pierre se trouvent  à Cleden-Poher, Landivisiau, La Martyre, La Roche-Maurice, Ploudiry, Brasparts, Bulat Pestivien, toutes datées des XVIème – XVIIème siècles.
Il existe deux Ankou en bois, l’un dans l’église de Ploumiliau, l’autre au musée de Morlaix.
Les phylactères qui les accompagnent annoncent la mort inévitable, en utilisant non le terme « Ankou », banni par l’église, mais « ar maro ».
En peinture l’ankou apparaît dans les danses macabres.

Les armes de l’Ankou

Dans la tradition bretonne la mort est un homme. Dans la danse macabre de Plouha l’Ankou mène la danse avec une houe sur l’épaule. A Ploumiliau il porte une pelle. Pelle et houe sont des outils de fossoyeur.
Ces armes sont à rapprocher de celles qu’on voit dans les représentations du dict des trois morts et des trois vifs, où l’un des spectres porte une lance, le deuxième une pelle, le troisième un pic de fossoyeur.

La faux à lame retournée est issue du folklore tardif, et en rapport avec l’image de la Mort en France« la grande faucheuse ». Elle pourrait avoir remplacé un pic de fossoyeur.

Que penser du marteau ? On a voulu faire de l’Ankou un descendant du dieu gaulois au maillet Sucellos. Cette théorie s’appuie sur l’expression morzolik an ankou, petit marteau de la mort, employé pour désigner la vrillette, petit ver mangeur de bois, dont les petits coups (trois) répétés étaient  considérés comme un intersigne de la mort. Mais les expressions présentes dans plusieurs langues (« horloge de la mort » en anglais, gallois, irlandais, allemand) révèlent que l’image est plutôt celle de l’horloge que du marteau.

On est plus près d’un Dieu frappeur avec le mell benniget, (boule bénie, maillet ou mât béni), boulet ou marteau qu’on posait sur la tête de l’agonisant pour hâter sa mort. Mais, dans l’état actuel des connaissances,  on n’a jamais mis de marteau  dans la main de l’Ankou.
L’arme la plus présente dans les représentations de l’Ankou est la flèche empennée. D’après les textes anciens et les sculptures elle semble avoir été autrefois l’arme caractéristique de l’Ankou .

Le personnel de l’Ankou :

L’Ankou peut avoir pour auxiliaires  le charretier, le remplisseur de la charrette, le gardien de cimetière…

La charrette de l’Ankou

Tirée par deux chevaux étiques, elle a fait l’objet de nombreuses descriptions. Malheur à celui qui la rencontrait sur sa route.

Croyances et superstitions

Selon les paroisses l’Ankou est le premier ou le dernier mort de l’année. Il est chargé d’attirer toute l’année vers la mort les gens du même âge et du même sexe, ou l’inverse selon les lieux. Il agit selon son tempérament, peut donc être gentil  ou méchant.
Il est aussi le messager de la mort : le grincement des roues de sa charrette dans la nuit est un des intersignes annonciateurs de mort
Il existe de nombreux autres intersignes. Exemples :
- Les oiseaux : la chouette quand son hululement est différent de l’ordinaire ; la pie quand elle traverse la route ou vient frapper à la fenêtre ; le corbeau dont on interprète le cri (marv, marv, marv).
- Le chant du coq la nuit annonce la mort, sauf pendant l’Avent, où les coqs « perdent la boule » et chantent à tort et à travers pour éloigner les mauvais esprits et ainsi préparer la naissance de Jésus.
Cette période mise à part, on tordait le cou au coq chanteur de nuit : ainsi il avait annoncé sa propre mort.
- La vrillette (gwrac’h an horolaj)
-Les enterrements de nuit : cortèges  présages de mort. Noter que des contrebandiers profitaient de cette croyance pour transporter en grand cortège leurs marchandises de contrebande, cachées dans le cercueil.

Les morts reviennent dans les familles

Pour les bas-bretons les défunts ne quittent jamais complètement le monde d’ici-bas. La nuit est leur domaine comme le jour est celui des vivants. D’où un grand nombre de rites et d’interdits.
Exemples :
La bûche de Noël, allumée dans l’âtre avant de s’en aller à la messe de minuit, devait d’abord réchauffer les âmes frigorifiées des défunts revenus à la maison à cette date précise. On leur laissait parfois un peu de nourriture sur la table.  Cette croyance a été christianisée, la bûche étant, disaient certains, destinée à réchauffer les pieds du petit Jésus.
C’est aussi pour ne pas renvoyer dehors l’âme du dernier défunt ou des, comme à Noël) (revenus en passant sous la porte) qu’il était interdit de balayer la maison, ou tout au moins d’envoyer dehors les balayures, après le coucher du soleil.
Il était dangereux de contrarier  les défunts : ils pouvaient se venger en perturbant la vie de la ferme.
La présence des défunts parmi les vivants a perduré dans le souvenir qu’on en gardait : Référence à leurs paroles ou habitudes (« comme disait ma grand-mère…), présence dans certaines maisons des meubles anciens, des objets qu’ils ont touchés.  Exemple d’Anjela Duval qui n’aurait pour rien au monde changé quoi que ce soit dans la maison après le décès de ses parents. Elle aurait eu l’impression de les mettre dehors.