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L'art et les sciences dans le monde arabe
Ahmed Djebbar, professeur émérite de l'université de Lille ER, 16 Mai 2013

Du VIIIème aux XIVème-XVème siècles le monde musulman est un vaste empire conquis au nom d’une religion. Or le territoire conquis (de la péninsule ibérique à l’est de la Chine) est en contact avec la Chine, l’Inde, l’Afrique, l’Europe. Il couvre des espaces de cultures différentes : arabe, persane, berbère, européenne. Il exerce un contrôle direct sur les régions conquises, et indirect sur d’autres régions par le biais du commerce. Ce dernier entraîne l’enrichissement de certaines couches sociales, qui consomment de la culture. Dans ce monde dominé par l’Islam, y aura-t-il des interdits religieux face au développement des arts et des sciences ?

Les composants de la cité islamique

Corpus religieux : beaucoup de non-musulmans y vivent, et apportent les savoirs d’autres civilisations.

Patrimoine culturel : arabe pour la tradition orale, grec pour les écrits.

Corpus scientifique et technique hérité de la Grèce ou de l’Inde ou de sources non identifiées.

Patrimoine artistique local et patrimoine hérité d’autres peuples.

Statut de l’activité scientifique et artistique dans ce contexte :

Les Sciences

Dissection et pratiques astrologiques figurent parmi les activités réprouvées.

La dissection : aucune mention de l’anatomie (ou dissection) dans le Coran, les Hadiths (paroles du Prophète), les ouvrages sur la médecine du Prophète, les ouvrages de droit. La question est en fait marginale dans la culture musulmane. A l’origine de la réprobation, une phrase de ‘Imrân Ibn al-Husayn : «  Le messager de Dieu nous a interdit de mutiler les ennemis morts au combat. » Interdiction sans doute liée à la foi en une relation intime de l’âme et du corps. Ne pas risquer de mutiler l’âme en touchant au corps.

Dans la réalité : Le livre du Grec Galien (IIème siècle) « Sur les procédures anatomiques », évoquant la dissection post mortem sur les animaux, les humains adultes et les nourrissons avortés, a été traduit en arabe sans aucune censure. Au IXème siècle Ibn Mâsawayh pratiquait la dissection. Au XIIIème siècle Ibn an-Nafis découvre la circulation sanguine dans le corps.

Les pratiques astrologiques, condamnées par les théologiens et les philosophes, sont pourtant financées par les pouvoirs politiques et consommées par les citoyens de toute confession.

Les Arts

Arts de la langue arabe : pas d’interdit exprimé, mais le Prophète se méfiait des poètes, en qui il soupçonnait de faux prophètes.

Musique: Selon certaines paroles du Prophète il faudrait s’en éloigner. Dans la pratique, personne n’a pu arrêter la musique populaire. La musique de l’élite, pratiquée dans des milieux riches et influents, n’a jamais été réprouvée. La musique théorique, étude de la gamme et des intervalles selon les Eléments d’Euclide, s’apparente à la science, objet de respect pour les théologiens.

Arts décoratifs : A leur sujet se pose la question des préceptes des textes sacrés sur l’art anthropomorphique :

La Bible : Exode 20, v.4 à 6 : « Ne fabrique pas de statues de dieux. Ne représente pas ce qu’il y a là-haut dans le ciel, en bas sur la terre, ou dans l’eau sous la terre. Ne te mets pas à genoux devant ces dieux, ne les adore pas. » L’interdiction vise à empêcher les fidèles de revenir au paganisme en fabriquant des intermédiaires entre l’homme et le Dieu unique.

Le Christianisme d’Orient a connu aux VIIIème et IXème siècles l’interdiction des icônes et leur autorisation par des décisions successives d'empereurs et de conciles.

L’Islam est fondé sur la volonté de rendre sa pureté au monothéisme. Versets du Coran :

Verset VI.74 : « Abraham dit à son père Azar : ‘Prendras-tu des idoles pour divinités ? Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement manifeste’ ».

Verset V; 90 : "O croyants, le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une œuvre du démon. Evitez-les, peut-être serez-vous heureux".

Pas de mention des images. Les pierres dressées, formes en trois dimensions destinées à être divinisées, sont une abomination : c’est seulement un jugement, certains en ont conclu à une interdiction.

Paroles attribuées au Prophète : « Les anges n'entreront pas dans une maison où il y a un chien ou une forme ». « Dieu maudit les créateurs de formes », car l’artiste qui crée une forme veut imiter Dieu.

Une tradition s’est constituée. Dans les hadiths rassemblés par l’imam Bukhârî (810-870) aucun chapitre n’est réservé aux images. Plus tard un consensus s’est établi entre les théologiens :

- Interdiction des images représentant des êtres vivants, suspendues ou sur un mur

- Tolérance pour les images sur des tapis et des coussins (le Prophète en tolérait chez lui)

- Condamnation de toute représentation à 3 dimensions sauf les poupées et les marionnettes à condition qu'elles ne soient pas ressemblantes (Aicha, future épouse du Prophète, en jouait enfant).

En politique, un seul décret d’interdiction en 721, jamais suivi d’effet.

Dans la réalité, les exemples d’art anthropomorphique sont nombreux.

Mais certaines couches sociales ont subi la pression des théologiens et refusé ces représentations artistiques.

On a cherché d’autres publics, et la production scientifique est devenue une sorte de musée des images. Celles-ci interviennent p.ex en illustration de livres de zoologie, simplement pour faire beau, sans servir aucunement à la compréhension du texte.

Les mathématiques sont mises au service de l’architecture : minaret en spirale, effets de symétrie, tracé géométrique des dômes.

A partir du Xème siècle apparaissent des arts nouveaux :

La calligraphie permet des créations à l’infini par le jeu des proportions et des transformations géométriques.

Allant jusqu’au bout de l’abstraction, les artistes ont garni les palais de « pavages » en arabesques,

à partir de modules répétés par rotation, symétrie et/ou translation. Il a été prouvé depuis qu’on ne peut aller au-delà de 17 de ces modules. Les artistes de l’Alhambra les ont tous utilisés d’instinct.

Plus fort encore, un système de modules en trois dimensions a fourni aux décorateurs le moyen d’habiller les coins disgracieux.

            


    


 

  

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Apport des différentes cultures au monde musulman
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La musique
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Art anthropomorphique


Ecrits scientifiques imagés
   
Formes gémométriques des dômes