Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

Le Conseil
d'administration
Les activitésNos adhérentsLes programmesComptes rendus
des conférences
Les partenariatsLes actualitésAdresses
et liens utiles
Accueil

Victor HUGO, romancier
Olivier Macaux, docteur ès lettres

Victor Hugo, écrivain polymorphe, n’a cessé d’écrire à travers toute sa vie (1802-1885), évoluant au cours du siècle et passant du monarchisme à un progressisme républicain.
Sa poésie elle-même est variée : lyrique , satirique, épique, élégiaque, et enfin poésie eschatologique de l’exil (Dieu, La Fin de Satan).
Son théâtre est connu par Hernani et le chef-d’œuvre Ruy Blas, mais comporte aussi du théâtre en liberté (ex : Le roi s’amuse).
Il est également écrivain politique, pourfendeur de Napoléon III ( « Napoléon le petit ») et défenseur de l’égalité républicaine ; écrivain voyageur, penseur, observateur de son époque à travers le recueil Choses vues où sont rassemblés différents écrits et croquis pris sur le vif.

Victor Hugo romancier

Célèbre dans le monde entier, souvent repris par le cinéma ou la comédie musicale, et pourtant mésestimé par la critique. On lui reproche des romans trop longs, touffus, mal construits, bourrés de digressions ; des situations mélodramatiques, des invraisemblances, trop d’effusions lyriques.
Les autres écrivains critiquent dans ses romans un univers singulier, une écriture qui mélange les registres, une mythologie romanesque.

Chronologie :

Han d’Islande (1823), situé en Norvège au XVIIème siècle. Roman noir, sur le thème du pouvoir et du bourreau.
Bug Jargal, écrit à 17 ans, publié en 1826, sur la révolte des esclaves à Saint Domingue en 1791.
Dernier jour d’un condamné (1829), monologue intérieur d’un condamné à mort. Illustre la dimension sacrificielle d’un condamné, et interroge sur l’origine de la délinquance et du crime.
Notre-Dame de Paris (1831), situé en 1482, moment du basculement du Moyen-Age à la Renaissance. En première intention c’est un roman historique à la manière de Walter Scott, selon la mode d’alors. Puis sous l’influence de la révolution de 1830 le projet devient une méditation sur la mort de l’architecture et la naissance de l’imprimerie. La digression s’installe dans le roman. Le personnage de Quasimodo représente le peuple à venir.
Les Misérables (1862) le chef d’œuvre (cf plus loin).
Les Travailleurs de la mer (1866) : veine du roman maritime. Double abîme de l’océan et du cœur humain.
L’homme qui rit (1869) dénonce la dérive du pouvoir monarchique (mutilation imposée par le pouvoir).
Quatre-vingt- treize (1874) : affrontement au cours de la Révolution entre Lantenac, marquis fidèle à la tradition, dirigeant la révolte de Vendée, les "Blancs", et Gauvain, un jeune homme talentueux et ingénieux qui a beaucoup d'espoir dans la Révolution et dans la République.

Un roman métaphysique et symbolique

L’œuvre romanesque de Victor Hugo est imprégnée d’une mystique humanitaire qui fait de l’homme le cœur du monde. On y reconnaît le « moi » des romantiques. Dieu est détaché de l’Eglise et des Dogmes pour communier avec l’homme. D’une manière générale Victor Hugo reprend des romans à succès et en refait les règles. Ainsi là où Eugène Sue dans les Mystères de Paris voit dans la misère une fatalité sociale, Victor Hugo en fait un élément de la création divine.
On trouve dans son œuvre romanesque une réécriture fictionnelle du récit biblique : dans les Misérables, la longue introduction sur monseigneur Bienvenu répond au récit du paradis terrestre: figure de sainteté et d’innocence dans une enclave édénique. Jean Valjean a des analogies avec le Christ, comme sauveur moderne, tenté par le mal au bagne, faiseur de miracles. Mais à l’inverse du Christ Dieu fait homme il est l’homme qui prend les dimensions de Dieu. On peut voir les thèmes de la nativité dans le chapitre où Jean Valjean va reprendre Cosette chez les Thénardier le soir du 25 décembre : il est à la fois Dieu sauveur, Joseph père adoptif, et même Marie, sa part de féminité se révélant dans son nouveau nom : monsieur Madeleine.
Les Travailleurs de la mer racontent la lutte de Gilliatt pour sauver de l’océan un bateau et surtout la machine à vapeur, symbole de modernité. On y trouve des références à la Bible, mais aussi à Homère, à Eschyle, à la quête du Graal. Le romancier a recours aux mythes fondateurs pour dire Dieu.

Conception de Dieu et de l’homme.

Le moi d’en haut, le moi d’en bas. Présence en l’homme de la conscience comme une ouverture vers l’absolu : « il y a un spectacle plus grand que le ciel, c'est l'intérieur de l'âme ». Dilemme de Jean Valjean lorsqu’il hésite à se dénoncer, détruisant ainsi le personnage qu’il s’est construit. L’individu ne s’accomplit qu’en devenant en quelque sorte dépersonnalisé. Le moi se dépasse alors en « moi de l’infini ». C’est le cas des amours impossibles qui subliment le personnage : Quasimodo sauvant Esméralda, Gilliatt ayant accompli un exploit pour celle qui l’aime, et qui meurt en la voyant s’éloigner avec un autre.

Le roman hugolien, un discours sur la misère.

L’homme est réduit à l’état de chose par la misère. Celle-ci est décrite sous tous ses aspects : misère juridique, pénale, morale, misère du cœur.
Critique de la valeur : Le personnage de Thénardier, tarificateur sans scrupule, en accord avec le modèle capitaliste.
A la logique marchande de Thénardier répond la logique pénale implacable de Javert. Jean Valjean, en sauvant Javert de la mort, enraye cette machine. « Livrer Jean Valjean, c'était mal; laisser Jean Valjean libre, c'était mal. Dans le premier cas, l'homme de l'autorité tombait plus bas que l'homme du bagne; dans le second, un forçat montait plus haut que la loi et mettait le pied dessus ». Et Javert se suicide.
Description d’un monde où l’égalité n’existe qu’entre les riches : le mariage du bourgeois Marius et de Cosette ne devient acceptable que moyennant la dot de 600 000 francs issue des économies de Jean Valjean, et le nouvel état-civil que lui compose son père adoptif.
Dans ce monde le capital est le produit de la misère.

Victor Hugo pense l’Histoire et la politique à travers un idéal.