Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Les jubés de Bretagne
Gusti Hervé, spécialiste du patrimoine religieux, diocèse de Quimper
Consulter la carte des jubés de Bretagne

Jubé et chancel
Le Christianisme, le Judaïsme et l’Islam sont  des religions du Livre. Mais toujours on y a proclamé la Parole. Le jubé (Paris St Etienne) est une tribune d’où l’on proclamait la parole et à laquelle on accédait par des escaliers. Son nom tire son origine de la demande de bénédiction prononcée en latin par le lecteur  "jube domne benedicere" avant les leçons de Matines .
Le jubé se compose de trois éléments : la tribune (Paris St Etienne) (le jubé proprement dit). Un riche programme iconographique ornait sa façade occidentale représentant la vie et la passion du Christ, le jugement dernier et les images des apôtres. La clôture dite « chancel » (Plouzevede) séparation entre le chœur et la nef et le groupe sculpté de la crucifixion. On trouve souvent réunis le jubé, le chancel et la poutre de gloire ou tref, représentation de la crucifixion.

Historique du jubé :
On distingue traditionnellement trois sites importants dans les célébrations : l’autel, le lieu de la parole,  le siège de la présidence. Le lieu de la parole varie dans le temps.
Il y a eu d'abord, dès le 11 ème siècle, "l’ambon", lieu surélevé le long de la nef, dont on trouve de nombreux témoignages en Italie : basilique Saint Clément à Rome (XIIème siècle), Ravenne (XIème siècle), basilique "St laurent hors les murs", Rome.  C’est l’usage du latin qui a fait disparaître l’ambon : au temps de Charlemagne seuls les clercs comprennent le latin. Le texte est lu dans le chœur, séparé des assistants. Pour ceux-ci l’important n’est pas ce qui se passe à l’autel, mais le fait d’être dans un lieu. La vénération des reliques est plus importante que la messe. Il a été remplacé par le jubé.
Les premiers jubés ne comportent aucun décor sculpté mais certains sont ornés de scènes peintes. C'est au cours du premier tiers du XIIIe siècle que le décor sculpté sera intégré à l'architecture, sans doute dans le nord de la France. C'est surtout à partir du XIIIe siècle qu'on entreprit d'édifier des jubés dans la plupart des grandes églises ( Paris St Etienne, La Chaise-Dieu, Florence, Marburg en Allemagne, Canterbury en Angleterre). La plupart portaient, sur la face regardant vers la nef, soit des statues isolées de saints, comme à Marburg (Allemagne), soit des cycles narratifs sculptés illustrant la Passion du Christ (Paris, Bourges) ou l'enfance du Christ (Chartres). Au centre se dressait généralement un crucifix accompagné des statues de la Vierge et de saint Jean, le jubé prenant ainsi la suite du tref, poutre de gloire (Guimaëc) lancée en travers de la nef dans les églises.
Les jubés ont été de tous temps le lieu d'expression de l'art des sculpteurs. On y trouve des scènes religieuses (les péchés capitaux à Plelauff p.ex) , l'ange au culot, adam et Eve, Messe de St grégoire, à St Fiacre, mais aussi de la vie quotidienne (contorsion humaine), mais encore de scènes "païennes" (un homme vomissant un renard au Faouët, transcription de l'expression vomir un renard utilisée au Moyen-Age pour illustrer l'excès de boisson..), scènes du "Roman de Renard"...etc
C'est également à partir du XIIIème siècle que la séparation est matérialisée par le "chancel" (Loc Envel) sous l’influence monastique. Une hiérarchie est établie entre les assistants : le chœur, lieu des moines, est séparé de la nef, lieu des fidèles. A leur tour les évêques établissent cette séparation dans leurs cathédrales : privés en 1246 de leur droit de justice séculière, ils se limitent à leur juridiction ecclésiastique et créent les chapitres de chanoines, qui dans l’église sont séparés de la nef, à la façon des moines. Aux XVe et XVIe siècles, au contraire, certains jubés seront percés d'arcs (Troyes)  ou ajourés (Pontigny) , permettant aux fidèles de « voir » les offices.
Les ensembles formés par le chancel, le jubé et la poutre de gloire apparaissent  à partir de cette époque, parfois aussi par simple souci d’embellissement. Leur conception artistique souligne le plus souvent leur caractère symbolique : passage à l’autel et à la Vie par la crucifixion et la mort.
Au XVIème siècle le concile de Trente ordonne d’abolir les séparations entre l’autel et la nef, pour que les fidèles participent au culte. Il faut contrer les protestants qui ont rétabli cette participation directe. Selon les cas on assiste alors à des destructions,  des résistances à la destruction comme à Amiens où les chanoines se révoltent, des récupérations (le jubé réutilisé en tribune, 'Rochefort) en tribune d’orgue, des panneaux déplacés 'Glomel)…), des maintiens.
C’est en Bretagne que le plus grand nombre de jubés a été conservé, principalement parce qu’ils se trouvaient dans des chapelles privées. L’ordre du concile de Trente concernait seulement les paroisses. On a ainsi vu un jubé apparaître en plein XVIème siècle à La Roche Maurice, alors simple trève, malgré l’interdiction du concile.
Les jubés disparus un autre mobilier apparaît, la chaire à prêcher, en bois, en pierre ou en marbre.

Les plus beaux jubés :
Saint Fiacre au Faouët. (Voir plus détails : 2 
Basilique du Folgoët en pierre de Kersanton
Le plus beau chancel de Bretagne : Plonevez du Faou, Saint Herbot., détail