Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Le patrimoine naturel en Bretagne
François de Beaulieu, secrétaire général de Bretagne Vivante 

Biodiversité signifie à la fois diversité des espèces dans un espace donné, diversité à l’intérieur d’une même espèce (caractéristiques différentes, qui rendent  possible l’évolution), et  diversité des écosystèmes.
Prendre en compte les espèces dans leur rapport entre elles et avec leur milieu. Exemples : le moineau présent là où on  lui a ménagé des trous où nicher, absent des espaces urbains trop parfaits ; la chouette effraie, qui nourrira plus ou moins de petits selon l’abondance ou la pénurie de campagnols.
Les espèces sont à leur place ou pas : problème des plantes et des espèces animales invasives  (herbe de la pampa, ragondin, vison d’Amérique, ibis sacré échappé d’un zoo…)

 Les grands milieux naturels :
- Milieux marins
Dans les milieux littoraux, les grandes espèces et les oiseaux marins sont signe de bonne santé.
Le plancton invisible y est à la source de toute vie, et son abondance dépend de milieux qu’on a tendance à mépriser et négliger : vasières, prés salés.
Les falaises : les seuls milieux totalement naturels (abri des guillemots). Ailleurs l’homme est intervenu partout.
Autres milieux : dunes, arrière-dunes, lagunes.
- Etangs, marais, prairies naturelles
Les prairies naturelles sont devenues le milieu naturel  le plus rare en Bretagne. Autrefois on laissait vivre les prairies des  fonds de vallées, riches en plantes et insectes divers. L’urbanisation et les remembrements ont fait des dégâts. Les prairies, un patrimoine à protéger au même titre que le patrimoine bâti ou les espèces rares.
- Eaux courantes 
La rivière fonctionne en lien étroit avec les milieux qui la bordent. Exemple : l’environnement qui se détériore cause la disparition progressive de l’anguille.
Noter la présence du campagnol amphibie, espèce protégée en France.
- Landes et tourbières 
Le milieu emblématique de la Bretagne. Les landes des monts d’Arrée en sont le dernier grand ensemble. Milieu original, créé par les hommes par le défrichage et la fauche.
Les landes diffèrent par leur situation et leur exploitation. Dans les monts d’Arrée les fauches échelonnées créent un grand damier où différentes espèces trouvent leur milieu. Celui-ci n’a jamais été traité. Certaines espèces ne vivent que là. On y rencontre le courlis, et 120 espèces de papillons de nuit.
- Forêts,  milieu complexe qui mériterait d’être traité seul.

Les milieux agricoles
La monoculture fragilise le milieu en réduisant les interactions. Exemple : la culture intensive du maïs attire les invasions d’étourneaux. C’est cependant un moindre mal par rapport à l’invasion du béton.  A l’opposé le système complexe du bocage accueille une grande variété d’espèces.

Les milieux artificiels
Certains sont très accueillants pour les espèces animales :
- Jardins ouvriers au pied des immeubles
- Ruines, habitées par chauves-souris et invertébrés. On ferait bien de ne pas toutes les raser ou rénover.
- Chapelles, souvent trop bien réparées. Des espèces rares de chauves-souris  doivent leur survie aux vieilles chapelles.
- Rivière ou fleuve, milieu naturel qui traverse une ville.
Certaines espèces se sont adaptées à la présence des hommes : les hirondelles qui font leur nid dans les creux des habitations, la belette, prédateur de souris, autrefois admise au même titre que le chat, la chouette effraie (clochers, combles, greniers).

Interventions humaines destructrices
Principalement l’artificialisation. On perd tous les dix ans l’équivalent d’un département, d’où la nécessité de densifier l’habitat. Ceci est rendu difficile, particulièrement en Bretagne, par le désir de chacun de posséder son pavillon et son jardin. Il s’ensuit un gaspillage inquiétant des terres agricoles.

Protection
- Protéger les espèces :
Des actions concrètes sont menées. La plus ancienne réserve est celle de l’île Rouzic, créée en 1912 pour protéger les macareux victimes d’une chasse intensive. Ensuite la SEPNB (devenue depuis Bretagne Vivante) a créé un grand nombre de réserves : le long du littoral, puis landes et marais.
En 1976 la loi de protection de la nature établit une liste d’espèces protégées : les oiseaux blancs, plus tard  la loutre, beaucoup plus tard les invertébrés (ordre en fonction de la valeur symbolique des espèces).
Protéger une espèce revient à protéger un milieu. Exemple : protéger  la droséra, moyen de conserver les tourbières où elle se développe.
La liste des espèces protégées est longue. La plus rare : la mulette ou moule d’eau douce. On ne la trouve plus qu’en trois endroits.
- Protéger les milieux :
Protéger un milieu c’est protéger sa fonctionnalité : Exemple : maintenir une allée forestière qui permet le passage d’insectes, eux-mêmes nourriture de la chauve-souris.
Exemple d’interactivité dans une lande. Un papillon, l’azuré des mouillères, pond ses œufs uniquement sur la fleur de gentiane pneumonanthe. La larve tombe, ses phéromones attirent la fourmi, qui entraîne la larve dans la fourmilière pour la nourrir et la chauffer jusqu’à son éclosion.
Dans la même lande les lapins sont nombreux, on leur fait la chasse. Or ils entretenaient des coins dégagés où la gentiane pouvait pousser. En détruisant les lapins on a chassé la gentiane et  l’azuré des mouillères.
Autre exemple : les grands corbeaux nichaient dans une falaise. Dérangés par le passage des randonneurs et de leurs chiens sur le chemin de randonnée, ils ont fui, jusqu’à ce qu’on détourne le sentier sur quelques centaines de mètres pour leur permettre de revenir.

Modifier la perception
Dans notre esprit l’opposition entre sauvage et domestique se confond trop  avec l’opposition du bon et du mauvais (le loup dans la bergerie), du sympathique et du dangereux, du propre et du sale.
Exemple de la laisse de mer (algues rejetées sur la plage) : on s’empresse de faire place nette pour les touristes, alors qu’elle fournit de la nourriture aux plantes de dunes et à beaucoup d’invertébrés.
Notre fond culturel nous a amenés à négliger la nature sauvage.
A force de vouloir maîtriser la nature on en arrive à des univers qui lui sont complètement étrangers : culture hors sol, en serres, élevage en batterie, monoculture intensive (champs de tulipes), élevages en batterie.

Que faire ?
Accepter de laisser par endroits toute liberté à la nature, fût-ce aux herbes folles. Se souvenir que nous dépendons de l’équilibre des écosystèmes.
Possibilité de peser sur les élus, s’engager localement, s’engager dans une association.


Herbe de la pampa

Falaises du cap Fréhél


Courlis

Belette

Drosera

Loutre
Tulipes à Tronoën

Gentiane pneumonanthe

Ibis

Guillemot

Landes des Monts d'Arrée

Chouette effraie


Macareux moine

Mulette

Azuré des mouillères

Laisse de mer