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Le rire au cinéma
Hussam Hindi, enseignant de cinéma à Rennes

Le cinéma comique est celui qui a le plus de succès. Depuis l’invention du septième art, les 15 premiers titres du box-office sont des comédies.

Pour faire rire, deux méthodes :
- Le comique visuel, gag dit « de la peau de banane », abondant par exemple chez Charlie Chaplin, Buster Keaton, Jacques Tati, Mister Bean.
- Le comique verbal, qui joue avec les mots. Un des meilleurs : Woody Allen

Les clés du comique visuel :

Séquence du film de Charlie Chaplin, Le gosse. Charlot trouve un bébé par terre et tente de s’en débarrasser. (Voir extrait) (sous le bandeau Charlie Chaplin)

- Le rire méchant de l’humour noir à la fin : Charlot hésite à jeter l’enfant dans la bouche d’égout. Pour faire rire il faut une victime. Le spectateur en riant devient complice. Et le réalisateur joue avec cette complicité.
- Le gag surprend la victime, tandis que le spectateur a anticipé et s’y attend : à la deuxième apparition du landau on sait que la première scène va se répéter. Succès assuré du comique de répétition.
- Juxtaposition du logique et de l’illogique :
Dans une rue où des objets tombent des murs, il est logique de trouver un enfant par terre. Logique aussi de placer l’enfant dans la place vide du landau.
L’illogisme est dans le personnage : tenue d’aristocrate dont les éléments sont inadaptés entre eux par la taille (trop grands ou trop petits) et inadaptés au personnage qui a tout de l’être seul, pauvre et désemparé.
- le comique comme stimulant à la réflexion. Ici comme dans tout le cinéma de Charlie Chaplin, satire virulente de la société.
Noter en particulier la présence du policier, qui pourrait tirer Charlot de ce mauvais pas. Charlot l’évite parce qu’il craint l’autorité, à la manière d’un sans papier.

Une séquence qui utilise tour à tour le comique verbal et le comique visuel : dans Intouchables, la séquence du concert. (voir extrait)

Dans la première partie le rire est basé sur le verbe, quand Driss  ramène  les morceaux classiques aux pubs qui font partie de sa culture. Un exemple particulièrement réussi de quiproquo.

Dans la deuxième partie le rire est basé sur le mouvement. Distorsion entre le statut des bourgeois et le caractère populaire de la danse à laquelle ils se livrent. Chutes qui les rendent ridicules. Gros plan sur des fesses en mouvement… Ici encore la victime fait rire, et le rire amène une réflexion sur la société.

Parenthèse : Pourquoi on aime rire ? On se détend, on se lâche, on change d’apparence. Quand on est « mort de rire » on ne peut faire que ça et on n’a pas peur du ridicule. Au cinéma on rit ouvertement avec tout le monde tandis qu’on pleure tout seul, en évitant d’être vu.
Quand on rit on devient autre.

Rire verbal fondé sur le quiproquo, la mal-compréhension, le dialogue de sourds :

Court métrage Pacotille : Pour se faire pardonner une maladresse précédente un  homme offre à  son amie un pendentif en forme de cœur où il a fait graver « aujourd’hui plus qu’hier  et moins que demain ». Le quiproquo est fondé sur l’acception négative du mot « moins », que la jeune femme s’obstine à interpréter « je t’aime moins ».

En conclusion : extrait du Dictateur : Charlot barbier rase un client au rythme d’une danse de Brahms, dans un ballet extrêmement précis où chaque geste s’adapte à la musique. (habituellement  c’est la musique qui s’adapte au film).

Exemple parfait de comique visuel.