Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Louis Rousseau et Keremma
Louis Elégouët, historien 

Louis Rousseau est né en 1787 à Angerville dans la Beauce. Son père est maître de Poste. Après quelques années de collège rue de Picpus à Paris il s’engage dans la marine en 1804, à peine âgé de 17 ans. Aspirant de marine à Brest il apprécie peu la Bretagne et les Bretons. En 1805 il participe à l’expédition de Saint Domingue contre les Anglais. Fait prisonnier il passe 8 ans en Angleterre, d’abord dans un « cautionnement », où les officiers sont prisonniers sur parole et relativement libres de  leurs mouvements. A sa demande il est transféré sur un ponton où les conditions de vie sont très dures, mais d’où il peut tenter de s’échapper (22 fois) sans manquer à sa parole. Période de formation intellectuelle où il lit beaucoup : philosophie, agriculture, astronomie, et observe la micro-société qui l’entoure. Rentré en France en 1814 il revient à Angerville, acquiert une brasserie, épouse en 1817 Emma Michau, fille d’un entrepreneur en bâtiment. Mais les affaires marchent mal. Sur les pontons il avait rêvé d’aller civiliser les Iroquois. En 1822 il va s’établir en Bretagne, au bout du monde, dans le but de faire quelque chose pour la société.

Les travaux

Il achète 600 arpents de terre (300 hectares) entre Goulven et Plouescat. Basse dune de sable le long de la mer, et dunes grises et marécages à l’arrière.
Il se met au travail l’été 1823. Pour arrêter les déplacements de sable il fait bâtir, parallèlement à la mer, des sortes de talus en entassant des fagots d’ajonc. Pour empêcher la mer d’envahir l’estuaire de la Flèche à chaque marée, son ami Frimot, ingénieur des ponts et chaussées lui conseille de faire construire une digue de 700 mètres, coupée par un pont avec portes qui laissent passer le cours d’eau à marée basse, mais se ferment sous la poussée de la marée montante. Ce travail est anéanti par la tempête de 1824 mais Rousseau persévère et crée des terres cultivables du côté de Goulven. Une société par actions est créée en 1826 pour financer les travaux. Après une nouvelle tempête Louis Rousseau devra vendre en 1836 les terres de Lannevez, du côté de Goulven, et se replier sur son territoire de Keremma.

Ses idées

Ayant observé les conséquences économiques et sociales de la révolution industrielle, Louis Rousseau est animé du désir de changer la société.
En 1831 il adhère aux idées de Saint-Simon (1760-1825): celui-ci préconise de donner le pouvoir aux membres les plus compétents : les producteurs (industriels, scientifiques, artistes, intellectuels, ingénieurs…). Il y ajoute l’idéal de fraternité et de philanthropie. Rousseau devient membre de l’ « église » de Brest (3 membres), provoquant l’agacement de sa femme Emma.
Il s’intéresse ensuite au fouriérisme, système philosophique et socio-politique de Charles Fourier (1772-1837). Selon ce système fondé sur la coopération et l’association les hommes doivent vivre heureux, avec des occupations correspondant à leurs tendances, à leurs passions, dans le cadre de groupements harmonieux. Fourier propose des sociétés idéales composées de phalanstères de 1 500 individus environ, où chacun s’active dans de multiples groupes fréquentés successivement dans la journée. Rousseau s’intéresse au fouriérisme, mais y constate l’absence de dimension spirituelle.
En 1834 il fait officiellement acte de repentance dans un texte qui sera lu en chaire par le curé de Tréflez. Désormais il reconnaît qu’il n’y a pas de progrès social sans l’Eglise catholique. Il peut donc être considéré comme un des premiers catholiques sociaux, avec Albert de Mun, Félicité de Lamennais, Frédéric Ozannam, précurseurs de l’encyclique du pape Léon XIII Rerum novarum.
Son objectif est désormais de fonder des « tribus chrétiennes », dont il expose les principes dans son ouvrage La Croisade du dix-neuvième siècle, publié en 1841, «appel à la piété catholique à l’effet de reconstituer la science sociale sur une base chrétienne ».
Sa tentative de fonder une tribu chrétienne à Keremma à partir d’un noyau d’une trentaine de jeunes enfants orphelins ou abandonnés échoue, ainsi que le projet d’implanter une tribu en Algérie. Il se consacre désormais à des recherches dont il voit assez vite l’impossibilité.
A partir de 1848 il est préoccupé d’inventions plus ou moins bizarres : bouchon imperméable, tube oenophore tubulaire pour fabriques du champagne de masse, procédé pour exploiter les tourbières…
Il y engage des dépenses que son épouse s’emploie à limiter.
Il meurt en 1856 avec un profond sentiment d’échec.

L’oasis de Keremma.

Louis Rousseau était devenu l’un des plus riches habitants du Finistère. Aujourd’hui 1800 personnes sont propriétaires à Keremma de plus de 200 maisons, dont 90% appartiennent toujours à ses descendants.
La tribu familiale en est à la septième génération. Elle se caractérise par une grande solidarité, et la réussite professionnelle de ses membres. La 2ème génération était celle des officiers de marine, la 3ème celle des polytechniciens, et encore maintenant il y a beaucoup de polytechniciens à chaque génération.
Ces résidents, qui pour la plupart ne sont là que deux mois dans l’année, ont peu de relations réelles avec les « régionaux ».

En conclusion, Louis Rousseau est un être attachant parce que vulnérable malgré sa réussite, et remarquable par sa réflexion constante et sa persévérance malgré les échecs.


   

       Carte de Cassini                                  Carte Etat-Major 1840                          Vue aérienne aujourd'hui


Liens Internet : http://assokeremma.free.fr/histoire.htm


http://www.hermine.org/simclient/integration/hermine/stream.asp?instance=incipio&BASEEID=INCIPIO_HERMINE&EIDMPA=COBB_A_1997_174_025_1

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/keremma-un-reve-de-phalanstere-59794


Louis Rousseau

Emma Rousseau

Vue aréienne (la digue, l'étang)

Dunes poldérisées

L'érang

Sortie des vannes

La digue