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La Bretagne au temps d'Anne de Bretagne
Serge Duigou, Historien

Quelques dates :

Anne de Bretagne naît le 25 janvier 1477, devient duchesse à 11 ans ½ à la mort de son père le duc François II.
Elle épouse d’abord par procuration Maximilien Ier. Après la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier elle devient reine de France en épousant Charles VIII. Veuve à 21 ans de ce dernier, elle épouse son successeur Louis XII, et décède épuisée en 1514 à 37 ans.

La vie en Bretagne

On est encore au Moyen Age. La Renaissance commencera doucement sous Louis XII. Eviter toute comparaison anachronique avec l’époque moderne.
C’est l’apogée du duché de Bretagne
. Le duc exerce la totalité des pouvoirs : défense, monnaie, politique étrangère, diplomatie, justice. Seul l’appel se fait devant le parlement de Paris, jusqu’à la création du parlement de Bretagne en 1485.
La Bretagne est un pays peuplé, formé des 5 départements actuels. On y compte 1 million d’habitants, 30 à 35 au km2, forte densité pour l’époque. La population se concentre principalement sur les côtes, en Arvor, bordure large d’environ 20 km.
L’agriculture représente la plus grande part de l’économie. Les terres appartiennent aux seigneurs, qui les font travailler par des salariés ou des fermiers (redevables du fermage). Les plus favorisés sont ceux du littoral, grâce aux amendements marins.
A l’époque la Bretagne est une réserve de céréales, qu’elle peut même exporter (blé, seigle). Autres cultures : le chanvre, le lin, la vigne dans le sud du Morbihan et la Loire-Atlantique actuels.
La forêt est surexploitée, et donc en recul en faveur de la lande.

Noter en particulier l’opulence du pays de Léon :

« Au XVème siècle on trouve (au marché de Lesneven) du pain, des céréales, du fil (lin, laine, chanvre), de la toile, de la viande, du cuir, de la poterie, du beurre, de l’ail et des oignons, des fruits, du poisson, de l’outillage agricole, de la mercerie, des chapeaux, du parchemin » (extrait de la revue Amzer, publication de l’agence de développement du pays des Abers-Côte des Légendes).

En réalité il faut relativiser cette vision idyllique. La guerre contre les Français en 1487-1491 a causé de terribles dégâts, et provoqué la division entre les Bretons eux-mêmes, ainsi que le brigandage, la destruction des faubourgs des villes…
Cette guerre se termine par la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier, bientôt suivie de la mort du duc François II. En se mariant au roi de France Anne assurait la paix à la Bretagne, et cette union a été bien acceptée par les Bretons.
En 1493 à Rennes on compte 3 000 miséreux sur 13 000 habitants. Ensuite la Bretagne retrouvera sa prospérité mais il restera beaucoup de pauvres.

Santé : Peu d’hôpitaux, pas de remèdes sinon la prière, et la foi dans les fontaines miraculeuses. Noter par exemple le grand nombre de chapelles à saint Sébastien et saint Roch, invoqués contre la peste.

Territoire partagé en neuf évêchés : Nantes, Rennes, Vannes, Saint-Brieuc, Quimper, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Dol, Saint-Malo. Mais la référence est d’abord la paroisse, où la vie politico-associative est très riche. Rôle important des fabriciens dans la gestion des affaires paroissiales.

Les fermiers travaillent en moyenne 4 ou 5 hectares, et vivent dans des maisons en torchis.
La majorité des terres appartient aux seigneurs, nobles laïcs ou religieux (couvents, évêchés, paroisses).

La noblesse se divise en :

- Grands féodaux : les Rohan, Laval, Rieux, Châteaubriant…
- Moyenne noblesse : Du Chastel à Trémazan…
- Une multitude des petits nobles qui parfois tirent le diable par la queue mais jouissent de certains privilèges.

Les villes :

Fortifiées, entourées de remparts. Il y règne la saleté, l’absence d’hygiène, le manque d’eau potable, l’insécurité (« cours des miracles »).
Deux capitales : Nantes, résidence favorite de la cour, siège de l’université depuis 1461. Rennes, ville du couronnement ducal.
Les deux capitales tournent le dos au cœur bretonnant de la Bretagne, et sont essentiellement françaises. L’élite bretonne est francophone. Anne de Bretagne ne savait pas le breton.

La cour est itinérante. On se déplaçait de château en château en emportant le mobilier (objets « mobiles »). Châteaux de Suscinio dans la presqu’île de Rhuys, de l’Hermine à Vannes. Quimper, Guingamp, Brest, Lesneven ont chacune un château ducal.
Cas particulier de Saint-Malo, dont les habitants se considèrent comme malouins avant d’être bretons. La tour de Quic en Groigne est consolidée pour surveiller les Malouins turbulents.

La vitalité économique est due pour une grande part à l’industrie textile, qui fait en particulier la richesse des ports de Morlaix et Landerneau. Locronan est spécialisé dans les toiles pour la marine, le Léon dans le lin pour le linge de maison. Activité qui alimentera plus tard la richesse des enclos paroissiaux.

L’autre activité économique importante est le commerce maritime. Les Bretons sont à cette époque les champions du transport sur mer, à partir d’une soixantaine de ports sans compter les îles. Rien qu’en Léon : Le Conquet, l’Aber Wrac’h, Lanildut, Pempoul. Aux bateaux des marins pêcheurs s’ajoutent les carvelles, navires de la taille d’un chalutier actuel. On compte environ 2 000 navires de transport, en relation avec tous les ports de la façade atlantique et même de la Baltique.
En 1482-1483, 60% des bateaux qui fréquentent le port de Bordeaux sont bretons. Ils sont spécialisés dans les deux produits à la plus forte valeur ajoutée : le vin et le pastel.
Le pastel de Toulouse est une plante tinctoriale cultivée dans le Lauraguais, région favorable à cette plante qui demande un terrain très calcaire, une alternance de périodes chaudes et froides, un peu d’humidité. On l’utilisait pour obtenir des bleus très lumineux dont les lissiers étaient friands pour les tapisseries. Les Flamands étaient très demandeurs.
On compte 40% du trafic pour le pastel, 60% pour le vin.

Ouverture sur l’Atlantique :

Les Bretons ne sont pas les derniers à partir pour l’Amérique. Un Normand, Paulmier de Gonneville, est dit avoir atteint le Brésil en 1503. Il a sans doute été précédé par d’autres marins, dont des Bretons.

Les Bretons ont les premiers découvert Terre-Neuve. Ils auraient découvert le Cap Breton en 1504. En 1510 la pêche à la morue est devenue une routine. Les marins bretons auraient même découvert l’Amérique avant Christophe Colomb, mais auraient gardé le secret sur leurs lieux de pêche.
La Bretagne est donc au cœur du monde économique occidental, avec cependant un bémol : les Bretons sont des marins, pas des marchands. Dans les siècles suivants des sociétés capitalistes feront une concurrence sévère à l’individualisme des marins bretons.
D’autre part les Bretons ont accepté de dépenser une grande partie de leur argent pour Dieu : églises, clochers, enclos. Cet argent n’a pas été investi dans le développement économique. Il s’agit là d’un choix culturel.
Pour les constructions religieuses on n’hésite pas à faire appel à des artistes étrangers (albâtre anglais, retable de Kerdevot fabriqué à Anvers, vitraux de La Martyre fabriqués par un Flamand).

La culture religieuse pénètre profondément la population à travers la construction et le décor des églises. Importance de la foi chrétienne et de la vie paroissiale, pivot de toute la vie sociale. Dévotion marquée par le culte des morts, par la superstition issue de la période celtique.

Rappel en conclusion : comme aujourd’hui la Bretagne du XVème siècle est double : à l’ouest la Bretagne bretonnante, à l’est le pays Gallo, davantage urbain et tourné vers la culture française.