Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

Le Conseil
d'administration
Les activités Nos adhérents Les programmes Lettres aux adhérents
Comptes rendus
des conférences
Les partenariats Les actualités Adresses
et liens utiles
Accueil

Littérature et chocolat
Chantal Pommier

Bibilographie

Bienfaits et méfaits du chocolat

XVIème siècle : Bernal  Diaz del Castillo, dans son Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle Espagne, raconte comment les conquérants ont été surpris du pouvoir énergisant du chocolat, qui « dopait » le chef en vue de satisfaire son harem.
Mais pour le palais des Européens, c’est un liquide  « lavasse pour pourceaux ».
Dans le Dialogue entre un médecin et un bourgeois, de Barthélémy Marradon, il est dit que le chocolat « opile », c’est-à-dire constipe (origine du mot « désopilant » = produisant l’effet contraire).  En réalité ce n’est pas exact. La polémique se poursuit dans l’ouvrage de Girolamo Benzoni, La historia del mondo nuovo.
XVIIème siècle : au temps de Mazarin le chocolat est considéré comme rajeunissant. Et Anne d’Autriche avait deux passions dans la vie, le chocolat et le roi.
Madame de Sévigné dans ses lettres vante d’abord le chocolat à sa fille, avant de le déconseiller : il « brûle le sang ».
XVIIIème siècle : Citation de Brillat-Savarin dans La physiologie du goût :  « Heureux chocolat, qui après avoir couru le monde à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche. »   

Les romans libertins :

Le chocolat y est associé au sexe : on y trouve « prendre du chocolat » comme synonyme de « faire l’amour ». Casanova était accro au chocolat. Sade l’associe au sperme et au pénis dans des scènes de fellation. Chez Sade également, nombreux meurtres au chocolat.

Histoire du chocolat :

Michèle Kahn dans Cacao raconte l’histoire du chocolat depuis le Mexique, en passant par ses ancêtres chocolatiers juifs qui allaient à domicile fabriquer la boisson alors interdite.
Jorge Amado, Cacao , les pénibles conditions de travail des ouvriers dans une plantation de cacao au Brésil, sous la chaleur torride et les pluies diluviennes.

Les terres du bout du monde : combat au Brésil pour la possession des forêts qu’on défriche pour planter des cacaoyers.
La terre aux fruits d’or dénonce la brutalité des planteurs et la mise en esclavage des ouvriers
Eza Boto , écrivain franco-camerounais, militant anticolonialiste, évoque dans Ville cruelle (1954) l’exploitation du cacao par des colonisateurs grecs.

Le chocolat qui sauve

Stendhal, La chartreuse de Parme. Fabrice del Dongo, prisonnier, est menacé d’être empoisonné. La fille du geolier lui conseille de ne rien manger de ce qu’on lui apporte et le nourrit de chocolat.
Catherine Velle : Les sœurs chocolat (2009).
Elles ne sont pas soeurs… elles sont Soeurs. Leur petite communauté subsiste grâce au délicieux chocolat qu’elles produisent. Mais si elles manquent le rendez-vous au fin fond de la Colombie, la part de fèves de cacao qui leur est réservée sera immédiatement attribuée à d’autres. Quittant leurs habits monastiques, elles se retrouvent dans la forêt amazonienne, prêtes à tout pour sauver leur communauté.
Amélie Nothomb, Métaphysique des tubes : autobiographie de zéro à trois ans, où elle raconte comment sa grand-mère l’a sauvée d’une vie végétative de « tube » grâce au chocolat.

Chocolat et Eglise

Au départ le chocolat était fait par des moines et des religieuses.
Une polémique a longtemps duré : le chocolat rompt-il le jeûne ? Pour se conclure par la négative.
Joanne Harris, Chocolat :  Vianne et sa petite fille Anouk s'installent à Lansquenet, village du sud-ouest de la France et ouvrent une chocolaterie juste en face de l’église. Il s’ensuit la confrontation entre le curé rigoureusement intégriste et Vianne, pour qui  il faut profiter simplement des plaisirs de la vie.

Chocolat et gloutonnerie :

Charlie et la chocolaterie, roman pour enfants de Roald Dahi  Chacun des enfants visiteurs est l'allégorie d'un vice trouvé dans la personnalité des enfants de l’époque, sauf Charlie qui n’a aucun de ces vices. L’un des enfants est le garçon glouton Augustes Gloop, qui tombe dans la rivière de chocolat.
L’appétit de chocolat va jusqu’au pathologique dans Le chocolat d’Apolline, de Michel Cyprien (2001)
Le chocolat entraîne la sécrétion d’endorphines source d’un sentiment de plaisir. D’où possibilité d’addiction et boulimie, thème déjà présent dans l’ouvrage de Marradon au XVIème siècle.

La magie du chocolat

Dans Le petit Pierre d’Anatole France, description magique de la chocolaterie Debauve et Gallais.
Dans Charlie et la chocolaterie, monde fantastique créé par le chocolatier Willy Wonka.
Dans Chocolat de Joanne Harris, Vianne, quelque peu magicienne, lit l’avenir dans le chocolat.

Chocolat et politique

George Orwell, 1984. Dans une Grande Bretagne postérieure à une guerre nucléaire, le chocolat a changé d’aspect et de goût, et est rationné à 20 g par semaine. La découverte d’un chocolat normal entraîne punition.
Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements : à cause du chocolat vert pâle on frôle l’incident diplomatique.

Le chocolat qui tue

Romans : Dans Candide de Voltaire, histoire de « la vieille » : la veille de son mariage, son fiancé a été empoisonné par son ex au moyen du chocolat.
Agatha Christie était accro au chocolat. Son héros Hercule Poirot réfléchit en buvant du chocolat. Et les chocolats bourrés de poison sont une de ses « armes  de crime » favorites, avec le somnifère versé dans le cacao.

Histoire :
Les lettres d’Horace Walpole à Thomas Man (18ème siècle) font état de la rumeur selon laquelle le pape Clément XIV aurait été empoisonné par du chocolat pour avoir supprimé la compagnie de Jésus.
Selon Lewis Goldmsmith, Histoire secrète du cabinet de Napoléon Bonaparte et de la cour de Saint-Cloud, Napoléon aurait failli être empoisonné au moyen du chocolat.
Bernard Hautecloque, Epices et poisons (2009) raconte la vie d’Antoine Desrues, célèbre empoisonneur du XVIIIème siècle, le premier homme à utiliser le poison.
Plus récemment, le maire de Spitz an der Donau empoisonné par un « mon chéri » rempli de poison et posé sur son pare-brise.