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Les femmes dans la société industrielle fin 19ème début du 20 ème siècle
Louise Roptin, Professeur d'histoire ER.

La période envisagée va de 1890, date de la deuxième révolution industrielle (mécanisation), à 1930, époque de crise où s’annonce la seconde guerre mondiale.

Les historiens s’intéressent au travail des femmes seulement depuis 1960, et leur recherche s’avère difficile : statistiques trompeuses (bien des femmes qui travaillent sont notées sans professions), photos trop apprêtées pour rendre compte de la réalité.

  1. La place des femmes dans la société (statut et représentation) et le travail féminin

- Les droits de la femme sont liés à son image.

Le texte du code civil est très révélateur : Les personnes privées de droits sont les enfants mineurs , les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux » (article 1124).
La femme, quel que soit par ailleurs son statut social, est avant tout un être soumis : « La femme doit obéissance à son mari » (article 213). Le mari peut contrôler la correspondance, la femme est astreinte au « devoir conjugal », son infidélité est plus sévèrement punie que celle du mari. Ces contraintes reposent sur ce qu’on appelait la fragilité féminine. A l’homme la force, l’initiative, à la femme la douceur, l’agilité, la délicatesse. A lui l’espace public (travail, vie sociale et politique), à elle l’espace privé (foyer, éducation des enfants). Lorsque la femme est présente dans un lieu public (église, atelier), l’espace est sexué : hommes d’un côté, femmes de l’autre.
Le droit à l’instruction est limité pour la femme. Celle qu’on leur accorde les prépare à leur destin d’épouse et de mère. Napoléon avait créé des lycées pour les garçons. Pour les filles les congrégations religieuses suppléent au manque. Seule une minorité en profite, jusqu’à la loi sur l’école obligatoire.

En 1910 on compte seulement 23 établissements secondaires pour les filles, avec des programmes et des examens différents de ceux des garçons.

- Droit au travail : soumis à l’autorisation du mari, du moins en principe. Tous les moralistes condamnent le travail à l’extérieur du foyer.

Mais le travail est une nécessité quand le père ou le mari est décédé, accidenté, quand on est célibataire. Le travail des femmes est spécifique, distinct de celui des hommes. Aux hommes le travail du bois et du fer, aux femmes les travaux de couture, ou l’industrie alimentaire. A l’usine les hommes ont la maintenance, les femmes l’activité répétitive.
Les femmes travaillent souvent à domicile pour des manufacturiers. En usine le travail est strictement surveillé par un contremaître. Presque partout on est à cheval sur la moralité : renvoi pour avoir eu un enfant avant le mariage, certificat de bonne conduite exigé, fouilles à la sortie de l’usine, « usines couvents » dans la région de Lyon.
Les femmes travaillent de façon intermittente : de 10-12 ans au mariage, puis une fois les enfants élevés ou à la suite d’un veuvage. Leur travail est sous-payé parce que considéré comme un salaire d’appoint, celui du mari étant considéré comme suffisant.

Cette situation est admise par l’opinion générale. Seuls les socialistes soulignent l’injustice. L’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII recommande de mieux traiter les hommes pour que les femmes puissent rester au foyer. L’homme considère la femme au travail comme une concurrente. La femme elle-même ne voit pas dans le travail un moyen d’émancipation mais une double exploitation, et adhère aux idées communément admises.

En contrepartie la gestion du foyer peut être gratifiante, et dans bien des cas à la maison c’est la femme qui a le pouvoir.

  1. L’évolution entre 1890 et 1930

Secteurs et formes d’activité :
- Les mines : les femmes descendent au fond jusqu’à ce que la loi leur interdise le travail souterrain.
Elles sont surtout trieuses (séparer les cailloux du charbon). La promotion est de devenir lampiste.
- Travail à domicile : brodeuses très nombreuses en Bretagne et Normandie ; peinteuse ou décoratrice de faïence ; fabrication de boîtes de carton pour le fromage, dans le Jura puis en Normandie ; tissage en famille; travail à domicile pour l’industrie de la chaussure et des gants. La machine à coudre, présente dans tous les foyers, permettait de monter à domicile les pièces découpées à l’usine.
Ce type de travail est difficile et fatigant : l’exigence de rendement intense alterne avec les périodes creuses. Beaucoup préfèrent l’usine où on est moins seul, avec congé le dimanche, parfois le samedi. Elles y perdent malheureusement leur savoir-faire à la machine à coudre.
- Industrie mécanique: on trouve des femmes à la manufacture des armes et cycles à Saint-Etienne, dans les secteurs de l’électricité et de l’automobile.
- Industrie alimentaire, en particulier les conserveries de sardines sur toute la côte bretonne.

Ainsi le premier changement a été le passage des femmes du domicile à l’usine.

Incidence de la guerre l914-1918

Il devient impérieux de relancer la production, et en l’absence des hommes les femmes doivent travailler pour vivre.

La mécanisation se développe, et les femmes envahissent tous les domaines.
- L’armement, où on les appelle « munitionnettes »
- Les travaux difficiles réservés aux hommes : ardoisières, automobile (en 1918, 60% du personnel chez Citroën).

Mais l’évolution n’est pas définitive. Au « pourvu qu’elles tiennent » de 1917 succède « Les femmes à la maison ». L’ouverture du salon des arts ménagers en 1923, la création d’ouvroirs, la publication du Petit Echo de la Mode, autant de signes du retour de l’image de la « fée du logis ».

Cependant les femmes ont prouvé leur valeur et leur autonomie.

Entrée des femmes dans le tertiaire

Le développement de l’industrie et du commerce, l’amélioration du niveau de vie, entraînent le développement du tertiaire, et celui-ci est envahi par les femmes. Le travail dans le tertiaire est le moyen de se créer une dot. Le métier de sténo-dactylo est propre. On y est assis (donc soumis).
Elles peuvent être aussi surintendantes d’usine, dames des postes (souvent célibataires), vendeuses.
Les femmes deviennent plus visibles dans le monde du travail, mais restent sous-payées et à l’écart de la promotion.
D’où le développement d’une conscience des inégalités.

  1. Résignation ou militantisme ?

Syndicalisme : 9% de femmes syndiquées en 1914 (mais 15% en Bretagne). Le droit de se syndiquer date de 1884, mais pour les femmes il n’est pas nécessaire de chercher une amélioration à leur travail intermittent, et elles craignent de perdre leur emploi. Pour les hommes syndiqués la femme est vue comme une concurrente.

C’est par les grèves surtout que les femmes font entendre leur voix. Leur rébellion est contraire à leur statut traditionnel, et elles subissent la pression du clergé, mais elles sont capables de s’organiser et d’aller jusqu’au bout (Fougères et Douarnenez en 1905).

Les mouvements féministes s’intéressent au travail des femmes, même s’ils réclament surtout le droit de vote. Mais leur action en ordre dispersé est peu efficace.

Quelques avancées :

1884 : liberté syndicale

1907 : loi sur la libre disposition du salaire

1909 : loi : congé d’un mois facultatif (maternité)

1913 : congé maternité obligatoire d’un mois

1915 : loi sur le salaire minimum (t. à domicile)

Conquêtes sociales :

1884 :loi sur les syndicats

1889 : loi sur les retraites

1900 :loi Millerand sur la durée du travail

1907: repos dominical

1919: loi sur la durée journalière de 8 heures