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La chasse au loup en Bretagne au XIXème siècle
Serge Duigou, Historien

Le loup a toujours été la hantise des ruraux. Espèce nuisible contre laquelle la seule solution était l’éradication.

L’image du loup
Les loups étaient un véritable danger. Au temps des guerres de la Ligue, alors que la famine et la peste faisaient aussi des ravages, les nombreux cadavres laissés à l’abandon ont attiré les loups jusque dans la ville de Quimper. Au XVIIIème siècle on comptait en France 30 à 50 victimes humaines par an.

En Bretagne, où le culte des saints protecteurs est traditionnel, on compte plusieurs saints dompteurs de loups. La légende est chaque fois à peu près la même : le loup ayant mangé l’animal domestique du saint, celui-ci dompte le loup et l’oblige à remplacer l’animal mangé. Les saints Hervé, Ronan, Thégonnec, Envel, Malo, Brieuc, sont représentés dans de nombreuses chapelles, en particulier dans les régions où le loup abondait (Montagnes Noires, bois et surtout landes).

Le loup fait l’objet de nombreuses histoires ou légendes à raconter à la veillée. Ainsi celle des deux sonneurs tombés dans un piège où le loup avait lui-même été pris, et qui eurent la vie sauve en jouant du biniou toute la nuit. Ou l’histoire vraie d’un docteur appelé en urgence auprès d’une femme dans la forêt du Huelgoat, et accompagné tout le trajet par une meute dont il se défend en brûlant des allumettes, puis à coups de fouet de chasse.

La chasse
L’organisation de la chasse au loup revenait au lieutenant de louveterie, un par arrondissement.
Un pasteur gallois, le révérend Davis, a séjourné à Carhaix en 1854-1855 et participé à ces chasses (en Grande Bretagne il n’y avait plus de loups depuis le XVème siècle). Il en fait le récit dans son livre
Chasse aux loups et autres chasses en Bretagne. Il avait été intégré par le louvetier de Morlaix, Charles de Saint Prix. Le lieutenant de louveterie organisait tous les ans une ou deux chasses par arrondissement, en général à l’automne.

La chasse était un sport, un loisir onéreux : elle durait quinze jours, avec chevaux, chiens, piqueurs, et en plus le prix de l’auberge. Pas étonnant qu’elle ait été réservée aux nobles et aux grands bourgeois. Les chiens étaient surtout des setters et des épagneuls du Sussex. Le loup, en se défendant jusqu’au bout, occasionnait de lourdes pertes parmi les chiens.
Le but des paysans était qu’on les débarrasse de tous les loups. Les chasseurs au contraire avaient intérêt à ce qu’il en reste pour continuer la pratique de leur sport.
C’était une fête totale pour tous les participants : quinze jours entre hommes, vie frugale et fêtes tous les soirs : chants, danses, binious, beuveries. Véritable parenthèse récréative pour les nobles.
Temps de fête bienvenu aussi dans les bourgs des Montagnes Noires, et bénéfice pour le commerce local.
On chassait aussi d’autres gibiers : chevreuil, bécasse, sanglier (en particulier à Trévarez).

Dans son livre le pasteur Davies présente la réalité humaine et sociale en Bretagne, avec un regard bienveillant sur la misère en Bretagne intérieure.

Figures marquantes :

Le personnage de « Shafto », « le meilleur chasseur de loups de Bretagne ». De son nom habituel Douglas, il était le fils d’une famille écossaise très riche, les White (Douglas est le nom de sa mère). Accueilli en Bretagne comme membre de la gentry, il a vécu entretenu par les subsides de son père avec lequel il était pourtant fâché. Il passait son temps à la chasse et à la pêche : chasse au loup en Bretagne, pêche au saumon en Norvège, parcs à huîtres en Irlande. Installé d’abord à Belle-Ile-en-Terre, où il connaît quelques liaisons fugitives, il loue le manoir du Plessis à Laz, puis se construit une résidence de chasse pour les loups. A 56 ans il s’amourache de sa servante de 16 ans. Selon la coutume on marie la fille, ce qui ne les empêche pas de disparaître tous deux à la cloche de bois.

Olivier de Kermel, châtelain et maire de Leuhan, louvetier pour l’arrondissement de Châteaulin. Célibataire, il vit dans une propriété isolée avec sa mère et son jeune frère. Arrive une jeune servante, Marie Le Cléac’h, dont les deux frères tombent amoureux. Persuadé que la jeune fille accorde ses préférences au plus jeune, l’aîné jaloux tue son frère d’un coup de pistolet au retour de la messe en 1872. Drame de l’ennui et de l’isolement.

La fin du loup

En 1863 on constate que « les loups sont devenus bien rares ».
En 1878 on compte 110 loups tués sur l’ensemble de la Bretagne.

A la fin du XIXème siècle la chasse a gagné en professionnalisme et efficacité. Les primes importantes stimulent les chasseurs. D’autre part on met les landes en culture, diminuant ainsi le territoire des loups. Et surtout on introduit l’usage du poison (la strychnine).

Officiellement le dernier loup est tué en Bretagne en 1895. Mais vraisemblablement il en restait quelques-uns jusqu’en 1914 dans les landes de Lanvaux et la forêt de Loudéac.

Le loup disparu, la peur du loup se maintient (tradition et veillées).

Ce qu’on apprend de cette étude :

- La peur du loup, générale jusqu’au début du XXème siècle. Il y en avait partout, jusque sur les côtes.
- La dure condition des paysans bretons, surtout ceux de l’intérieur.
- L’omniprésence de la noblesse dans les fonctions clés : louveterie, mairie… La révolution de 1789 n’a pas tout effacé. Les nobles ont moins de privilèges, mais restent de très puissants propriétaires terriens.
- L’évolution de l’image du loup, de l’éradication à la protection de l’espèce.


http://www.jukebox.fr/theodore-botrel/clip,la-chasse-aux-loups,k0kxf.html (Cliquez sur lien et ensuite sur l'image, vous aurez la chanson " La chasse au loup" de Théodore Botrel et les paroles...)

        
                                                     Epagneul du Sussex                                 Setter Irlandais

Saint Envel

Saint Thégonec

Saint Hervé (à g)


Ecu De Baude,
Baron de Pont l'Abbé

Hutte de sabotiers

Landes de Lanvaux

Dernier loup du Menez-Hom capturé vivant en 1903

Manoir du Plessis - Laz