Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Morale, Religion, Lois
des "sacrés" enjeux d'hier à aujourd'hui
Laurent Laot, Professeur de droit ER

Morale : Ensemble des règles relatives à la conduite, c’est-à-dire à l'action humaine.
Religion : Système de pratiques et de croyances pour un groupe ou une communauté.
Lois : Règles juridiques suprêmes, générales, comprises dans l'ensemble des normes d'une société.

 C'est autour de ces trois mots chargés de sens et sujets à polémique que Laurent Laot nous a livré une réflexion en s'abstenant de donner une position personnelle, dans une démarche d'enseignement, en effectuant un parcours dans l'Histoire.

 Introduction. Ce sont des questions d'humanité : nous sommes tous des Homo Sapiens et depuis quelque 200 000 ans on se pose les mêmes questions, en inventant pour chacune des réponses. Il faut prendre ici ce mot « inventer » dans ses deux sens possibles : faire exister quelque chose qui n'existait pas, ou bien mettre au jour quelque chose dont on ignorait l’existence… 

La Morale (on peut dire aussi : l’éthique) est une question/réponse relative aux  mœurs (bonnes ou mauvaises). Elle vise à nous faire fonctionner en « humanité » c'est-à-dire fonctionner en humain et non en bête. Qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui est mal ? Il faut choisir par rapport à soi-même, aux autres, à notre environnement.

La Religion est une question/réponse autour du « sens » et du « pourquoi » des choses, liée à l’affirmation d’une croyance en l’existence de dieux, d’un Dieu, ou d’un Principe supérieur. Pour les monothéistes, par ex., Dieu existe, quand les bouddhistes eux croient en un Principe supérieur.

Les Lois sont des questions/réponses en forme de normes juridiques dans un lieu donné ; elles fixent notamment des interdits sous peine de sanctions selon une échelle contraventions, délits, crimes...

1-Avant la modernité. Celle-ci émerge au 18ème siècle, avec les Lumières. Elle se traduit en France par  la Révolution de 1789.

Avant ce temps-là, on ne pouvait imaginer de morale sans religion. Pas de Religion, pas de Morale, estimait-on. Bref, religion nécessaire pour de la morale, et à partir de là pour des lois, qui fassent tenir la société humaine. A propos des athées, voir ce qu’exprimait Jean Portalis, Conseiller d'État, chargé principalement de toutes les affaires concernant les cultes, en septembre 1800: « Le scepticisme de l’athée isole les hommes autant que la religion les unit ; il ne les rend pas tolérants, mais frondeurs… il brise tous les liens, il dissout la société. »
De ce fait, partout à travers le monde, il y avait le trio « Morale/Religion/Lois », avec subordination de la morale et des lois à une religion.
Sur cette base, on trouve cependant comme un fonds commun :

            a) L’interdit de l’inceste

            b) L’éthique de réciprocité, qui désigne une règle morale dont le principe fondamental est énoncé dans pratiquement toutes les grandes religions et cultures sous forme d'une règle d'or : « traite les autres comme tu voudrais être traité » ou « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ». Cette préoccupation est intimement liée au développement de l’humanité depuis ses origines. Elle s’est enrichie et renouvelée et constitue une source d’inspiration essentielle pour l’approfondissement du concept moderne des droits de l'homme.

            c) Et pratiquement, d’une manière ou d’une autre, tout le contenu des Dix Commandements ( http://www.info-bible.org/textes/dix-commandements.htm) où les 4 premiers commandements sont relatifs à la relation à Dieu, et les 6 suivants à la relation entre les hommes.

Cela dit, d’autre part, chaque religion a ses marques particulières d’exigences morales en matière de sexualité, de famille, d'organisation du temps, d'alimentation, d'habillement... Et, à partir de là, chaque pays a eu ses marques propres de lois en fonction de « sa » religion particulière dominante. Par exemple, en France, il y a eu le régime de catholicité, avec repos dominical obligatoire et l’interdit de manger de la viande le vendredi… Par comparaison, voir les règles en religion juive  ou musulmane (avec repos le samedi dans la première, et la valorisation du vendredi comme jour de prière dans la seconde ; pas de viande de porc, dans les deux ; etc.).
A noter qu’alors, l’éducation morale se faisait par la famille sous subordination à la religion.

 2) Basculement progressif avec la Modernité :  - en France à partir la Révolution de 1789

Ce basculement est marqué d’abord par la Proclamation des droits de l'homme : Déclaration des droits de l'homme (art 1 – 5 et 10). Elle signifie le renversement suivant dans la manière de voir : Avant 1789 : 1. Groupe  > 2. Individu qui doit suivre les normes du groupe // Après 1789 : 1. Individu > 2. Groupe qui doit s ‘adapter aux choix de l'individu.

Ce basculement se traduit aussi par la sécularisation : la société se rend libre par rapport à la religion et celle-ci est rendue libre (non obligatoire) dans la société. Ce qui veut dire ceci en plus : de la (bonne) Morale sans Religion est concevable et, entre autres, les athées ont donc droit non seulement d’existence mais encore de reconnaissance en capacités morales égales.

En pratique, dès lors, pour ce qui est de la Morale, c’est pour chacun/e la liberté de choix, entraînant de ce fait l’appel à sa responsabilité personnelle. A chacun/e de prendre le risque de choisir et de décider. Au plan de la théorie à ce sujet, Kant, philosophe « des Lumières » a expliqué dans ses écrits combien il est bénéfique pour l'Homme de penser par lui-même, sans préjugés : « Sapere aude ! » (Aie le courage de penser, savoir ! / Ose penser, savoir !) dans « Critiques de la raison pratique ». Et, en fonction de cela, il tente d’arracher l’homme à sa nature égoïste en l’orientant vers des choix qui correspondent à une morale du « devoir » (choisi) fondée sur l’autonomie de la volonté humaine et le respect de la Loi universelle.

En conséquence, pour ce qui est des Lois, il y a une pluralité à gérer en tenant compte en plus du principe que tout n'est pas tolérable par rapport à l'humanité. Il faut donc des balises (mais plus à base religieuse), d'où cette nouvelle modalité de traitement qui a été inventée : « le principe de laïcité en démocratie ». L’essentiel en est ceci : les lois doivent être « neutres » par rapport aux religions (par rapport à ce qu’elles estiment bien/mal), mais « pas neutres » par rapport aux exigences en humanité.

 3-Aujourd'hui

En France, en Occident, et ailleurs aussi, la réalité est la pluralité : des religions, et dans chaque religion, des options différentes (par ex. acceptation de  l’évolution ou repli identitaire …).

Dans ce contexte qui est transformé, la société doit prendre des décisions qui feront Lois, face à des  questions nouvelles, relatives par exemple à la fin de vie, l'interruption volontaire de grossesse, le mariage pour tous …
Conformément à la laïcité en démocratie, la logique des démarches législatives se cale sur 4  principes :
-Prendre acte du pluralisme, et en prendre la mesure, par des débats, avec recours éventuel à des compétences spécifiques (le comité national d’éthique par ex), mais uniquement pour avis.
-Le législateur est le peuple des citoyens,  directement (référendum) ou indirectement (par les élus au Parlement), qui décide à la majorité.
-L’objectif recherché est «  un compromis sur un point d'équilibre » (ce qui implique qu’il y ait des mécontents...), compromis révisable et avec recours éventuel à la Cour Européenne des Droits de l’Homme en cas de contestation de non-conformité aux principes d’humanité.
-Le texte des Lois doit être  à distance des normes de telle ou telle religion, pour ne fixer que des conditions « justes » à l’exercice de leur liberté/responsabilité par les gens pour ce qui est de ce qu’ils estiment « bien » ou « mal ». En résumé on a d’un côté : Le Juste/ Collectif/ Intérêt général/ =  le Légal. Et de l’autre côté : Le Bien/ Vie personnelle/ Liberté des individus = le Moral.

 En conclusion, apparaît la nécessité d'une éducation ajustée. D’où désormais le rôle important de l'école qui doit mettre en œuvre « un enseignement laïque de la morale ».