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La musique russe du groupe des cinq
Guillaume Kosmicki, Professeur de musicologie

                                                         
          Borodine                                 Cesar Cui                                         Balakirev                                Moussorgski                       Rimski-Korsakov

Dans la suite de la musique romantique, expressive et narrative, la deuxième moitié du XIXème siècle en Europe a vu se développer les consciences nationales.  Déjà Chopin composait une musique polonaise, Liszt une musique hongroise. Dans un pays comme la Tchéquie les arts nationaux (Smetana, Dvorjak) sont un moyen d’affirmer son identité nationale face au pouvoir dans l’empire austro-hongrois. Même phénomène en Espagne.
En Russie les Cinq (Rimski-Korsakov, Balakirev, Moussorgski, Cui, Borodine) affirment une culture démarquée de celle de l’aristocratie russe, qui parle français et subit l’influence de l’occident. En opposition au despotisme et au tsarisme on assiste à l’éveil d’une classe bourgeoise, dont les salons seront le centre de l’émergence des nouveaux langages musicaux.

Montée des écoles nationales : trois éléments caractérisent ce mouvement:
- utilisation des thématiques nationales (mythes, légendes, histoire), réalisme
- utilisation des folklores nationaux : la musique populaire traditionnelle est intégrée à la grande musique.
- utilisation de la langue nationale : à la cour des Tsars on parle français et on écoute l’opéra en italien. L’utilisation de la langue russe avec sa « musique » originale prend un caractère politique d’opposition au tsarisme.

Ecoute de La nounou («Naniouchka »), mélodie tirée des Enfantines (Modeste Moussorgski)
Musique très expressive et narrative. Le piano exprime tous les détails de l’histoire racontée.

En Russie
Le XVIIIème siècle voit le réveil du sentiment national russe, avec Pierre le Grand et Catherine II. La victoire sur Napoléon en 1812, puis le partage de la Pologne, renforcent ce sentiment. Mais l’aristocratie reste tournée vers l’ouest. Petit à petit la classe bourgeoise se met en place, tournée vers les courants progressistes (populistes, révolutionnaires, romantiques).
Le courant est d’abord littéraire (Pouchkine, Gogol), puis apparaissent les premiers opéras en langue russe (Glinka, Dargomyjski ).

Le groupe des Cinq (en russe littéralement « le puissant petit groupe », expression du journaliste Stassov).
- Mili Balakirev (1837-1910) : le fondateur du groupe
- César Cui (1835-1918) : le porte-parole, rédacteur du manifeste
- Modeste Moussorgski (1839-1881)
- Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : ensuite professeur au Conservatoire de St Petersbourg, le plus connu, le plus influent, il orchestre les oeuvres de ses collègues après leur mort et forme les successeurs de l’école russe (Stravinski, Prokofiev, Glazounov)
- Alexandre Borodine (1833-1887).

Le groupe se constitue petit à petit jusqu’en 1862 puis se dégrade durant les années 1870, Balakirev et Cui étant jugés trop sévères.
Les décès de Moussorgski et de Borodine (81 et 87) achèvent la dissolution.

Tous sont autodidactes et s’opposent au conservatoire resté fidèle à l’influence française.  Ainsi ils rejettent Rubinstein, directeur du conservatoire, et ont une relation mitigée avec Tchaïkovski. Ils prônent une musique spécifiquement nationale et font connaître en Russie des musiciens romantiques novateurs : Berlioz, Liszt, Schumann, Chopin.

ALEXANDRE BORODINE (1833-1887)
Compositeur, chimiste et médecin. Fils naturel du prince Louka Guedianov  (déclaré par un domestique du père, en usage à l’époque), il mène une vie confortable, fait des études, apprend la flûte, le piano et le violoncelle, écrit à 13 ans un Concerto pour flûte et piano
+ un Trio pour 2 violons et violoncelle.
Mais il est aussi savant chimiste et médecin militaire (tous les membres du groupe ont un métier, ils sont musiciens en dilettantes). Il écrit de la musique dans ses moments de loisir, se proclame lui-même « musicien du dimanche ». Il laissera très peu d’œuvres complètes à sa mort (2 symphonies et 2 quatuors, quelques mélodies).
Il rejoint le  groupe des Cinq en 1862, y représentera notamment la musique de chambre et la symphonie « classique ».

Ecoute : Dans les steppes d’Asie centrale, poème symphonique (musique descriptive). L’argument est autre que musical. Un petit texte précède la partition, et présente un sujet que la musique illustrera. Ici le passage d’une caravane à travers le désert.
Succession de thèmes musicaux (désert, soldats russes, pas des chameaux, musique orientale) qui restent invariés tout au long du morceau, se confrontent, se superposent.
Même écriture dans les Danses polovtsiennes du prince Igor, opéra en quatre actes.
Borodine meurt d’un infarctus en 1887.

CESAR ANTONOVITCH CUI (1835-1918)
Père français (issu de l’Armée Napoléonienne de la campagne de Russie), cadet de 5 enfants, 4 cultures (française, russe, polonaise, lituanienne).
Carrière militaire en tant qu’instructeur en génie militaire.
1856 : rencontre Balakirev qui a sur lui une profonde influence.
César Cui, rédacteur du manifeste du groupe, n’est pourtant pas le plus représentatif d’une musique purement russe (beaucoup d’emprunts à l’Europe, surtout à Schumann, Berlioz et Liszt, mais aussi à Beethoven et Wagner et à la musique italienne). C’est en revanche un grand critique musical (mais pas le meilleur compositeur du groupe).

Ecoute : Suite concertante pour violon et orchestre, intermezzo scherzando.
Rien de typiquement russe. La suite est un genre typiquement français, les termes intermezzo, scherzando sont italiens.
Les thèmes sont russes, et on peut entendre une imitation d’un concert de balalaïka.

MILI BALAKIREV (1837-1910)
Né d’une famille peu fortunée, il est pris en charge à 16 ans par un protecteur pour lequel il réalise des copies, des arrangements, puis de la direction d’orchestre. Très doué, Il est en grande partie autodidacte. Il crée et anime le groupe des Cinq de 1855 à 1860, après une rencontre décisive avec Glinka. En 1862 il crée à St Pétersbourg une école de musique libre, gratuite et ouverte à tous, en concurrence avec le conservatoire.
Bouleversé par la dissolution du groupe en 1870, il devient chef de gare et met ensuite un temps fou à terminer son œuvre.
Il dirige la "Chapelle impériale" avec Rimski-Korsakov.

Ecoute : Tamara, poème symphonique sur une légende du Caucase
une belle et démoniaque princesse (Tamara) vit dans une tour qui surplombe les gorges du Daryal sur le fleuve Terek. Elle attire les voyageurs égarés dans la nuit avec sa lumière, leur offre une nuit de plaisir puis les tue et jette leur corps dans le gouffre.
Thème du grondement de la rivière dans les gorges du Daryal, thème d’amour (chant).
Il écrit aussi Islamey une "fantaisie orientale" une des oeuvres les plus difficiles pour piano.

MODESTE MOUSSORGSKI (1839 – 1881)

Né d’une famille aristocratique, il se détache complètement de ses origines et adopte des positions révolutionnaires. Il abandonne sa carrière militaire au bout de trois ans. Devenu fonctionnaire au département des forêts, il a le temps de composer. Il a un sens très innovant de l’orchestration, souvent masqué par les arrangements de Rimski Korsakov, Rachmaninov, Prokofiev. On retrouve actuellement la musique originale de ses œuvres.
Son credo : une musique russe proche du parler simple, « dénué de tout ornement héroïque ; on y trouve…. un profond respect pour le langage humain, une tentative de reproduction du parler simple. »

Illustration dans l’opéra Boris Godounov, son chef d’œuvre
Ecoute :
- Les carillons célébrant l’avènement du tsar Boris. Loin d’être joyeux, ils sont sauvages, lugubres.
- Tableaux d’une exposition cycles de pièces pour piano inspirées de tableaux de Victor Hartman : promenade musicale , catacombes, le gnome, la grande porte de Kiev  ..
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV (1844-1908)

Jalon important dans l’histoire de la musique russe. Il rencontre Balakirev en 1861 et rejoint le groupe des cinq.
Ami à la fois de Borodine (groupe des Cinq) et de Tchaïkovski (élève, puis professeur au conservatoire), il devient lui-même professeur au conservatoire, trahissant ainsi l’idéal du groupe de Cinq.
En 1874 il est enseignant à l’école libre russe de Balakirev. Il enseigne jusqu’à sa mort à de nombreux élèves qui succèderont à cette école russe (ex : Stravinsky, Prokofiev).

Ecoute : extrait de Shéhérazade, poème symphonique. Thème du sultan, thème de Shéhérazade, thème de la mer.