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La vie amoureuse des pucerons
Denis Tagu, chercheur à l'INRA.

Les pucerons se nourrissent de toutes sortes de plantes.
Leurs dégâts : ils pompent la sève riche en sucre et acides aminés au moyen de leur stylet et ainsi affaiblissent la plante.
Ils rejettent un miellat, couche poisseuse sucrée, qui favorise le développement de micro-organismes nuisibles.
En se déplaçant de plante à plante ils transmettent les virus spécifiques aux plantes.
Les pertes économiques ainsi causées varient selon les années et selon les cultures.

Comment lutter contre les pucerons :
- lutte biologique, au moyen de prédateurs (coccinelles) ou parasites. Efficace surtout en serres.
- lutte chimique par les insecticides.
- amélioration génétique par croisement , pour favoriser les capacités de défense.
- pratiques culturales : rotation des cultures, décalage des dates de semis, en fonction de la connaissance de la biologie des pucerons.
Combiner ces pratiques dont aucune n’est efficace à 100%.

Les pucerons présentent un intérêt économique évident, mais intéressent aussi la recherche fondamentale.
Exemple : l’étude de la flexibilité des pucerons, sensibles aux conditions de l’environnement et capables de s’y adapter rapidement.
Un puceron sans ailes peut donner naissance à des descendants ailés pour échapper à un prédateur ou mieux explorer son milieu.

Un puceron peut se reproduire par voie sexuée ou asexuée.

La reproduction asexuée ou parthénogénèse est une sorte de clonage dans lequel les femelles donnent naissance à des descendants en l’absence de mâle, donc sans fusion entre un ovule et un spermatozoïde. Les individus ainsi formés sont génétiquement identiques entre eux et à leur mère. La femelle est vivipare à ce stade, et met-bas des individus sous forme larvaire, qui passent par plusieurs stades par mues successives en 10 jours. Une femelle donne naissance à environ 80 filles en 10-15 jours (sa propre durée de vie).

Le phénomène de la parthénogénèse est connu depuis longtemps. En 1737 René Antoine Ferchault de Réaumur le constate et tente de l’expliquer par un accouplement de la mère longtemps avant l’âge adulte. Un peu plus tard Charles Bonnet réussit à isoler une puceronne et obtient plusieurs générations sans la moindre fécondation.

Un ovaire de puceronne est composé d’ovarioles se succédant en plusieurs files, séries d’embryons en cours de formation. C’est une véritable machine à cloner, et le ventre de la puceronne est comme un sac rempli d’embryons.

La parthénogénèse entraîne donc une démographie galopante et des dégâts importants sur les cultures.

Mais la viviparité a des inconvénients : les pucerons sont des insectes, donc des animaux à sang froid qui craignent le gel. Ils se sont adaptés pour produire avant l’hiver, par l’intermédiaire du sexe, des œufs qui résisteront au gel.

Leur reproduction se fait donc selon un cycle :

Au printemps les œufs éclosent en femelles qui se multiplieront par parthénogénèse durant tout l’été.

A l’automne les femelles donnent naissance par clonage à des individus sexués, mâles ou femelles, tout en restant des clones génétiques. Mâles et femelles s’accouplent et les femelles fécondées, devenues ovipares, pondent des œufs avant l’hiver.

C’est la variation de la durée du jour qui sensibilise le puceron aux saisons, et enclenche le mécanisme d’un autre mode de reproduction. Ce mécanisme fait l’objet d’une recherche fondamentale passionnante.


                                                                        Dégats sur une feuille de pommier


Puceron pompant la séve d'une plante

Puceron expulsant une goutte de miellat

Naissance d'un jeune puceron

Famille puceron

Colonie de puceron sur une feuille

Puceron ailé