Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Jacques Tati (est) Monsieur Hulot
Hussam Hindi, Enseignant de cinéma à rennes II

Les grands films à succès sont tous des films comiques (Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchable, La grande vadrouille… dernièrement, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?). La raison est qu’on aime rire. Le rire détend, et on rit toujours au dépens des autres : tout gag suppose une victime.
Tati reste une référence en matière de cinéma, malgré la modestie de sa filmographie : 6 longs métrages, quatre ou cinq courts métrages en 30 ans de carrière. 
Comique, même s’il  suscite plutôt le sourire que le rire, parfois même à retardement. Un rire non spontané, surgissant après réflexion.
Comme Chaplin il est à la fois réalisateur et acteur. Il contrôle tout du début jusqu’à la fin, sans dépendre d’un producteur. Forte personnalité de metteur en scène, soucieux du détail, présent jusqu’au montage final. Très peu de réalisateurs ont ce privilège. Le contrôle exercé est très précis (« Tati – tatillon »). Il a pu prendre quelques jours pour sonoriser un seul gag, six mois pour le mixage de Mon Oncle.
Comme Chaplin il a construit son personnage immédiatement reconnaissable aux accessoires : chapeau, imper, parapluie, pantalon un peu court, pipe.
Tati est un bon conteur, qui rend l’histoire plaisante par les procédés de mise en scène.

Extrait : début de Mon Oncle (1958).

On trouve dans cet extrait un résumé de l’univers de Tati

Vision du monde :

Opposition d’un monde ouvert (vieux quartier de Paris) avec le monde fermé des riches.
Le premier est sympathique, humain, paresseux. En face un monde artificiel, propre et sans communication. Monde de robots : la femme elle-même est un robot.
Tati se met du côté des pauvres et du soleil. C’est un sociologue qui fait rire.
Dans l’extrait proposé, on est au moment de l’évolution des anciennes banlieues vers des quartiers  dits modernes de tours HLM et de pavillons : on construit, tout en détruisant l’ancien monde.
Dans Jour de fête, personnage du facteur qui veut imiter la vitesse des Américains, et qui est constamment ralenti sur son vieux vélo. Morale : ne pas essayer de changer uniquement pour imiter les autres.
Même leçon dans Playtime, où le héros de Mon Oncle revient dans son quartier « modernisé ». Maladroit, malchanceux, mais intègre, capable de gestes poétiques.

Mise en scène :

Jacques Tati est un observateur qui laisse le temps au temps. Il utilise les images fixes et les plans longs qui favorisent le regard observateur. Exemple la lente montée du personnage vers son appartement à travers les dédales de l’immeuble. Jamais de plans rapides ni de caméras qui tournent. Rien à voir avec les films d’action made in USA.
La caméra placée loin permet des plans larges, plus conformes au réel que le gros plan, lequel peut « mentir » sur la personne ou l’objet. Tati montre les gens dans leur environnement. Chez lui jamais de gros plans sur un personnage.

Pas de paroles mais des bruits : poétique du son. Ex : le bruit des pas de madame Arpel évoque robots et mécanique. Le chant de l’oiseau fait qu’on le cherche du regard et qu’on voit tous les éléments de l’image.

Dans le cinéma de Jacques Tati aucun élément n’est gratuit. Chaque film est à revoir plusieurs fois.