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Verlaine et Rimbaud
Olivier Macaux, Docteur ès lettres


                            
                                                                               Verlaine                                                                       Rimbaud
            
En août 1871 Verlaine appelle Rimbaud, dont il a lu les poèmes, en ces termes : « Venez chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ! » Rimbaud est attendu comme un messie sauveur, capable de faire sortir la poésie de l’impasse parnassienne. L’école parnassienne , d’inspiration classique, dominait alors comme le modèle de la perfection poétique, imposant un carcan dont souffraient Verlaine et un certain nombre de poètes.
Même si les premiers vers de Rimbaud s’harmonisent avec  le lyrisme verlainien, Verlaine est vite dépassé. Rimbaud liquide l’image romantique du poète, homme révolté,  en rupture, messager auprès du peuple. Il pose l’acte moderne en poésie : renoncement pur et simple à l’écriture, abandon sans explication, qui a suscité une glose inépuisable. Le poète abandonne son œuvre pour en dénoncer l’imposture.

Paul Verlaine ou le lyrisme renouvelé

Sa vie (1844-1896)
Verlaine a reçu une éducation bourgeoise, et toute sa vie, tout en entretenant son image de bohême,  il cherchera  à se maintenir un statut social et la reconnaissance d’un public bien-pensant.
Enfant choyé, adolescent sensible et inquiet, affecté par la mort de son père et de sa cousine Elise, dès 1869 un début d’alcoolisme le conduit à des crises de violence. Il tente de trouver l’équilibre dans le mariage, épouse en 1870 Mathilde Mauté, jeune fille de 17 ans incapable de le satisfaire. Sa participation à la Commune de Paris lui fait perdre son emploi à l’Hôtel de Ville, et l’entrée de Rimbaud dans sa vie (septembre 1871) détruit son couple. Sa femme entame une procédure de divorce, sa vie tumultueuse avec Rimbaud fait scandale.  En juillet 1872 il part avec Rimbaud pour la Belgique et l’Angleterre. Suivent 12 mois de querelles, qui s’achèvent sur le coup de révolver tiré par Verlaine à Bruxelles, blessant légèrement Rimbaud au poignet (juillet 1873).
Au cours de ses deux ans de prison à Mons il se convertit, et en même temps Mathilde rend la rupture définitive.
Pendant 7 ans Verlaine tente de retrouver sa situation sociale. Il enseigne en Angleterre puis à Rethel où sa liaison avec le jeune Lucien Létinois le fait chasser du collège. Nouvel  échec après l’achat d’une ferme dans les Ardennes.
Il est reconnu comme maître et précurseur par les poètes symbolistes et les « décadents », nommé « prince des poètes », mais meurt dans une complète déchéance (janvier 1896)

Le poète saturnien
Poèmes saturniens et Fêtes galantes (1866 -1869)
Verlaine y manifeste une parfaite maîtrise de la prosodie et de la langue. On y ressent comme une angoisse, celle de l’être saturnien, abandonné comme la feuille morte au vent d’automne.
Saturnien, né sous le signe de Saturne, s’oppose à jovial, né sous le signe de Jupiter. Le terme implique une disposition à la tristesse, au spleen, mélancolie diffuse dont on ne connaît pas la cause, idée de déperdition des forces vitales.
Lecture du sonnet Mon rêve familier :
Oscillation entre douceur et malaise, superposition de présence et absence, passage du « toujours là » au « jamais plus ».
La bonne chanson (1870) journal de fiançailles, passage de l’inquiétude à l’espoir.
Poèmes de la période tumultueuse avec Rimbaud
Romances sans paroles, Ariettes oubliées (i874)
Lumière et couleur, poésie par petites touches, jeux de miroirs, font penser à une influence de la peinture impressionniste.
Le génie de Verlaine : rendre poétiques les états d’âme.
Lecture du poème : O triste, triste était mon âme

Conséquences littéraires de la conversion
Sagesse(1881) : recueil de la conversion, poèmes de néophyte un peu simplistes  malgré des effusions mystiques. Œuvre inégale, où Verlaine cherche à se concilier un public catholique et conservateur. A sa publication le recueil passe inaperçu.
Les derniers poèmes manifestent un clivage entre les aspirations de la foi et celles de la chair.
Les dernières années de Verlaine sont celles des cafés littéraires et des « décadentistes ». Ceux-ci se réclament de Verlaine, mais Verlaine ne s’y reconnaît pas vraiment.
C’est aussi l’époque du symbolisme et du vers libre. Verlaine, lui, reste fidèle à la prosodie traditionnelle.

Rimbaud

Rimbaud écrit sous le signe du départ, du mouvement, de la fuite. En lisant, se laisser aller aux sensations, ne pas chercher de sens à tout prix à cette poésie-énigme déjà moderne, surtout dans les derniers textes.
Les premiers vers révèlent une grande maîtrise de l’écriture, y compris dans la parodie scatologique du « poème du trou du cul », écrit au cours de la période où Rimbaud fréquente le cercle zutiste.
Dès 16 ans, beauté et fluidité de son écriture, lyrisme sous lequel se cache toujours l’ironie. (Roman)
En 1871 il s’enthousiasme pour la Commune de Paris, à laquelle il assiste malgré la contrainte imposée par sa mère. Revenu à Charleville-Mézières il envoie  quelques poèmes à Rimbaud qui l’appelle à Paris.
C’est l’époque où il élabore un programme poétique dans la Lettre du voyant , adressée à Paul Demeny (15 mai 1871) :
« La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend ». On est à l’époque où explose l’exploration du monde de l’inconscient. La poésie doit révéler ce monde. (Voyelles)
 Cette lettre contient aussi les fameuses phrases :
« Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. »
 « je est un autre » : Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute… »
Dédoublement, dépersonnalisation du poète.
Enfin la poésie se doit d’être prophétique : « le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même … »
La même année, publication du Bateau ivre. Rimbaud a tout juste 17 ans.
Après son aventure avec Verlaine il s’isole pour écrire « Une saison en enfer » (1873) : œuvre révolutionnaire, invention d’un nouveau langage poétique, pouvoir hallucinatoire de l’écriture.
Les Illuminations (matinée d'ivresse) seront sa dernière œuvre, après quoi il quitte la poésie pour se faire commerçant et aventurier : il a alors 20 ans. De son vivant il n’est connu que d’un cercle d’amis mais son message sera perçu tout au long du XXème siècle.
Le silence comme mise en garde contre les illusions prophétiques de la poésie.