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Les cadrans solaires de Bretagne
Résumé mis à notre disposition par :
Jean-Paul Cornec, Pierre Labbat-Segalen et Bernard Rouxel


Qui n'a jamais remarqué un cadran solaire sur une église, sur la façade d'une maison, peint à même le mur, gravé sur une pierre, sur une plaque de schiste,ou un cadran moderne conçu avec des matériaux du XXIème siècle dans un parc, sur une place ? Vous êtes vous interrogé sur son rôle, sur le pourquoi de sa présence, sur le tracé des lignes horaires, sur sa décoration.Sans doute avez vous constaté que l'heure qu'il indiquait, quand il était encore  muni de son style, était toujours décalée de l'heure de votre montre.

Nous nous proposons ici de retracer l'histoire du cadran solaire, d'expliquer brièvement son principe de fonctionnement, de montrer qu'il a aussi une place dans l'histoire de l'art.

La présentation est illustrée par des exemples des quelques 2200 cadrans bretons inventoriés.

 

Les débuts

 

Lorsque les premières civilisations se sont organisées et ont voulu matérialiser l'écoulement du temps, elles ont mis à profit un phénomène très naturel qui s'offrait à elles: le mouvement des ombres au cours de la journée, et plus particulièrement à l'origine, l'évolution de la longueur d'une ombre. Elles ont alors conçu et réalisé, sous diverses formes, des instruments pour marquer cet écoulement du temps par une ombre, c'est l'acte de naissance des cadrans solaires. Ce recours à l'ombre se retrouve partout : Chine, Égypte, Inde, Grèce, Rome, Europe.

L'histoire du cadran solaire est ancienne. Elle peut se décrire en 4 étapes pour arriver à la forme qui est celle des cadrans que nous connaissons.

 

Les origines

 

Une des premières civilisations qui matérialisa le temps fut l'Égypte. Vers 2100 avant notre ère les prêtres-astronomes qui observaient le défilement des étoiles durant la nuit divisèrent celle-ci en 12 parties. Six siècles plus tard les textes indiquent que c'est le jour qui fut à son tour divisé en 12 "heures". A cette division est associée le premier véritable cadran solaire connu datant de Thoutmosis III: c'est un bloc de schiste allongé, avec une extrémité relevée lui donnant la forme d'un L. Celle ci s'oriente dans la direction du soleil, et son ombre projetée sur l'autre partie indiquait au pharaon à quel moment de la journée, de part et d'autre de midi, il se trouvait.

Vers 1500 avant notre ère les égyptiens ont un jour divisé en 24 heures. Cette division sera entérinée par les Babyloniens vers le 7ème siècle et va se perpétuer jusqu'à nos jours : nos 24 heures sont égyptiennes. Néanmoins à ces époques, et pour longtemps encore, on ne peut parler que de moments de la journée et non d'heures au sens nous l'entendons. En effet dans l'antiquité, et même après, à quoi bon rythmer précisément le jour? L'activité est liée à l'éclairement: tant qu'il fait jour on peut travailler, se déplacer. Quand la nuit tombe, tout s'arrête. La notion d'heure, n'est pas un besoin social et ne le sera pas pendant des millénaires. Le mot 'heure' est une division du jour très vague et très lâche.

Il faut ensuite attendre le 3ème siècle avant notre ère et la civilisation grecque pour voir apparaître un nouveau type de cadran : le scaphé. Il se présente sous la forme d'une portion de demi-sphère creusée dans la pierre où l'heure est indiquée par l'ombre de l'extrémité d'une tige horizontale. C'est la représentation inversée de la voûte céleste, elle est le fruit des travaux astronomiques de l'époque. Ce cadran connaîtra un grand développement sous diverses formes en Grèce, à Rome et des centaines d'exemplaires nous sont restés. Mais en pratique les heures indiquées sont inégales ou temporaires car l'intervalle entre le lever et le coucher du Soleil est divisé en 12 quelle que soit la saison. Leurs durées varient avec l'époque de l'année. On parle de la première heure au lever du Soleil; midi est la sixième heure, le milieu de l'après-midi la neuvième heure. A Rome elles prendront le nom de prime, tierce, sexte, etc. Cette notion restera longtemps en usage, jusqu'au 16ème siècle en Europe.

La troisième étape fut l'émergence des ordres monastiques au 6ème siècle. Un fait nouveau , la vie quotidienne des monastères était rythmée par des offices célébrés à des moments précis de la journée, les heures canoniales. Celles ci reprenaient les divisions romaines de la journée (prime, tierce,... ). Un moine anglais, Bède le Vénérable, proposa dans un ouvrage un nouveau type de cadran solaire destiné à repérer l'intervalle de temps d'un office au suivant; il prendra le nom de cadran canonial. Son tracé est très simple : un demi-cercle plat divisé en 4 secteurs égaux, orienté plein sud. Les limites des secteurs marquent les moments des offices qui sont indiqués par l'ombre d'une tige horizontale fichée au centre.

Les monastères ne sont pas isolés et peu à peu leur rythme quotidien, scandé par des cloches, va imprégner la société européenne qui va adopter ce cadran solaire canonial. Celui ci va se multiplier sur les églises pour marquer le moment des offices. Il évoluera pour marquer d'autres moments et comportera 6, 8, 10 et même 12 secteurs égaux, souvenir de la division du jour en 12 'heures'. Quelques cadrans de ce type sont connus en Bretagne, à Runan (10 secteurs) ainsi qu'au Loroux et Landévant avec 12 secteurs. Ce dernier remonte à 1450 : c'est un cadran tardif. Le calvaire de Rumengol, au Faou, de la même époque, porte une sorte de cadran canonial horizontal unique en France, où l'heure des offices du matin est indiquée par l'ombre du fût de la croix sur des lignes chiffrées.

Sur les cadrans canoniaux les 'heures' indiquées sont vagues. Les intervalles de temps entre le passage de l'ombre sur deux traits consécutifs ne sont pas égaux pour une même journée et varient tout au long de l'année. Mais la société de l'époque s'en satisfait encore très bien.

 

Le cadran à style incliné

 

Au Moyen-Age l'astronomie et les mathématiques en général connaissaient un grand développement dans le monde arabe, héritier des savoirs de la Grèce dans ce domaine. Le principe de fonctionnement des cadrans solaires tels que nous les connaissons en Europe est apparu vers le 14 ème siècle à la suite des nombreux contacts avec cette civilisation arabe en particulier tout au long de la longue occupation de l'Espagne.

Le principe : l'heure est indiquée par l'ombre d'une tige inclinée, le style, orientée suivant l'axe de rotation terrestre, 'est à dire vers l'Étoile Polaire, cette étoile qui nous apparaît immobile quand nous regardons le ciel la nuit. Sans entrer dans le détail disons que pour un cadran plein sud, le fait d'incliner ainsi le style conduit, via un calcul géométrique, au tracé d'un éventail de lignes horaires valable toute l'année, dans lequel les lignes ne sont pas régulièrement espacées. Elles sont plus écartées le matin et le soir, plus rapprochées autour de midi. Au cours de la journée l'ombre du style met le même temps pour passer d'une ligne horaire à la suivante. Ces lignes correspondent à une division du jour en 24 heures égales, telles que nous les utilisons sur nos montres. A l'époque cette notion est nouvelle et, en soi, n'apporte rien de bien intéressant à une société dans laquelle l'activité quotidienne était toujours réglée par l'éclairement. Par contre les astronomes utilisaient cette division du jour, puisqu'ils préfèrent repérer leurs observations dans un système d'heures régulières.

Les plus anciens cadrans connus établis suivant ce principe remontent à la fin du 15ème siècle: Utrecht (1463), Strasbourg (1493). En Bretagne le plus ancien cadran daté avec certitude (1557) est à Plouër-sur-Rance, bien que les textes attestent de la présence antérieure de cadrans à Lanvénégen et Montfort-sur-Meu. Il est même possible qu'un cadran comme celui de Tréguier soit plus ancien.

 

L'horloge

 

Ce cadran à heures égales aurait donc pu rester une curiosité si à la même époque un autre instrument n'était apparu et qui allait lui marquer la société : l'horloge, ou plus exactement le mécanisme d'horlogerie pensé et conçu pour tourner régulièrement et donc , pour indiquer aussi des heures égales. Les premières horloges ne font que sonner l'heure. Vers 1500, un cadran d'horloge chiffré avec une aiguille leur sera ajouté. Ce cadran d'horloge sera bien sûr gradué en 12 heures égales et l'aiguille va tourner régulièrement. En principe. Car les premières horloges ne sont ni précises, ni sûres :Leur régulation est assurée par le foliot, barre horizontale lestée suspendue à un fil de torsion, dont le réglage est délicat. Mais durant 3 siècles il n'y aura rien d'autre dans les grandes horloges puisque le balancier n'est inventé qu'en 1650 par C. Huygens. A cela s'ajoutent les frottements, la rouille, les dégradations dues aux intempéries, l'entretien épisodique : une dérive d'une heure par jour est habituelle. Les horloges nécessitent des remises à l'heure fréquentes, quotidiennes même, sur la marche du Soleil qui est la seule référence. Il faut que l'horloge indique midi quand le Soleil passe au méridien à midi solaire et que, si possible, le lendemain elle fasse de même.

C'est alors que le cadran solaire à heures égales va s'imposer car lui aussi est conçu pour marquer les mêmes heures égales par le déplacement d'une ombre, et il ne se dérègle pas. On va pouvoir comparer directement les indications des deux instruments : le cadran dit l'heure avec le Soleil, l'horloge la conserve quand le Soleil est absent, c'est un garde-temps. L'un ne va pas sans l'autre. Les deux instruments vont donc cheminer côte-à-côte dans l'Histoire durant 350 ans. L'horloge n'a pas remplacé le cadran solaire, au contraire c'est elle qui l'a fait se diffuser dans la société.

Les cadrans vont alors fleurir dans toute l'Europe sur les monuments religieux d'abord puis rapidement sur toutes sortes de bâtiments ou de lieux : Hôtels-de-Ville, châteaux, manoirs, fermes, jardins. N'oublions pas aussi que l'heure est, encore pour longtemps, une affaire locale : chaque ville, chaque village, chaque lieu-dit a son temps. Il n'y a pas de transmission de l'heure, il n'y a pas de temps légal, les déplacements sont lents. Quelques anciennes horloges de clocher sont exposées au Musée des Jacobins à Morlaix

 

La Bretagne

 

La Bretagne ne fait pas exception au reste de la France: les cadrans y sont nombreux. Ils se découvrent aussi bien sur des édifices religieux que civils, publics, fermes. Si on se réfère aux cadrans explicitement datés, qui constituent environ 41 % des cadrans connus, on peut dire que le démarrage de la production se situe dans la deuxième moitié du 16ème siècle : La Chapelle-Neuve, Colpo, Pluvigner en ce qui concerne le Morbihan, Piré-sur-Seiche, Plouégat-Moysan, Bodilis dans les autres départements. Beaucoup sont gravés dans le granit. Mais c'est un support assez dur à travailler; son grain relativement gros ne permet que des indications élémentaires et un décor peu recherché. Du fait de sa texture, sa surface se dégrade aux agressions du climat. Dès la fin du 16ème siècle les artisans l'ont donc rapidement délaissé au profit d'un matériau tout aussi abondant dans la région, le schiste. La taille de la table du cadran à la forme voulue sans difficulté, facilité de la gravure, précision dans le tracé des lignes sur une surface nette et unie, faculté d'agrémenter le cadran de décors fins et ouvragés, excellente résistance aux intempéries : Camlez, Josselin, Melgven, Saint-Gondran. Il n'est donc pas étonnant que la majeure partie des cadrans inventoriés en Bretagne soient gravés sur ce matériau, même si quelques cadrans sur granit se rencontrent encore dans le courant du 17ème. Les cadrans peints à même un mur sont rares en Bretagne. Citons Roscoff, Quimperlé. On devine quelques vestiges sur des murs d'églises, de châteaux.

En Bretagne comme ailleurs en Europe on a vite réalisé que, quitte à installer un cadran sur une façade, il devait en constituer un élément décoratif agréable à contempler, d'autant qu'on allait le consulter fréquemment, parfois pour régler une horloge, mais aussi pour avoir une indication de l'évolution de la journée. Le cadran va donc rapidement devenir le prétexte à la création de véritables tableaux; chez nous des premiers exemples se voient dès le début du début du 17ème siècle à Pleyben, Le Juch, Saint-Aignan, Romagné. Le schiste permet de réaliser ce que l'on peut assimiler à de la dentelle comme à Châteaubriant ou Saint-Médard-sur-Ille. Mais ce n'est pas général : la majorité des cadrans reste des objets simples mais toujours soigneusement réalisés et agrémentés de très riches décors.

Les motifs sont variés. La religion domine, surtout sur les édifices religieux, avec la représentation de la croix associée à un cœur, monogrammes IHS ou MAR, ostensoir rayonnant, instrumentation plus ou moins complète de la Passion du Christ, statues de saints dans une niche, anges au calice. Pour des cadrans installés dans des lieux civils ce sont plus volontiers des rameaux de fleurs ou de feuilles, les blasons du commanditaire, mais la religion est aussi présente. Le soleil et la lune encadrent fréquemment ces décors. Parfois un soleil rayonne seul au centre du cadran. Le nom du propriétaire, plus rarement du graveur, est volontiers inscrit.

Très rapidement les cadrans solaires ont inclus une devise principalement religieuse à l'origine, en relation avec la fin de la vie, l'écoulement inexorable du temps : "Toutes blessent la dernière tue", "Tempus Fugit", "utere praesenti memor ultimae", "Nos jours passent comme l'ombre". Elles sont en accord avec la réalité de la vie courante de l'époque. Des dédicaces ou des inscriptions toujours à caractère religieux se voient aussi. Leur inspiration est variée allant de la Bible à des œuvres profanes. Mais il est surprenant qu'en Bretagne aucune devise ou inscription ne soit écrite en breton, langue utilisée par le peuple, sur un cadran solaire de l'ancien régime. On lit uniquement du latin ou du français, alors que des phrases bretonnes sont écrites dans des églises, gravées sur des murs.

Enfin, l'installation de plus en plus fréquente des cadrans au 17ème siècle a entraîné le développement de la science des cadrans, la gnomonique, branche commune à l'astronomie et aux mathématiques, entraînant la parution de nombreux ouvrages théoriques et pratiques.

Le 18ème siècle ne dément pas cette tendance. De beaux cadrans se voient à Quimper, Sarzeau, Gosné, Iffendic, Pont-de-Buis, mais aussi des cadrans plus simples à Plouharnel, Saint-Barthélémy, Questembert. Sur ce dernier on peut voir une scène de lutte bretonne, unique en son genre. C'est au milieu de ce siècle que se situe l'apogée de la production des cadrans solaires en Bretagne. Elle va ensuite décroître lentement vers le siècle suivant.

D'autres indications peuvent figurer sur un cadran en plus de l'heure. La plus courante est le mois de l'année avec les arcs diurnes, lignes courbes matérialisant le déplacement de l'ombre d'un point du style pour chaque mois de l'année. Le cadran de l'église d'Auray en est un exemple. L'esthétique du cadran en est renforcée. Plus rarement en Bretagne nous observons les tracés des heures babyloniques comptées depuis le lever du Soleil, italiques depuis le coucher, des anciennes heures inégales. Exceptionnellement, un correcteur lunaire est présent sur un cadran horizontal, il permet d'obtenir l'heure à la lumière de la Lune. Ces indications se trouvent chez nous surtout sur des cadrans 'scientifiques' qui apparaissent au 18ème siècle, exposant le développement de la gnomonique. Un exemple est le cadran conservé au Musée de Vannes avec deux cadrans horizontaux de deux types différents entourés de diverses indications. Mais ces cadrans sont des exceptions. Il ne faut pas regarder les cadrans solaires anciens uniquement comme des objets scientifiques. L'immense majorité d'entre eux reste des objets indicatifs et décoratifs, remplissant le rôle que la société attend d'eux : montrer l'évolution de la journée par rapport à midi. Une heure quantitative n'est pas encore un besoin. D'ailleurs leur tracé ou leur orientation bien que très corrects pour la majorité d'entre eux, ne sont pas toujours conformes aux règles de l'art, loin s'en faut.

 

Le progrès

 

Le temps indiqué par un cadran solaire d'heures égales a un défaut : il n'est pas uniforme. Le temps du Soleil est un temps fluctuant qui, au cours de l'année, s'écarte d'environ 15 minutes en plus ou en moins par rapport à un temps bien régulier comme celui d'une horloge. Cela est dû au mouvement de rotation de la Terre sur elle-même et à sa révolution autour du Soleil. Le cadran solaire indique le temps solaire ou temps vrai, l'horloge indique le temps moyen. L'écart s'appelle "l'Equation du Temps". On peut tenir compte de cette variation dans le tracé d'un cadran solaire pour lui faire indiquer le temps moyen : c'est ce que font les méridiennes telle celle de l'Hôtel-de-Ville de Rennes où cet écart est rendu par une courbe en forme de huit autour de la ligne de midi. Des méridiennes existaient avant. A partir du 17ème siècle sous la forme de ce cadran limité à sa ligne de midi. Il permet déjà de régler les montres dont la dérive quotidienne est alors bien supérieure à l'équation du temps.

Le 19ème siècle est celui des changements. Jusqu'ici les horloges indiquaient le temps des cadrans solaires c'est-à-dire le temps solaire vrai. Mais les progrès de l'horlogerie en fiabilité feront que le temps moyen, celui des horloges, deviendra le temps officiel en usage à partir de 1839 : on utilise toujours le temps solaire pour régler l'horloge mais on le corrige pour qu'elle indique le temps moyen. C'est toujours un temps local: chaque ville, chaque village a son temps; il n'existe pas encore de méthode efficace et sûre de transmettre l'heure d'un point à un autre. C'est le télégraphe qui permettra cette transmission. Il apparaît vers 1850 et une des premières applications est en effet de véhiculer des signaux horaires, de mettre des horloges à l'heure à distance sur une autre horloge. On voit poindre l'unification de l'heure à l'échelle d'un pays; et aussi à l'échelle mondiale : par exemple une des toutes premières applications du premier câble transatlantique posé en 1866 est de synchroniser des horloges de part et d'autre de l'Atlantique.

Le véritable moteur de l'unification sera le chemin de fer en Europe et aux États-Unis. En effet l'établissement de lignes ferroviaires et d'horaires imposera rapidement d'unifier l'heure sur tout le réseau et donc dans tout un pays comme la France, et ce d'autant plus facilement que l'on peut la transmettre. De même aux États-Unis cette unification conduira à la mise en place des premiers fuseaux horaires, dont le principe sera étendu à l'échelle mondiale au tournant du 20ème siècle : par la conférence de Washington en 1884, l'heure devient uniforme à l'échelle du globe.

Les cadrans solaires n'ont plus de rôle à jouer dans cette société : on en réalise de moins en moins à partir de 1850 et quasiment plus pendant un siècle, sinon pour le plaisir : Vannes, Erquy, Pleumeur-Bodou, Plogonnec, Plonévez-du-Faou, Saint-Servant, Concarneau, Lesneven.

 

Le renouveau

 

Mais un renouveau se fera sentir à partir des années 1960. Jamais on a autant conçu, réalisé, installé de cadrans solaires qu'à notre époque et ce dans le monde entier : nouveaux matériaux (béton, métal, céramique,...), nouvelles ressources avec les logiciels qui facilitent les calculs, réalisations monumentales (Nef Solaire de Tavel, barrage de Castillon). La Bretagne n'est pas en reste. On restaure des cadrans anciens comme au Folgoët, à Plouay; on en réalise de nouveaux : Guipavas, Plougastel-Daoulas, Saint-Malo, Nantes, Saint-Nazaire, Lannion, Theix, Damgan. On invente des nouveaux modèles (Ile-Tudy, Bruz).

La région de Lorient qui a subi beaucoup de destructions à la fin de la deuxième guerre mondiale en est un exemple. Les anciens cadrans sont rares, comme à Plouhinec, Guidel ou Nostang. Le cadranier Michel Bresson, de Sainte-Hélène, avait réalisé ces dernières années plusieurs cadrans que l'on peut voir sur la mairie de Merlévenez, sur des blockhaus de Larmor-Plage et chez des particuliers à Kervignac, Ploemeur, Port-Louis, Sainte-Hélène.

Remarquons bien que les anciens cadrans solaires n'ont jamais été retirés, effacés ou supprimés. Peut-être parce qu'ils fonctionnaient et fonctionnent toujours : ils nous disent le temps du Soleil, le temps vrai.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

       J.-P. CORNEC, P. LABAT - Cadrans Solaires de Bretagne, Ed. Skol Vreizh, Morlaix, 2010, 192 p. Préface de B. ROUXEL. Photos des auteurs.

      O. ESCUDER - Paroles de Soleil. Ed. Le Manuscrit, Paris, 2005, 2 vol., 317 et 355 p.

D.    SAVOIE - Les cadrans solaires. Ed. Belin, Paris, 2004, 128 p.