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Géopolitique de Cuba
Henri Moreau,

L’île de Cuba appartient aux grandes Antilles. Proche des USA  (environ 200 km) par la Floride, sa superficie est le 1/5ème de celle de la France. Ses habitants sont d’origine espagnole, avec un abondant métissage, même si  beaucoup ont tendance à se « blanchir » lors des recensements.
Particularité de la pyramide des âges : naissances  nombreuses avant le régime castriste, puis réduction de la population due à la dénatalité et à l’émigration.
Le climat est  subtropical. Température toujours supérieure à 20°, une saison sèche et une saison humide, ouragans en septembre –octobre.
La végétation est exubérante. Pas mal de forêts secondaires,  les forêts primaires ayant disparu pour laisser place à des plantations (cocotiers, caféiers, bananiers, sucre, tabac, etc..). La partie orientale est plus sèche,.
L’île est entourée de récifs coralliens.

Cuba fut découverte par Christophe Colomb, qui s’y arrêta lors de son premier voyage. Les habitants étaient deux peuples amérindiens, les Taïnos et Ciboneys. Au nombre de 200 000 en 1510 ils étaient moins de 15 000 en 1530, victimes d’une extermination menée sans scrupules par les colonisateurs convaincus que les indigènes n’étaient pas des hommes, mais aussi décimés par les maladies contagieuses apportées d’Europe.

La Havane a l’avantage d’être un port et un abri naturel, et s’est vite imposée comme capitale.
Autre port important : Santiago au sud-est.
En 1819 les Français tentèrent de s’imposer à Cuba : tentative menée par Louis Declouet, originaire de Bordeaux, venu de Louisiane fonder la ville de Cienfuegos. Ce fut un échec.

 Durant la colonisation l’économie reposait sur les plantations et sur l’esclavagisme. La canne à sucre était l’objet d’une quasi mono-exportation, bien plus importante que le tabac. Cette culture était encore dominante au début de l’époque castriste, où toute la population devait partir aux champs pour la récolte (la zafra). Les chiffres se sont effondrés ensuite à cause de l’embargo des USA . Les stocks invendus ont été achetés par la Russie de Brejnev,  pourtant elle-même exportatrice.

Les Cubains pratiquent souvent un syncrétisme religieux : exemple de la santeria, religion originaire des Caraïbes dérivée de la religion yoruba . Les orishas (demi-dieux humains) ont été assimilés à des saints catholiques, par exemple Yemanja à la Vierge Marie.

L’indépendance

 Cuba a connu deux guerres d’indépendance :
-          Première guerre dite «  guerre des dix ans » (1868-1878)
-          Deuxième guerre (1895-1898) avec  l’ « aide »  des Etats-Unis.

Les principaux acteurs de ces guerres, José Marti et Antonio Maceo, sont considérés comme des héros.
Libérée de la domination espagnole Cuba devient une quasi-colonie des Etats-Unis, plus proches et donc plus gênants que les premiers colonisateurs. Dès 1901 l’amendement Platt autorise les Américains à intervenir dans les affaires cubaines, et leur offre deux bases navales, (à Guantánamo et à Bahia Honda), ceci sans date limite. L’amendement Platt fut abrogé par Roosevelt en 1934, mais Guantanamo est toujours aux mains des Américains.

La république de Cuba, proclamée officiellement en 1902, prend la plupart du temps la forme d’une dictature. Fulgencio Batista dirigea Cuba de 1933 (junte militaire) à 1940, puis comme président de la république de 1940 à 1944 puis comme chef d’état  (dictateur) à la suite d’un coup d’état de 1952 à 1959. Il était aux ordres des Etats-Unis . Sous son gouvernement Cuba était qualifiée de « bordel des Etats-Unis (corruption, prostitution, drogue…).

La révolte castristre luttait contre la mainmise des USA sur le pays. Elle mène une première attaque le 26 juillet 1953, contre la caserne de la Moncada à Santiago. La rébellion échoue. Période de prison et d’exil, au cours duquel Castro rencontre au Mexique le jeune médecin argentin Che Guevara.

En décembre 1956 les exilés quittent le Mexique et débarquent sur la plage de las Coloradas, au sud-est de l’île. Lieu bien choisi parce que proche de la Sierra Maestra, chaîne de montagnes propice à des actions de guérilla.

 Cuba passe progressivement de la « chasse gardée » des Etats-Unis  au camp soviétique. L’Amérique, en répondant par l’embargo aux nationalisations qui dépossédaient les exploitants américains, jette Cuba dans les bras de l’URSS.
-          de 1956 au 1er janvier 1959 : guérilla castriste
-          13 février 1959 : Fidel Castro premier ministre
-          Printemps 1959 : nationalisation de 90 % du secteur industriel et 70 % des terres agricoles ; mise en place d’une économie planifiée
-          15 avril au 10 mai 1959 : voyage aux Etats-Unis
-          24 juin 1959 : loi de réforme agraire (dont 1 200 000 ha qui appartenaient à des américains)
-          Été 1959 : des ministres communistes entrent au gouvernement
-          Automne 1959 : rapprochement avec l’URSS
-          Novembre 1959 : premiers bombardements américains
-          4 février 1960 : l’URSS signe un accord commercial avec Cuba
-          6 juillet 1960 : les Etats-Unis refusent d’acheter le sucre cubain (l’URSS s’en porte aussitôt acquéreur)
-          17 avril 1961 : débarquement de la Baie des cochons
-          7 février 1962 : mise en place de l’embargo américain en représailles contre la nationalisation des avoirs américains dans l’île
-          1962 : Cuba est exclu de l’OEA (Organisation des Etats américains)
-       16 au 28 octobre 1962 : crise des fusées de Cuba : L’URSS avait proposé son aide contre l’autorisation d’installer ses fusées sur l’île, à portée directe des USA. La crise aurait pu provoquer une troisième guerre mondiale. Finalement les soviétiques acceptent de rembarquer leurs fusées.

En 1990 l’URSS éclate. C’est la fin de ses aides gigantesques et la chute vertigineuse du PIB. Le pétrole se fait rare, on revient aux bœufs et à la bicyclette. Cet épisode est appelé par les Cubains la « catastrophe ».  La pénurie de carburant signifie pénurie économique générale. On assiste à des scènes de famine. Le régime survit avec ce qu’il possédait avant Castro : exemple des vieilles voitures américaines, indéfiniment réparées. Des petits commerces de rue s’installent.

La pénurie dans un régime dictatorial entraîne l’émigration.

Quelques points marquants de cette période :

- Affaire des cinq prisonniers, accusés d’espionnage par les USA, en fait luttant contre la mafia terroriste des Cubains de Miami.
- Action de Danielle Mitterrand et de sa fondation France Liberté en faveur de Cuba.
- Deux visites papales :

-          janvier 1998 : Jean-Paul II : « Cuba doit s’ouvrir au monde, le monde doit s’ouvrir à Cuba »  ; libération de 300 prisonniers politiques
-  mars 2012 : Benoît XVI rencontre lui aussi Fidel Castro.
- Soutien du Venezuela (Hugo Chavez), en particulier fournisseur de pétrole.
- Diplomatie médicale : la santé publique est une des réussites du système castriste. Des médecins cubains  « exportés » dans les pays du Tiers-Monde sont une source de propagande et de profit.

Le dégel actuel entre les USA et Cuba a bénéficié de la médiation du pape François. Il va favoriser la reprise des relations commerciales. La visite de François Hollande a été destinée à bien placer la France dans un pays où notre pays bénéficie déjà d’une bonne image.

Danger : une ouverture trop rapide entre les deux pays peut transformer l’île en plaque tournante du trafic de drogue, et surtout de cocaïne, avec l’implantation des membres de la mafia cubaine de Miami. (source : « le Figaro »)
La vie politique reste une dictature. Slogans de propagande omniprésents.
Forte influence de la franc-maçonnerie.
La vie quotidienne reste archaïque (transports vétustes, petits commerces, tickets de rationnement). Le marché libre existe, mais il est très cher.
Le potentiel touristique est important, mais les routes sont dans un état pitoyable, les immeubles coloniaux sont à restaurer, les enclaves touristiques du nord de l’île sont interdites aux Cubains, sauf au personnel.
L’état de l’agriculture est celui de la France des années 50.
L’économie reste une économie de pénurie.

Cuba est probablement à la veille de grands bouleversements, tant politiques qu’économiques : ils sont indispensables, mais l’ouverture du pays, nécessaire, risque aussi d’accroître les inégalités sociales et les plus pauvres risquent d’en être victimes.