Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

Le Conseil
d'administration
Les activités Nos adhérents Les programmes Lettres aux adhérents
Comptes rendus
des conférences
Les partenariats Les actualités Adresses
et liens utiles
Accueil

Jean Dubuffet et l'art brut
Sonia de Puineuf, Docteur en histoire de l'art


Sa carrière a débuté vingt ans avant qu'il ne soit connu. Très jeune il entre en contact avec des artistes modernes, des écrivains , des poètes tout en exerçant le métier de négociant en vin. Vers quarante ans il abandonne le commerce pour se lancer dans une carrière artistique. Son autoportrait est l'illustration de son style des années 70, plat, pas de relief ni de volume, des contours épais noirs, du bleu du rouge dans une composition entièrement remplie.

1 ère époque :

Les masques (1935) : Têtes d'hommes grimaçants, nez coloré, production non conventionnelle de l'époque. Il s'intéresse alors à l'art dévalorisé, à ce qui est méprisé par le public.

Lili au foulard (1935) : Approche naïve, perspective douteuse, corps tordu, tête volumineuse.

Danseuse de corde (1943) : Nu très différent du nu académique. Traits épais, corps déformé, stylisé, simplifié. Couleurs du corps non conventionelles donnant un aspect décoratif toujours présent dans ses oeuvres.

La plage à Cassis (1944) : Oeuvre entièrement couverte comme toujours, pas de relief, pas de volume, tout en aplat donnant l'impression d'une vue d'avion. Hommes simplifiés, mer schématisée et représentée comme un filet.

Mur aux inscriptions (1945) : Période destructrice. Les "tags" de l'époque donnent un aspect agressif à l'univers urbain. Présence permanente de l'homme commun, banal, anonyme. A cette époque il est soutenu par les intellectuels, mais rejeté par le monde artistique.

Le terme "art brut" a été inventé par Dubuffet qui découvre progressivement cet univers fait de productions artistiques qui échappent au monde de la culture. Ces artistes sont souvent autodidactes, indemnes de toute culture artistique, marginaux, fous, ne fréquentant pas les galeries d'art. C'est un monde en marge de la culture dominante. Les créateurs ne cultivent aucune ambition pour leurs oeuvres.

Quelques exemples : Katharina Detze : Poupée tricotée -  H.A Müller Machine- Pierre Avezard : un de ses manèges - Aloïse C'est Noël , dessin au crayon sur papier d'emballage avec un répétition de formes rondes et Le Roi dans la queue de la sirène (7 mètres). Amoureuse de Guillaume II, elle fut internée pour harcèlement épistolaire. Adolf Wölfi, Ville géante aux oiseaux coucou, un de ses 13 000 dessins, St Adolf portant des lunettes, symbolique inaccessible au commun des mortels. Henry Darger, décalque des images dans des catalogues, Albert Veitel, sculpture en bois polychrome. Gaston Chaissac, peintre sur supports variés, murs, bidon écrasé, pierre

La constante de ces oeuvres réside dans un travail simple mais laborieux produit sans réflexion, sous l'influence de pulsions, de plus, souvent internés, ils avaient le temps, ce qui explique le nombre important de productions. L'art brut est une production de toute espèce présentant un caractère spontané ayant pour auteur des personnages étrangers au milieu artistique professionnel. Une des spécificités de ses artistes, c'est qu'ils ne progressent pas. Leurs créations semblent identiques tout au long de leur carrière.

2 ème époque :

Echange de vues, comme son autoportrait, fond rempli, lignes ondulantes noires, rayures bleues et rouges. Caractéristiques que l'on retrouve dans ses sculptures du cycle "Hourloupe". Monument aux fantômes et Castelet l'Hourloupe. L'Hourloupe est le nom loufoque que Jean Dubuffet a donné à une série d'oeuvres créées entre 1962 et 1974, si singulières qu'elles échappent à toute classification, à toute référence. À la fois dessinée, peinte, sculptée, théâtrale et architecturale, la production de L'Hourloupe explore des techniques inédites laissant place au hasard et à l'imprévu. Jouant sans cesse sur l'équivoque entre l'imaginaire et le réel, Dubuffet a inventé un monde parallèle, un double de la réalité avec ses personnages, ses objets et ses lieux. La déferlante L'Hourloupe est devenue le style de l'oeuvre de jean Dubuffet.

Karel Appel : Les enfants interrogateurs (enfants regardant passer les trains à travers une palissade), Nicki de St Phalle et ses femmes inspirées de l'art brut,  le facteur Cheval et son célèbre palais, Auguste Forestier (interné à 27 ans pour avoir fait dérailler un train) sont des créateurs dans la lignée des artistes "bruts". C'est aussi de cette époque que datent les oeuvres de Dubuffet peintes sur des supports naturels et variés : L'âne égaré (feuilles) La mer de peau (écorces) Les vieux de la plage (bois flotté), Oberon (papier maché).

Conclusion : Dubuffet n'est pas le découvreur de l'art brut, mais celui qui va le nommer, l'identifier, en parler de façon théorique,. Il va faire entrer l'art brut dans le champ culturel qu'il abhorre. Il n'est pas un artiste "brut" au sens propre, il a une certaine culture. Il a voulu oublier ce qu'il connaissait, il a communiqué sur l'art brut, il  l'a valorisé.