Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

Le Conseil
d'administration
Les activités Nos adhérents Les programmes Lettres aux adhérents
Comptes rendus
des conférences
Les partenariats Les actualités Adresses
et liens utiles
Accueil

Comprendre le Japon et les Japonais

Pierre-Emile Durand, Professeur d'Université ER et artiste peintre


Le Japon, spiritualité et comportements

1 – Les généralités fondatrices
Géographiques : le fudô ou « climat » au sens général de caractéristiques de l’environnement.
La carte du monde inversée fait apparaître le Japon au centre, et en même temps adossé à l’ensemble énorme constitué de l’Asie et de L’Europe. A l’autre extrême se situe la Bretagne : deux régions du bout du monde. Le Japon fait d’autre part face à l’immense Océan Pacifique, 3 fois plus large que l’océan Atlantique, et plus profond.
Les Japonais ont peur de la mer, ils n’y vont que contraints et forcés. Le continent aussi leur fait peur, en particulier la Chine, pour laquelle ils éprouvent à la fois de la crainte et de l’admiration. Ils doivent tout à la Chine, et pour la Chine les Japonais sont des « nains », physiquement et intellectuellement.
Ils ont emprunté à la Chine son alphabet, et leurs grandes doctrines : bouddhisme, taoïsme, confucianisme. En réussissant son développement des années 1960 à la fin du siècle, le Japon a dépassé largement la Chine, sans pouvoir apaiser leur mentalité profonde d’assiégés.
Les quatre grandes îles sont Hokkaîdo, Honshu, Shikoku, Kyushu, cette dernière séparée du continent par le détroit de Tsushima, que les courants rendent très dangereux.
Le Japon est un pays avant tout montagneux, où les saisons sont très marquées, où les températures diffèren fortement du nord au sud (latitudes allant de celle de Bordeaux à celle de la Mauritanie).
Il est nettement séparé entre l’Ouest montagneux et inhabitable (l’envers) et l’ouest côtier (l’endroit). Les matières premières et les terres cultivables sont en nombre réduit et les catastrophes naturelles (séismes, éruptions volcaniques, inondations, raz de marée, avalanches de neige et de boue, glissements de terrains) sont quasiment ininterrompues.
Cet environnement a créé chez les Japonais une mentalité d’assiégés (pauvreté, frugalité, anti-gaspillage), face à la force démesurée de la nature.

Nature et culture : la nature, crainte mais aussi protectrice, sauve l’homme et le purifie. Elle sert de refuge à l’homme en détresse. Des samouraïs, des poètes, des moines allaient mourir en montagne dans des ermitages.
Le jardin japonais est une métaphore construite de la nature, qui met le recueillement, la purification à portée du citadin.
Tableau résumant le rapport nature- culture pour les Japonais, avec la porte japonaise comme symbole du passage incessant d’un monde à l’autre.

Croyances, mythes et philosophie
Le shintoisme est la croyance originelle,  une « religion »  sans dogme, sans théologie, ni fondateur historique, sans texte sacré ni dogme…
- c’est un animisme, qui attribue aux choses une âme semblable à l’âme humaine.
- une explication du monde fondée sur le déséquilibre et le mouvement, rétive à toute logique et explication rationnelle.
- une pratique rituelle tendue vers l’apaisement des forces surhumaines (de ces éléments naturels primordiaux, la Terre, le Ciel et le Vent, l’Eau et le Feu, au sens large de tout ce qui menace).
Kokoni o ashimasu », c’est le début d’une incantation shintoïste. On s’adresse au kami, « reste assis ici », supplie-t-on, « arrête un instant de développer ton mouvement perturbateur ».

Le butsudô ou la voie du Bouddha
- une philosophie de l’harmonie et du respect.
- une philosophie du comportement individuel, un guide, une règle individuelle qui s’impose à tout un chacun.
- un clergé et un enseignement d’homme à homme, de maître à disciple (moines et samouraïs).
- un respect par l’éthique, respect absolu du vivant.
- donc un ciment social, facteur de stabilité et de contrôle politique.

Le confucianisme
- un enseignement, régulateur politique et social.
- «se cultiver soi-même pour policer les autres».
- comprendre, système de pensée tourné vers la connaissance.
- réguler, par la réciprocité (ne fais pas à autrui…), les 5 vertus (compassion, honte, modestie, le juste, confiance mutuelle), les 3 rênes , sangô, (suzerain-sujet, père-fils, mari et femme), et le bun (le lot), chacun, dans la société, devant rester à sa place.
l’homme est par essence un être social , le confucianisme régule son rapport avec autrui.

Ce qui fait la valeur d’un homme :
En occident judéo-chrétien le grand homme est un vainqueur, ce qui fonde sa valeur c’est le succès. Au Japon le héros est un vaincu, ce qui fonde sa valeur c’est son comportement dans l’échec. Shigoto ga n ai, « nous n’y pouvons rien ». Seule une conduite exemplaire dans l’échec est à même de prouver la valeur de l’homme. La nature de sa cause et de son combat n’importe pas.Le point commun des héros est en fait la pureté du cœur, la pureté désintéressée. La sincérité de la parole ne peut être prouvée que par l’acte. Le moment probant est la mort. Le héros vaincu sert sa cause dignement et jusqu’au bout alors qu’il la sait perdue.

2 – La relation à la nature
« La nature décide ce que les gestes font », disait Kenzaburo Oé.
Relation intense au temps : conscience de la fugacité du temps, symbolisée par exemple par la chute des fleurs de cerisier. Surprise et bonheur émerveillé d’être encore là, présent au monde.
Relation intense à la nature, contre laquelle on ne peut rien : la lutte est démesurée, d’où la conscience d’être tous égaux devant le destin, et une communauté fraternelle de sentiments.
Mais la lutte est aussi nécessaire : exemple de l’industrie, avec le kaizen, ce processus d’amélioration permanente. Les Japonais sont sensibles aux gadgets, à la technologie capable d’améliorer l’existence.
Dans cette lutte, la volonté de gagner a le pas sur la volonté de comprendre. Les Japonais sont un peuple du « comment » plutôt que du « pourquoi ».
Une valeur charnière : le « Wa », qui signifie « harmonie, paix », mais aussi « japonais ».

3 – Etat d’esprit, les lignes de force
- une humilité fondamentale
- une conscience aiguë de la réversibilité des situations
- une vigilance de tous les instants
- une obsession: réduire l ’incertitude : programmer dans les moindres détails, mémoriser autant que possible. La seule ressource étant le capital humain, développer le potentiel individuel par les techniques du corps, l’éducation et la formation en permanence.
- la force individuelle est insuffisante, il faut s’unir : communauté obligée et esprit de corps
- une tranquille activité, un détachement tenace. Pas de précipitation, de la suite dans les actes plus que dans les idées pas d ’obstination… la situation commande avant tout, pas de dogmatisme ou d’idéologie : ambivalence de chaque chose ou être, relativité de l’échec ou du succès
- changements rapides de comportement : pragmatisme, adaptabilité, flexibilité

- cohabitation de contrastes marqués de comportement : calme et violence

4 - Une approche comparative par la cuisine
Le repas français se déroule en trois étapes (entrée, plat, dessert) comme un exposé logique. C’est une démonstration. Le repas japonais se présente simultanément sur un plateau et se goûte intuitivement, par l’expérience. C’est une proposition.
Le cuisinier français agit en magicien qui cherche à satisfaire le palais par des accords de saveurs dont il prouve le bien-fondé, pour le plaisir de l’esprit aussi bien que celui des sens.
L’art du cuisinier japonais est avant tout celui du découpage. Le repas qu’il présente est une œuvre d’art, une harmonie pour satisfaire les yeux dans une vaisselle raffinée. Les consistances et les saveurs se mélangent dans le palais et non dans le plat.