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L'art des jardins
Louis Michel Nourry, historien des jardins.

Une longue histoire :

Dès l’antiquité :

Les Sumériens (3000 ans avant JC) en se sédentarisant inventent la notion de territoire et la parcellisation. Le dessin gravé sur une tablette fait voir un enclos avec un arbre au milieu : symbole du premier jardin, distinct de la nature vierge (d 2). A la suite de Cicéron on distinguera plus tard la nature vierge, la nature potagère et la nature paysagère.
En même temps que l’enclos apparaissent les notions de propriétaire et d’ennemi (celui qui en veut à mon bien).
La représentation d’un jardin égyptien (1500 avt JC), également sous forme d’enclos,  fait état de la mainmise des dieux sur la nature(d3).

Au Moyen-Age

Les grandes invasions qui suivent la chute de l’empire romain ont détruit l’occident.  A partir du IXème siècle on repart  à zéro. C’est le temps de l’intervention des moines avec la reprise de la notion d’enclos. Le plan de Saint Gall (plan de l’occupation du territoire autour de l’abbaye, Suisse, IXème siècle – d 5) sert de modèle à beaucoup d’abbayes du Xème au XIVème siècle.
Le jardin potager est divisé en planches de dimensions égales, 4 enjambées et 2 brassées. Le nom des plantes à cultiver est même noté (beaucoup de plantes médicinales, les soins du corps étant confiés au clergé, d’ où la notion d’hôtel dieu). Au cimetière se trouvent les arbres fruitiers qu’on ne travaillait pas : dieu y veillait. Les fleurs cultivées étaient destinées à l’autel de dieu.
Noter au moyen-âge un mépris des sciences de la nature : seulement 88 plantes répertoriées dans la liste De Villis de Charlemagne, alors que les travaux de Théophraste en compte 3200.

Au XVème siècle commence une période de pacification, et la naissance d’une nouvelle société. Au château la basse-cour, lieu de refuge pendant les guerres, devient jardin (d 6). Jardin gardé par une femme, et dont des hommes sollicitent l’entrée : c’est l’époque de l’amour courtois. Dans le jardin on échange, avec le ménestrel comme messager. Le jardin est vécu comme lieu de sentiment, voire de sensualité. On crée des chambres de verdure où les plantes sont installées en pot : esthétisation des plantes. Les femmes s’emparent des plantes (d12) et les font entrer dans la maison : naissance des plantes d’appartement. Lorsque se développe l’art du roman, le jardin sert souvent de cadre à l’amour. La rose est cueillie pour dire son sentiment (d 14). L’homme se donne désormais  le droit de forcer la nature (d 15 ; 17): naissance de l’horticulture dans un souci d’esthétisation. Il s’agit de donner à voir. Le jardin botanique apparaît (d18), appliquant un classement inspiré de la liste de Théophraste.
En Italie les Médicis, notables locaux, mettent en scène leur pouvoir en restaurant des châteaux et en les entourant de jardins. Ce sont les jardins Renaissance. Si en
occident notre regard est éduqué à voir le paysage en trois plans (1er plan, second plan, arrière-plan), c’est un héritage des jardins des Médicis, conçus pour être vus à partir du palais. Exemple de la villa Garzoni (d 24) où  les escaliers et les terrasses se suivent pour donner vue sur le jardin. Il y a donc un sens pour visiter les jardins. A Villandry (d28) les étapes du parcours sont imposées par panneaux successifs.

Au XVIIème siècle la société française est reprise en mains par l’église et la monarchie.

Au début du siècle Marie de Médicis, régente, fait construire le palais du Luxembourg  et reproduit  les trois plans du jardin Renaissance. Le jardin des Tuileries renouvelle les mêmes perspectives, par l’avenue actuelle des Champs Elysées, heureusement prolongée jusqu’aux tours de la Défense. La plus longue perspective du monde : 6 km sans doute bientôt 17 km grâce à un nouveau jardin en projet.
Le Temps de la Fronde voit la naissance du jardin à la française, dont le meilleur exemple est celui de Vaux-le-Vicomte (d43), œuvre de Le Nôtre qui maîtrise l’optique et le graphomètre. Louis XIV, jaloux, imposera ce modèle pour le château et le parc de Versailles. Le Nôtre y installe des kilomètres de percées visuelles, parfois jalonnées de statues qui marquent la géométrie (d 47). Le parc est un « enclos » entouré de murs. De nombreux bosquets sont gérés l’été comme des lieux de vie pour les nobles qui y mangent, y reçoivent, y dorment. L’adduction d’eau se fait à partir du moulin de Marly (d54), à partir duquel une énorme machinerie fait remonter l’eau sur un aqueduc pour la déverser ensuite à Versailles. Mais le système n’a jamais bien fonctionné : lorsque Louis XIV  se promenait les « aboyeurs » prévenaient que le roi allait passer, on ouvrait l’eau devant lui, on la refermait après son passage.
C’est l’ennui dont souffraient les hôtes de Versailles qui a donné jour à la promenade. Celle-ci se développe dans la classe bourgeoise au XIXème siècle. On assiste alors à la création des mails, où les familles se « donnaient à voir » selon un rituel et un parcours bien établis (d66).

Le Second Empire voit apparaître les jardins publics, réponse à la volonté de la bourgeoisie d’avoir des lieux à son image (Thabor à Rennes, parc de la Tête d’or à Lyon). On y reconstitue la nature, on y encadre de nombreux points de vue. L’arbre devient un objet de regard. L’entrée est théâtralisée par une grille (d77). Un règlement  affiché à l’intérieur : « il est interdit de »…invite à la bonne tenue. Son application est surveillée par des gardiens sévères.
Une volonté de pédagogie donne lieu à la création de jardins des plantes
La mise en scène florale vient après la première guerre mondiale. Les roseraies naissent  du désir des femmes d’avoir des fleurs en ville, ce qui n’empêche pas les hommes d’être les seuls juges du « concours de la rose ».
Les enfants ont leur espace de jeu à partir de 1918.