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Jean Jaurès
Jean-Pierre Fourré, Ingénieur, Journaliste, Homme politique ER

Jean Jaurès est un personnage hors du commun, homme dans toute sa dimension humaine, porteur d’un idéal sur la base d’une seule question : qu’est-ce que l’homme doit être ? Philosophe, peu connu en tant que tel, et pourtant c’est par là qu’il a commencé de se construire, en écrivant sa thèse d’entrée à Normale Supérieure : La réalité du monde sensible (premier devant Bergson).
Il naît dans le Tarn, d’une famille de petits bourgeois négociants. Il restera très proche du milieu viticole, entretenant une relation forte avec les petits viticulteurs, métier où le propriétaire est aussi le salarié. Il apprend et parle l’occitan, et sera actif dans la défense des langues régionales (y compris le breton). Remarqué dès le collège et chargé d’y accueillir le préfet, il remplace les propos banals habituels par un discours de tribun. L’inspecteur d’académie voit sa valeur et le fait monter à Paris, à l’école Sainte Barbe qui prépare à Normale Supérieure. Il terminera troisième à l’agrégation de philosophie, après Paul Lesbazeilles et Henri Bergson.

 Philosophe marqué par l’humanisme, il est préoccupé de spiritualité et de métaphysique, mais refuse le dogme religieux et toute idée qui s’impose sans explication. En permanente recherche, laïque qui écrit sur Dieu, il est constamment habité par le doute. Ses convictions s’accompagnent d’une ouverture à l’évolution des idées et le doute fait de lui un homme tolérant qui accepte le débat.

 Son parcours politique est progressif. Il est élu à 26 ans député comme républicain réformateur. Attendu à l’assemblée comme le petit provincial qui monte à Paris, son premier discours le révèle timoré, un peu sur la réserve, ayant encore besoin de se positionner.
Ses convictions sont bousculées par sa rencontre avec les ouvriers de Carmaux (1892). Un mineur syndicaliste et socialiste, Jean Baptiste Calvignac, ayant été élu maire de la ville, se voit refuser des aménagements d’horaire pour exercer sa fonction, et est licencié pour absences répétées par le propriétaire de la mine, lequel de son côté est député. Jaurès, consulté, comprend que le combat est juste. Il soutient la grève des mineurs et obtient qu’un congé illimité soit accordé au maire. C’est pour Jaurès l’occasion de prendre conscience de la réalité sociale des travailleurs de l’époque.

 Historien, il écrit 7 volumes sur la Révolution française « Histoire socialiste de la Révolution française » et imagine à partir de là la façon dont doit évoluer la société.

 Poète, il manie admirablement la langue française. Extrait de La réalité du monde sensible : « Le chêne appelle mon âme ; il voudrait que ma pensée s’enfermât en lui et donnât une netteté plus grande à sa vie diffuse, et la prairie qui murmure tout bas au vent du soir voudrait que mon rêve vînt se mêler au sien pour lui donner je ne sais quelle forme ailée et subtile qui lui permette d’aller plus haut ».

 C’est un homme honnête dont la bonté est reconnue par tous

 Orateur et tribun hors pair il pratique l’art de la parole comme un moyen de faire passer des messages. Au risque de se ridiculiser il répète ses discours à haute voix dans les jardins du Luxembourg. Quand il parle il s’investit totalement, corps et âme, congestionné au point de devenir écarlate. Sa femme craignait beaucoup qu’il y laisse la vie. Cela n’empêche pas qu’il soit non-violent, y compris dans sa lutte pour la laïcité.

 
Ses luttes :

Dans l’affaire Dreyfus, lorsque les socialistes refusent de s’engager, bousculé par l’article de Zola « J’accuse » dans le journal « L’aurore » il recherche la vérité et se convainc assez vite de l’innocence de Dreyfus. Il se bat et prouve que des faux ont été utilisés en vue d’obtenir sa condamnation pour des raisons de basse politique. Jaurès n’est pas antimilitariste. Il écrit sur l’organisation d’une armée de citoyens, armée défensive. Il reconnaît une seule raison de faire la guerre, quand on a été attaqué.

 Le combat de la laïcité :

Jaurès relie étroitement la laïcité à la démocratie : « L’exercice de la souveraineté, l’exercice de la puissance politique dans les nations modernes n’est subordonné à aucune formule dogmatique de l’ordre religieux ou métaphysique » (Intervention à la chambre des députés, 1910).
La condition essentielle pour être acteur dans la démocratie : que chacun en ait les moyens parce que éduqué aux valeurs humaines. Il compte pour cela sur les enseignants.
Dans les éditoriaux qu’il publie quotidiennement pendant 30 ans Jaurès met ses idées en débat sur de multiples sujets : peine de mort, réduction du temps de travail, droit des femmes…
Son dernier combat : le combat pour la paix. Bien avant 1913 il perçoit les velléités fortes de guerre dans les pouvoirs européens. Il tente de s’opposer au cheminement imparable de la guerre. Essaie de réunir dans sa lutte les socialistes en France mais aussi sur le plan international. Seule solution à ses yeux : une grève générale en cas de déclaration de guerre. Il multiplie les discours mais le patriotisme des ouvriers est plus fort que l’incitation à la grève.
Le 31 juillet 1914 au matin il est dans le bureau du ministre des affaires étrangères. Il va ensuite écrire son article à l’Humanité. A 21 heures 40 au café du Croissant il est assassiné par Raoul Villain. Plus de 100 000 personnes défilent pour déplorer sa mort. Ses partisans rejoignent cependant l’ « union sacrée », du moins jusqu’en 1917.
Son héritage : un idéal de valeurs humanistes, une méthode de politique fondée sur la tolérance et le doute, une œuvre littéraire énorme.
Acquitté en 1919, Raoul Villain se réfugie à Ibiza, où il sera tué en 1936 par les républicains espagnols.
Jean Jaurès est d’abord inhumé à Albi, puis transféré au Panthéon le 23 novembre 1924, malgré le refus qu’il avait d’avance exprimé.
Une phrase de Jaurès que chaque élu devrait avoir constamment devant lui :

« Aller à l’idéal et comprendre le réel ».