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Les écrivains de la négritude
Michèle Souchet-Gavel, Professeur agrégé
Compte-rendu rédigé avec l'aimable collaboration de la conférencière
J'ai rêvé d'un monde de soleil dans la farternité de mes frères aux yeux bleus. (Senghor)
I) - Historique

L’esclavage date de plusieurs siècles : L’esclave est une sorte de propriété animée (Aristote - IV siècle avant JC)
A partir du XVIIème siècle, le trafic d’esclaves peut se développer par le biais du commerce triangulaire (transport de babioles de l’Europe vers l’Afrique, transport d’esclaves de l’Afrique vers les Antilles et transport de denrées alimentaires des Antilles vers l’Europe) qui ne sera aboli qu’en 1848.

En 1642 Louis XIII autorise la traite des noirs, autorisation qui sera règlementée par le « Code noir » en 1685 
(Extrait du Code Noir : «A la première tentative de fuite, le marron capturé avait les oreilles coupées et était marqué au fer rouge. La deuxième tentative aboutissait à couper le jarret. La troisième tentative était punie de mort par pendaison.)
Extrait de Candide de Voltaire : « Oui, monsieur, c’est l’usage. Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main. Quand nous voulons nous enfuir on nous coupe la jambe. Je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe.

Au 19 ème siècle, on trouvera peu de noirs en littérature (Case de l’oncle Tom, Paul et Virginie) et souvent mentionnés pour leur force physique.
La représentation caricaturale ou simpliste de l’homme noir va subsister.(Si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est fort inférieure. »Voltaire                                          

II) - Révolution "nègre"

Changement des mentalités au début du XXème siècle  : découverte des masques africains pour les peintres modernes (Picasso) , mode des musiques noires (J.Baker). De nombreux étudiants venant faire leurs études en France, la littérature africaine va se développer mais en respectant toujours les codes de la littérature occidentale. C’est par opposition à ce principe que va naître le mouvement de la négritude, mouvement né aux Etats-Unis et relayé en Europe par des ethnologues.

III) - Le mouvement de la négritude

« La négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. » (Senghor)

Des précurseurs : en Amérique : William Du Bois Les Ames du Peuple, "Nous ne devons pas accepter d’être lésés, ne fût-ce que d’un iota de nos pleins droits d’hommes"
Le groupe de la négro-renaissance  "Nous voulons exprimer notre personnalité noire sans honte ni crainte ".
En Europe : l’ethnologue allemand Léo Frobenius prouve la richesse des civilisations africaines pré coloniales.
Le romancier français René Maran reçoit le prix Goncourt pour  Batouala : premier « roman nègre » dans lequel la colonisation est vue du point de vue des noirs. Pour la première fois, un auteur se met dans la peau d’un noir et écrit avec son point de vue. On note une différence de rythme due à la différence du centre d’intérêt, l’individu pour l’Europe, la tribu pour l’Afrique. «Les blancs pestent contre la piqûre des moustiques. Celle des « fourous » les irrite. En un mot, tout les inquiète. Comme si un homme digne de ce nom devait se soucier de tout ce qui vit, rampe ou s’agite autour de lui. Les blancs, aha ! Les blancs... N’affirmait-on pas que leurs pieds n’étaient qu'une infection.»,extrait de Batouala - R.Maran
Quelques étudiants noirs se rencontrent à Paris dont Césaire (Martiniquais) et Senghor (Sénégalais) et fondent une revue "L’étudiant noir" Césaire nous a aidés à voyager en nous-mêmes à la récupération du moi que la colonisation avait enfoui sous des épaisseurs de mensonges, de poncifs et d’idées reçues - René Depestre, poète haïtien.

Aimé Césaire (1913-2008)

Martiniquais de milieu modeste (mère couturière, père fonctionnaire). Brillant élève, il reçoit une bourse pour faire ses études à Paris avant de rentrer en Martinique comme enseignant. Il sera élu député et maire de Fort de France jusqu’en 2001.

Œuvre principale : Cahier d’un Retour au Pays Natal où après une peinture sombre de la Martinique, "au bout du petit matin....Les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échouées dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrelent échouées."  Il annonce un « nègre nouveau » dont le poète est le porte-parole. "Je suis la bouche des malheurs qui n’ont pas de bouche."
Revendication militante qui prend une valeur universelle, il veut défendre les hommes et pas seulement les noirs. Il considère que le rôle du poète est de dire les choses « En nommant les choses c’est un monde enchanté que je fais sortir de la grisaille.
C’est aussi un homme de théâtre, il a également inspiré le peintre Wielfredo Lam.
Il meurt en en 2008, est inhumé en toute simplicité dans un cimetière pauvre de la Martinique et aura droit à une cérémonie au panthéon

Léopold Sédar Senghor (1906- 2001)

Son père, riche commerçant et sa mère analphabète, ont contribué à l’expression du métissage (Léopold : prénom chrétien et Sédar prénom sénégalais) que l’on peut trouver dans toute son œuvre. « Voici que je suis devant toi, mère, soldat aux manches nues et je suis vêtu de mots étrangers où tes yeux ne voient qu’un assemblage de bâtons et de haillons. »
Après des études en France pendant les quelles il a été un grand ami de Pompidou, le premier agrégé de grammaire noir, il est devenu enseignant avant de rentrer au Sénégal en 1944. Elu député en 1945, puis ministre, il est devenu Président du Sénégal en 1959 jusqu’en 1979.
Ardent défenseur de la francophonie.
Dans son oeuvre poétique riche et complexe il se veut métis culturel. Sa poésie métissée s’appuie sur une culture occidentale et une culture africaine. « Je suis le « Dyali » (troubadour, diseur) de l’âme africaine.
Il donne une grande importance à la Parole « le verbe » (extrait) et au rythme calqué sur le tam-tam africain. Il ponctue ses poésies de mots africains.

"Joal, je me rappelle

je me rappelle les signares à l’ombre verte des vérandas

les signares aux yeux irréels comme un clair de lune sur la grève"

Il est à la recherche de l’âme noire "l’émotion est nègre comme la raison est hellène" tout en restant un lien entre le Sénégal et la France « je suis les deux  battants  de la porte ».

En résumé Césaire et Senghor

Sont issus de pays et d’origines sociales différentes

Revendiquent avec fierté leur couleur noire

Ont un amour profond de la langue française

Ont été des hommes politiques très actifs

Ouvrent leur œuvre à une dimension universelle."

IV) - Et après ?

Mouvement de la négritude critiqué et dépassé, on lui reproche d’être resté trop près de la France et de sa culture.
La richesse et la diversité de la littérature antillaise ( Chamoiseau – Glissant – Confiant…..) vont faire émerger un combat pour la langue créole (créolitude) et pour la cause des noirs antillais (Institut du Tout-Monde).  La littérature africaine, à travers une littérature de combat contre les dictatures (Kourouma), la recherche d’une identité africaine (Frantz Fanon – Cheïk Hamidou Kane ….), l’évocation des traditions (Mariama Bä – Alain Mabanckou…) va se développer.