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Offenbach, (1819-1880), la fougue de l'opérette
Guillaume Kosmicki, Musicologue et Professeur

Lorsqu’Offenbach débute aux Bouffes Parisiens  (1855) une censure sévère réduit le nombre des acteurs et donc le temps d’un spectacle. En conséquence on joue des opéras d’un seul acte, d’où le nom d’opérette qui ensuite est appliqué aussi à des œuvres plus longues.

Un nouvel état de la société

Offenbach est né en  1819. Sa carrière se déroule entre la révolution de 1848 et la défaite de Sedan (1870). Plus radicale que la révolution de 1830, celle de 1848 met en place le premier président de la république française, Louis-Napoléon Bonaparte, qui devient l’empereur Napoléon III deux ans après à la faveur d’un coup d’état.
La société française a subi un changement profond depuis l’Ancien Régime. La bourgeoisie, actrice de la Révolution de 1789, a pris les rênes du pouvoir. Maîtresse du mouvement industriel, elle détient la richesse, face à la grande masse ouvrière pauvre. Napoléon III parvient à maintenir la paix sociale dans ce monde de contrastes : contraste entre riches et pauvres, et contraste chez les riches entre un puritanisme apparent et une grande liberté des mœurs. Offenbach montre admirablement ces contrastes, utilisant la légèreté de l’opérette pour dénoncer de graves travers.
Les compositeurs sont nombreux, on construit beaucoup de nouvelles salles de spectacle.

l’opéra-comique

L’opéra-comique apparaît en France au début du XVIIIème siècle, issu de l’opéra bouffe italien, lui-même héritier de la commedia dell’arte. A Paris les représentations avaient lieu sur les « tréteaux de Saint Germain et de Saint Laurent ». Après la représentation de La serva padrona (la servante patronne) de Pergolèse, en 1752, le succès des « Bouffons » italiens installés à Paris et soutenus par les philosophes des Lumières donne lieu à la querelle des Bouffons entre partisans de ce type de spectacle populaire et défenseurs de la musique royale traditionnelle. C’est déjà un avant-goût de la lutte des classes.
En 1783 création de la salle Favart pour les représentations d’opéra-comique.

Parcours d’Offenbach (1819-1880)

Jacob Offenbach est né dans un quartier juif de Cologne. Son père Isaac Eberst a changé de nom en 1810 pour adopter celui de sa ville d’origine. Lui-même francisera ensuite son prénom en Jacques.
Son père musicien initie très tôt à la musique ses trois enfants qui forment un trio piano-violon-violoncelle et se produisent dans les cafés et les auberges. Admis par dérogation en 1833 au conservatoire de Paris, Jacques Offenbach s’en éloigne au bout d’un an, entre comme violoncelliste à l’opéra-comique, se produit aussi comme violoncelliste de salon. Lors d’un séjour en Angleterre il participe à un trio avec Mendelssohn. Il se convertit au catholicisme, se marie en 1844. En 1847 il est chef d’orchestre au Théâtre Français.
En 1855  il devient directeur des Bouffes Parisiens et se lance dans l’écriture des opérettes. C’est l’époque de la première exposition universelle de Paris, étalage de la puissance française qui attire un nombreux public. Énorme succès des spectacles.

1858 : « Orphée aux enfers » - Librettistes Hector Crémieux et Ludovic Halévy. Parodie du mythe grec, où Orphée et Eurydice se détestent et ont chacun de multiples aventures : reflet de la société du temps.

Extraits :

- scène du concerto (version différente)  : Orphée impose à Eurydice l’audition d’un concerto de violon insupportable pour elle (parodie du concerto romantique).

- la révolution des dieux, lassés du nectar et de l’ambroisie ils exigent d’aller festoyer aux enfers dont Pluton a vanté la bonne chère. La révolution a des accents de Marseillaise.

- aux enfers Jupiter veut  se rapprocher d’Eurydice. Cupidon l’aide en le transformant en mouche.

Scène de la mouche séductrice. (pour un sous-titrage en français cliquer sur l'enveloppe dans la barre sous la vidéo).

- Le final est une scène d’orgie se terminant par un « french cancan ».

Le spectacle connaît un grand succès. Offenbach  désormais reconnu écrit ses grandes œuvres avec Ludovic Halévy, grand connaisseur de la satire sociale et Henri Meilhac, grand boulevardier.

1864 : La Belle Hélène - A partir d’un épisode de la guerre de Troie. Dénonce la lâcheté des dirigeants. Ménélas est pitoyable et tous pensent surtout à s’amuser.

Extraits :

- Présentation des rois de Grèce. Non concordance de la métrique et de la prosodie. Jeu sur les syllabes : Le roi barbu qui s’avance, bu qui s’avance, c’est Agamemnon, Aga, Agamemnon (le roi devient du coup un bébé). Ménélas est l’époux de la reine, pou de la reine, pou de la reine…

- Ménélas fait preuve de lâcheté face à la relation Pâris-Hélène. Pour calmer les femmes érotisées par Vénus les rois emmènent tout le monde à la plage (clin d’œil à Napoléon III et Eugénie). Ballet des nageurs. Image d’une société du divertissement qui veut oublier la menace des drames.

- Pâris se présente comme envoyé de Vénus. Refrain tyrolien, parodie du Guillaume Tell de Rossini.

1866 : La Vie parisienne, opéra-bouffe en 5 actes. Juste avant l’exposition universelle de 1867 qui verra les foules affluer du monde entier pour s’amuser à Paris. Copie conforme de la société parisienne à l’époque.

Extraits :

- Duo du bottier et de la gantière

- duo de Raoul de Gardefeu et du baron de Gondremarck, venu à Paris pour « s’en fourrer jusque-là » tant qu’on peut encore le faire…

1867 : La grande duchesse de Gerolstein, satire de l’armée.

Extraits :

- Le général Boum, autocélébration de la gent militaire

- Air de la duchesse : « Ah ! que j’aime les militaires !

1868 : La Périchole :

Extrait : scène d’ivresse. Dans une dictature péruvienne le tyran a fait boire la Périchole, une pauvre femme qu’il veut pour maîtresse, afin qu’elle accepte d'épouser un homme pour satisfaire les convenances et pouvoir être logée au palais. Cet homme se révélera être Piquillo, son vrai amant.

 De 1872 à 1875 Offenbach dirige le Théâtre de la Gaîté. C’est un désastre financier.

Dernière œuvre après un séjour aux Etats-Unis : Les Contes d’Hoffman, opéra romantique et fantastique, resté inachevé.