Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Les défis de la recherche et de l'enseignement supérieur
en biologie marine

Bernard Kloareg, Directeur de la station biologique de Roscoff
Compte rendu rédigé  à partir du  diaporama de B.Kloareg

La station biologique de Roscoff :
L'âge d'or des stations marines : La station marine de Concarneau est le premier laboratoire crée dans le monde (1859). La plupart des autres stations marines datent de la fin du X
IXème siècle dont celle de Roscoff en 1872. Elle est l'héritière du "Laboratoire de zoologie expérimentale" fondé en 1872 par Henri LACAZE-DUTHIERS de la Sorbonne. Elle dépend aujourd'hui de l'Université Pierre et Marie Curie.
Ce site avait -et a toujours- de sérieux atouts : Une grande diversité des milieux accessibles à pied sec, une très grande biodiversité animale et végétale, des horaires de marée basse de vive eau favorables (entre 12h et 15h)  permettant une étude "plein jour" immédiate, et une liaison directe avec Paris grâceà la mise en service de la gare de Roscoff (1883).
Entre les années 194
0 et 1960  plusieurs bâtiments furent édifiés ou acquis (aquarium, bâtiments G. Teissier et Y Delage, hôtel de France) et plus récemment l'hôtel "Gulf Stream" (2007) et en cours l'institut de la génomique marine, offrant ainsi des locaux permettant un développement du laboratoire.
Aujourd'hui la station de Roscoff compte 280 personnes, chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, post-doctorants, thésards, stagiaires ...auxquels il faut ajouter les 200 étudiants de l'Université Pierre et Marie Curie, Master "biologie et écologie marine", 2 licences "Sécurité alimentaire" et "Biologie-Mathématiques" et depuis cette année un cursus "Biologie et bio-ressources marines"
Entre 2007 et 2012 près de 700 articles émanant de la Station biologique ont été publiés dans les revues scientifiques internationales.
Ses compétences sont nombreuses, biologie moléculaire et cellulaire, biochimie, bioinformatique, biologie du développement de la reproduction, génétique des populations etc ...ce qui lui confère un positionnement distinct mais complémentaire du pôle brestois des sciences de la mer.
Elle est porteuse de trois grands projets du Programme d'Investissement d'Avenir.
- Centre national de ressources biologiques marines
-Idéalg et Océanomics (biotechnologies et bioressources).

Origine et évolution des lignées végétales
La station biologique de Roscoff, grâce à ses recherches sur le génome et le séquençage de l'ADN des algues marines a permis d'avancer dans la recherche de l'origine des végétaux, confirmant ainsi la remise en cause, (comme le fait aujourd'hui l'ensemble de la communauté scientifique), de "L'arbre de la vie de Haeckel" (1866) pour
qui la vie s'est diversifiée à partir d'un tronc commun en trois grands « règnes », idée très ancrée qui divise le monde vivant entre animaux, protistes et végétaux.
L'évolution des êtres vivants s'organ
ise plus comme un buisson qu'un arbre, avec huit branches, mettant en évidence par exemple que les algues rouges ou vertes ne sont pas dans la même branche que les algues brunes.
En qu'en comparant les génomes des végétaux marins (algues) à ceux des végétaux terrestres (mousses, fougères, plantes) on
peut retracer les innovations qui mènent à l'acquisition de la multi-cellularité ainsi que celles qui découlent de l'adaptation à la sortie de l'eau.
Toutes ces recherches s'organisent autour de la similitude ou la différence d'ADN de ces organismes, en corrélation avec les recherches géologiques (falaises calcaires) et la datation par les fossiles,
en partant du principe que si deux organismes partagent un caractère donné, ils sont vraisemblablement descendants d'un ancêtre commun.

Les algues marines et l'homme
L'homme consomme des algues depuis longtemps, on a retrouvé des traces d'algues
mâchées, dans des fouilles archéologiques au Chili, datées de 15 000 ans avant JC . Elles ont sans doute permis le peuplement des Amériques par des populations venant de l'Asie via le détroit de Béring, en leur fournissant une nourriture substantielle. En Asie, on trouve de nombreuses traces d'exploitation des algues, aujourd'hui beaucoup plus consommées qu'en Europe.
En Bretagne, les fours à goémons attestent de l'utilisation importante des laminaires dans la production d'iode tout au long de la côte Nord. Les laminaires concentrent l'iode, (antioxydant et source de composés antimicrobiens pour ces végétaux) de l'eau de mer jusqu'à 10 000 fois. En situation de stress, elles rejettent dans l'atmosphère des formes volatiles d'iode, contribuant ainsi à la renommée de notre région pour son air iodé.
Depuis une soixantaine d'années, les laminaires et d'autres espèces d'algues ont connu un débouché important avec la production d'additifs alimentaires, les gélifiants et les épaississants : alginates, agar-agar, carraghénanes ...

Les développements à venir
Biotechnologie bleue : Fournir la biomasse pour l'alimentation, compléter et/ou substituer des prélèvements dans les populations naturelles, fournir des composés à haute valeur ajoutée à partir des organismes marins.
Le programme "Idéalg": Arriver à une meilleure compréhension de la génétique et de la biologie des algues, appliquer ces connaissances à l'exploitation des enzymes et des molécules, anticiper les connaissances environnementales, économiques et sociales des développements de l'aquaculture.
La culture des algues à grande
échelle, lancée en Bretagne, Moëlan, Lesconil p.ex, permettra de nouvelles utilisations de la biomasse algale, santé, alimentation, cosmétique etc ...
Pour être p
résente dans ces nouveaux développements, la station biologique de Roscoff, se lance dans de nouveaux projets, approvisionnement en matière première à travers la culture des macro algues à terre ou en mer, développement d'une bio-raffinerie avec le monde agricole, Le tout nécessite la mise en place d'un parc scientifique intitulé "Blue Valley" pour développer la recherche, la formation de haut niveau et la collaboration avec les entreprises.