Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

Le Conseil
d'administration
Les activités Nos adhérents Les programmes Lettres aux adhérents
Comptes rendus
des conférences
Les partenariats Les actualités Adresses
et liens utiles
Accueil

François Dilasser, une affire de peintre
Jean-Marc Huitorel

François Dilasser aurait eu 90 ans le 5 mars dernier. Pur autodidacte, il a dessiné dès sa jeunesse, partageant ce goût du dessin avec son frère Jacques. Il peint ce qu’il voit, copie les grands peintres.
Une première révélation a lieu en 1946 : la vue du « Cheval blanc » de Gauguin est le choc déclencheur (d4). Pour François Dilasser « c’est ça la peinture » : liberté par rapport au réel, loin des simples reproductions de paysages. Il empruntera aussi à Gauguin le cerne autour des formes.
Il écrit ensuite une lettre à Matisse qui l’encourage à suivre son chemin.
La décennie 46-56 est très occupée par les nécessités de l’existence : mariage, naissance des enfants, veuvage à 30 ans. La peinture passe au second plan.
1956 est une année décisive : date de la première peinture vraiment affirmée (d5). Peinture sans titre, très structurée, faisant écho à l’arrière-plan biographique très sombre.
Autour de 1960 François peint en amateur, lit et observe beaucoup. Visite d’expositions, en particulier Paul Klee.
En 1958 il achète l’ouvrage de Max-Pol Fouchet sur le peintre Bissière. Nouvelle « révélation ». La vie de Bissière, qui a atteint très tard la notoriété, est une leçon de courage : Il n’est jamais trop tard.
Le 5 mars 1966 la décision est prise, il a 40 ans, il sera peintre avant tout.
Le quadrillage, déjà très présent (« paysagisme abstrait ») sera une marque de son œuvre (d8 ou 9).
Il met en place sa grammaire de la couleur et des formes .
1973 : un tout petit tableau (d 11) marque le début d’une œuvre qui n’allait ressembler à aucune autre. Surface presque monochrome, marges très marquées. Œuvre d’un peintre très sensitif, intériorisé.
Parenthèse sur les dessins (d 12 et 15) : mains, oiseaux…Le tracé irrégulier n’est pas celui d’une main tremblante, mais une vibration consciente et voulue.
1978 : Les Gisants (d 21): va-et-vient entre les figures anthropomorphes, l’architecture et le paysage.
A partir de 1970 François Dilasser est l’hôte de plusieurs expositions et galeries. Les formats des œuvres commencent à s’agrandir.
1980 : Des assemblages mettent en œuvre le quadrillage cher au peintre (d 24,28,29).

Les ensembles, ou séries

1987 : Le peintre a en tête La Chute d’Icare, de Brueghel, peinture où Icare est presque sans importance dans un paysage indifférent. Il s’approprie le thème dans une série de dessins sur la chute (d 30, 32,34), où le dessin et la peinture entrent en harmonie.
1990 : Série appelée « Les Jardins ». Le titre est juste un repère, et ne doit pas influencer ni limiter le regard. La forme évoque un jardin clos. Reflet de l’amour de François Dilasser pour les jardins (d 38).
Eté 1991 : L’artiste est inquiet, comme si son œuvre avait atteint un butoir. C’est alors qu’apparaissent brusquement des formes noires opposées au blanc, réduction de la gamme chromatique. Les formes sont proches de silhouettes déjà vues : châteaux ? ou clin d’œil au mur de défense lors d’un coup franc au foot… (d 40). Un rapprochement avec la sculpture : la moitié du tableau, en blanc, est un « socle ». Ce sont Les Veilleurs.

Le tableau « Les Régentes » de Franz Hals (d 43) peint en 1664 est à l’origine d’un tournant dans l’œuvre de François Dilasser. Il inspire une série très sombre. Le noir se concentre sur les personnages. Les têtes tirent de plus en plus vers la mort. Les mains sont des dessins devenus autonomes dans le cadre de la table (d 44).

L’ensemble « Les Mains » procède directement des régentes. Véritables autoportraits de François Dilasser, elles sont comme une « sortie par le haut » après les Régentes : éclatement de la couleur et de la vie ; alliance du dessin et de la couleur ; audace dans les juxtapositions (d 51).

Les Têtes évoquent des souvenirs de grotesques (d 53). Une tête couchée devient paysage (d 54).
Inspirés par le Bateau-phare du port-musée de Douarnenez, les « bateaux feux ». Certains sont vraiment des marines (d 58).

1997 : nouvelle série de têtes : les têtes deviennent frontales, dégagent plus de gravité. La surface est structurée. Le trou central ouvre sur le paysage, ou évoque un sarcophage : sentiment de la fragilité de la vie (d 60).
Ce sentiment a de tous temps été traité par les peintres, souvent sur le mode tragique, mais ce peut être aussi sur un ton drôlatique. Ici comme ailleurs les peintures sont des objets constitués par les créateurs qui nous révèlent leur façon d’être au monde.
Les Planètes : un des moments jubilatoires de son travail. Spirales aériennes, cosmiques, légères. Les planètes à plumets font penser aux oiseaux.

Les Baigneurs et les Baigneuses : Dilasser rejoint Cézanne par le dessin (d 68 et 71). Bonheur de s’approprier le thème, qu’il accueille dans son univers personnel (d 73).

Les dernières années : ensemble intitulé Nuages en bleu et noir, révélateurs d’une sorte d’inquiétude existentielle.

Des autoportraits dessinés ( d 79)présentent la vérité de l’artiste, dont l’œuvre d’un bout à l’autre est un voyage incessant des formes, des thèmes, des couleurs, dans un esprit de totale liberté.