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L’agriculture bretonne : de la modernisation aux crises

Anne Bras, chargée d’études au Cerfrance Finistère

I -Après-guerre, l’agriculture se modernise
En 1945 l’Europe en ruine dépend de l’importation pour son alimentation.
La PAC entre en vigueur le 14 janvier 1962. Ses buts :
Atteindre l’autosuffisance alimentaire, permettre à la population de se nourrir à bas prix et aux agriculteurs d’atteindre un niveau de vie comparable à celui du reste de la population. Indirectement, libérer de la main d’œuvre pour les autres secteurs d’activité.
Une politique protectrice à l’égard des agriculteurs permet à ceux-ci d’augmenter leurs revenus de 4,6% par an pendant 12 ans. Dans les années 70 l’Europe devient autosuffisante.
Profitant du bas coût du pétrole, appuyée par les lois de 1960 et 1962 sur les structures agricoles, la modernisation fait progressivement passer de la ferme de 1950 (polyculture et polyélevage, vente de produits transformés, directement ou avec peu d’intermédiaires) à la ferme de 2016 (spécialisée, productrice de produits bruts vendus à de grandes entreprises, privées ou coopératives). L’agriculture autarcique fait place aux filières agroalimentaires le nombre d’agriculteurs se réduit et la société française, traditionnellement paysanne, devient société de services.
Après une période de réussite la PAC est amenée à évoluer :
Années 1980 : face aux excès de production, introduction des quotas laitiers
Au début des années 90, la PAC prend un virage suite à l’adhésion de l’Union européenne à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). L’OMC impose de libéraliser les marchés en supprimant les outils de régulation qui avaient été mis en place pour faire correspondre offre et demande en produits agricoles. La PAC historique, qui gérait les marchés, est « détricotée ». Dans le secteur laitier, la suppression des quotas en 2015, constitue l’aboutissement du processus de dérégulation. Simultanément, la PAC exige des agriculteurs qu’ils modifient leurs modes de production pour protéger l’environnement, car les exigences de la population croissent. On ne se contente plus de l’autosuffisance alimentaire à bas prix. On exige une nourriture bonne, saine, et morale (respectant l’environnement et le bien-être animal).

II - Quelles causes aux crises actuelles ?

1 - Un déséquilibre offre/demande dans un contexte de suppression de toute régulation des marchés agricoles.
Dans le domaine agricole l’équilibre offre/demande est très difficile à maintenir : prévisions difficiles à cause des cycles longs de production et du caractère aléatoire des résultats ; difficultés de stockage, conservation, transport ; demande peu élastique. L’économiste anglais King (1648 – 1712) avait compris que les marchés agricoles sont intrinsèquement porteurs d’une grande fluctuation des prix. Une légère augmentation de l’offre ou de la demande entraîne une forte diminution ou augmentation des prix.
Or l’agriculture est un secteur stratégique, responsable de l’autonomie alimentaire, ainsi que de l’occupation et de l’entretien du territoire. L’intervention sur les marchés agricoles, telle que la pratiquait la PAC de 1962, est donc indispensable. En dérégulant le marché l’OMC rend inévitable la fluctuation des prix agricoles.
On est dans un contexte de demande incertaine (transition économique en Chine, chute du cours des matières premières, base de l’économie des pays émergents). L’adaptation par la seule loi du marché conduit à un cercle vicieux : reprise de production →surproduction →chute des prix →cessation, restructuration →sous-production →hausse des prix →reprise de production.
L’agriculteur est aujourd’hui le maillon faible des filières. Quand le produit est rare, c’est le producteur qui est en situation de force. C’était le cas après la guerre. Quand le produit est abondant le pouvoir est à celui qui est le plus près du consommateur : la grande distribution, concentrée en 4 centrales d’achat, face à la dispersion de 450 000 producteurs passant par 16 000 entreprises intermédiaires.

2 – Une concurrence intra-européenne exacerbée.

La concurrence intra-européenne est au moins aussi forte que celle avec des pays tiers. L’Europe du Nord et l’Europe du Sud n’ont pas la même conception de l’agriculture. Au nord  c’est un secteur d’activité comme un autre, dans des pays à forte densité démographique, où la protection de l’environnement est limitée à quelques  « réserves », et où la consommation de produits standardisés ne pose pas de problèmes. En France l’agriculture est traditionnellement « sanctuarisée », la faible densité démographique des régions rend l’agriculteur seul responsable de la gestion du territoire et de l’environnement, lui imposant la pratique de l’éco- agriculture. D’autre part le Français est attaché à ses produits de terroir et à ses traditions culinaires, et ses exigences alimentaires le distinguent des autres européens : préoccupé par le changement climatique et l’environnement, il se tourne vers l’écologique et le bio, craint les molécules chimiques, les OGM, les antibiotiques. Dans la période de crise actuelle il mange moins de calories mais achète plus cher. Il recherche des produits au bon goût.

III – Comment sortir des crises ?

En mettant fin aux erreurs qui les ont provoquées dans les différentes filières agricoles. Pour cela :
Exiger que l’Union Européenne remette en place des mécanismes d’ajustement de l’offre avec la demande.
Renforcer l’organisation des producteurs pour retrouver un rapport de force plus favorable au 1er maillon.
Reconquérir notre marché intérieur en créant de la différence entre nos produits et ceux de nos voisins, dans toutes les gammes, des plus basiques aux plus sophistiquées.
Le tout en étant à l’écoute des aspirations des consommateurs.