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Les juifs dans le Finistère
Marie-Noëlle Postic

Ayant été intriguée  à Plounéour-Menez par une plaque commémorative, puis émue par une photo de la famille Perper et par le mur des noms de la Shoah inauguré à Paris en 2005, Madame Postic a entrepris sur cette famille des recherches approfondies dont elle nous livre le résultat.
Ihil Perper (né en 1908) et sa femme Sonia (née en 1912) sont originaires de Bessarabie, contrée conquise par la Russie en 1912 puis annexée à la Roumanie en 1918. Ils sont roumains nés russes. Il est médecin, elle est pharmacienne. Pour leurs études ils ont bénéficié d’un décret de Napoléon III jamais abrogé, autorisant les étudiants roumains à étudier et passer leur thèse en France. Alors que durant l’entre-deux-guerres les Juifs subissaient toutes sortes de vexations en Roumanie, Ihil et Sonia Perper viennent  étudier à Nancy dans cette France où ils pensent trouver un climat de tolérance. Leur première fille, Roza, naît en Roumanie.
Les études finies leur installation se heurte à l’antisémitisme de la profession médicale (insultes, calomnies, rumeurs). Ils finissent par s’installer à Brasparts qui n’a pas de médecin. Sonia assiste son mari. L’implantation est d’ailleurs plus facile dans un village isolé qu’en milieu urbain. La deuxième fille, Odette, naît à Brest en 1937. Bien que non bretonnants, handicap à cette époque en Bretagne pour un médecin, ils s’intègrent progressivement à la vie de la bourgade.

 Tout change à partir de 1940 : armistice, début de la collaboration entre Hitler et le gouvernement français.

 Loi du 16 août 1940 : obligation de la nationalité française pour l’exercice des professions de médecin, chirurgien-dentiste et pharmacien. Or la naturalisation a été refusée à Ihil Perper en 1938.

 Loi du 19 octobre 1940 portant statut des Juifs, suivie d’un grand nombre de lois, décrets et arrêtés jusqu’en septembre 1942.

La persécution dont les Juifs sont désormais victimes s’organise en quatre temps :
- définition par les liens de parenté,  
- identification : obligation de déclarer sa qualité de Juif, contrainte à laquelle se soumettront 90 % d’entre eux. Dans le Finistère 150 Juifs se feront recenser en octobre 1940, 46 d’entre eux seront déportés, et 2 rescapés. Port obligatoire de l’étoile jaune en 1942.
- exclusion : interdiction d’exercer leurs métiers, confiscation de leurs outils de travail, exclusion de la vie sociale : squares, musées, bibliothèques, bains-douches, piscines, téléphones publics. Un seul wagon pour eux dans le métro, une heure pour faire leurs courses…
- enfin la « solution finale », extermination.

Ihil Perper et sa famille doivent quitter Brasparts. Début d’une période d’errance, au gré des remplacements qu’on lui autorise : Briec, Pleyben, Plounéour Menez. Ses qualités humaines forcent le respect, et les témoignages des anciens font état de bonnes relations entre la famille Perper et les habitants de la commune. Le troisième enfant, Paul, naît en 1942.
Ils se croyaient en sécurité dans ce petit village, assez pour que Ihil refuse de se cacher comme le lui conseillait le jeune Jean Kerdoncuff, fils de gendarme, après la rafle du Vel’ d’hiv.
Ils sont arrêtés le 9 octobre 1942. Le même Jean Kerdoncuff, arrêté par un barrage, n’est pas arrivé à temps pour leur permettre de fuir.

 Les arrestations  de Juifs en province font suite à la rafle parisienne du Vel’ d’hiv, par laquelle les autorités françaises devaient remettre aux autorités allemandes les 27 395 Juifs recensés à Paris.
Ce nombre n’ayant pas été atteint on procéda à une rafle complémentaire sur l’ensemble du territoire.

 Les Perpère sont conduits à Drancy où ils resteront cinq mois. Ihil est sans doute gardé en tant que médecin. Le camp de Drancy est établi dans un complexe immobilier en construction. Où règne la promiscuité, dans des conditions sanitaires déplorables. Les convois se succèdent continuellement. Soixante - sept quitteront Drancy. Les services sont dirigés par des responsables sous contrôle de l’administration française.
Mais le contrôle des effectifs est confié à l’UGIF (Union Générale des Israélites de France), organisme créé par le gouvernement de Vichy, et qui doit collaborer avec l’administration du camp. A l’UGIF revient donc la tâche pénible de désigner les partants.

Les conditions déplorables d’hygiène faisaient craindre des épidémies. Les cas graves de maladie, en particulier chez les enfants, étaient transférés à l’hôpital puis dans des foyers  gérés par des Juifs: fenêtre ouverte sur une évasion éventuelle. Ce fut l’occasion, pour un personnel de santé courageux, de faire sortir des enfants, en aggravant au besoin le diagnostic. C’est ainsi que la jeune Odette Perpère (5 ans) fut envoyée à l’hôpital Claude Bernard. Malgré les nombreuses démarches entreprises par son père et quelques personnalités, elle dut rejoindre sa famille à Drancy le 24 mars 1945. Le 25 mars elle et ses parents furent déportés à Sobibor, camp d’extermination, où les arrivants passaient pour la plupart directement du train aux chambres à gaz.

Les recherches de madame Postic sur la famille Perpère sont développées dans son ouvrage Sur les traces d’une famille juive en Bretagne, éditions Coop Breiz.

Ayant étendu son étude aux autres Juifs finistériens victimes de la Shoah, elle leur a consacré un second ouvrage, Des Juifs du Finistère sous l’occupation, aux mêmes éditions, le but étant de mettre des visages et des destins concrets derrière une liste abstraite de noms.