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L'histoire des murs et les murs dans l'histoire
Pierre Berlivet

Le mot « mur » peut être mis à toutes les sauces : pour évoquer un phénomène physique (le mur du son), une séparation immatérielle (mur du silence, de l’indifférence) ou matérielle (les nombreux murs de séparation), le souvenir d’un évènement douloureux (mur des fédérés, mur des lamentations). On le trouve dans des expressions imagées (faire le mur, être au pied du mur).
Les murs de séparation ont été construits soit pour empêcher d’entrer : l’ennemi ou l’étranger, les animaux, les épidémies, les idées ; soit  pour empêcher de sortir (mur de Berlin) ; soit pour taxer au passage, aux portes avec octroi. Cette notion remonte à la nuit des temps, les noms sont variés l’idée est la même : protéger « mon »territoire contre l’autre ignoré ou craint.

Un peu d’Histoire

La grande muraille de Chine :
Première période de construction du 8è au 3è siècle avant JC, période où le territoire était divisé en un grand nombre d’états indépendants qui se protégeaient les uns des autres par des murs.
Une deuxième période commence lorsque l’un de ces états, Qin, englobe peu à peu les autres, rendant inutiles les murs de séparation. L’empereur Meng Tian agrandit son territoire et entreprend la construction contre les tribus du nord, d’un long mur de 10 000 « li » de Lintao à Laodong. Le nombre 10 000 est sans doute symbolique, expression du très grand nombre. Outre sa destination militaire, la muraille joue un rôle économique en protégeant la route de la soie sur une grande partie de son trajet.
Tantôt abandonnée tantôt reprise, la construction de la muraille se poursuit sous les dynasties successives, jusqu’à la dynastie Ming (1368-1644), où elle reçoit sa forme actuelle.  Elle mérite sa réputation de « plus grand cimetière du monde », étant donné le nombre incalculable de travailleurs qui y laissèrent leur vie.

Le limes romain :

A son apogée l’empire romain englobe tout le pourtour de la Méditerranée et une grande partie de l’Europe et du Proche-Orient actuels. Après les conquêtes de l’empereur Trajan son successeur Hadrien arrête l’expansion mais veut rendre inviolable l’ensemble de son territoire, en l’entourant d’un mur, le limes, là où les frontières naturelles n’assurent aucune protection. Exemples : entre Rhin et Danube le limes germanique (500 km) ;  entre l’Angleterre et la Calédonie (ancien nom de l’Ecosse) le mur d’Hadrien ; à travers le Maghreb le limes africain ;

les murailles de Constantinople.

L’une construite par Constantin, l’autre par Théodose ont résisté longtemps grâce aussi au feu grégeois. La ville était ainsi complètement entourée de hauts remparts et une chaîne interdisait  l’arrivée de navires dans la corne d’or. Contrairement à d’autres murailles, les tours ne faisaient pas partie des murs, mais étaient situées à côté.

Le mur de la peste :

Edifié entre Marseille et le Comtat Venaissin pour protéger le reste du pays de la grande peste de Marseille (1720-1722). Mur de pierres sèches (27 km) avec des postes de garde, et l’interdiction de passer sans un laissez-passer nominatif.

La ligne Maginot et sa devise : « On ne passe pas ».

Après la guerre de 1914-1918 le ministre de la guerre Maginot veut fortifier toutes les frontières. Considérant comme moins dangereuses les frontières suisse (pays neutre) et belge (accord de neutralité), il fait commencer la construction en 1929 par la frontière italienne, le danger principal du moment étant le dictateur  Mussoilini, et le Rhin servant de frontière naturelle avec l’Allemagne. En 1930 lorsque l’ascension d’Hitler devient inquiétante, on protège aussi la frontière allemande.
Longueur totale : 700 km. Projet voté pour 3milliards et demi de francs, coût réel plus de 5 milliards.

Le mur de l’Atlantique :

Tout l’Occident conquis par le Troisième Reich, mis à part la Suisse, le Portugal et la Suède, l’Angleterre reste en guerre et on peut craindre l’intervention de l’Amérique. Il faut protéger d’un éventuel débarquement toute la côte, de la Norvège au sud de la France. Nommé par Hitler en décembre 1943 inspecteur général des côtes, Rommel constate l’existence de forteresses insuffisamment reliées entre elles. Il entreprend d’y remédier : tourelles de tir abritées en béton le long des plages  et quelquefois plus à l'intérieur ; nombreux blockhaus, nécessitant des quantités pharaoniques de béton armé. Des champs de mines et des obstacles anti-chars sont posés sur les plages elles-mêmes et des obstacles sous-marins ainsi que des mines posées juste à la limite de marée. On peut encore voir des vestiges de ces constructions, et le reste d’un concasseur de galets à Tréguennec.

Le mur de Berlin (1961-1962) :

Après la deuxième guerre mondiale l’Allemagne fut séparée en deux : à l’ouest la République Fédérale Allemande, à l’est la République Démocratique Allemande, cette dernière sous l’influence directe de l’URSS. Les conditions de vie poussaient de nombreux habitants de RDA à partir vers la RFA beaucoup plus prospère. Pour arrêter ce flux un mur fut construit à partir d’août 1961, d’abord à travers Berlin, puis sur une longueur de 100 km pour éviter les contournements. Au début on comptait plusieurs postes de passage, pour finir il n’en resta plus qu’un le fameux « check-point Charlie ». Une révolte en 1989 et le refus de Gorbatchev de verser le sang permirent la chute du « mur de la honte ».

 Architecture et fonctionnement

Muraille de Chine : l’architecture suit le relief du paysage. La muraille est jalonnée de tours  que le chemin traverse. Elle protège de ce qui vient de l’extérieur, mais il n’y a pas de défense à l’intérieur, ce qui la rend vulnérable en cas de contournement.

Limes romain (mur d’Hadrien) : mur à créneaux d’un côté, rien de l’autre. Quelques défenses à l’arrière, ainsi que des camps fortifiés. Parmi les soldats de garde on compte des « barbares » (nom donné par les Romains à tous ceux qui ne sont pas citoyens romains).

Murailles de Constantinople : grâce à une série d’obstacles architecturaux ces murailles n’ont cédé que deux fois.

Ligne Maginot : Suite de forts reliés par des souterrains et donc vulnérables si l’un d’entre eux est pris par l’ennemi. Ces forts constituent un modèle de technologies de pointe : systèmes mécaniques ingénieux ; béton armé ; techniques de communication ; par endroits véritables « immeubles à l’envers, jusqu’à 7 étages sous terre, tandis qu’à l’extérieur on ne voit que de petits tumulus ; coupelles de tir automatique.

Mur de l’Atlantique : batteries côtières entre les forteresses ; sur les plages défenses rudimentaires invisibles à mi-marée pour arrêter un débarquement éventuel ; radars fixes ; certains blockhaus sont déguisés en maisons.

Mur de Berlin : sa complexité et sa largeur, ainsi qu’une surveillance constante, l’ont rendu pratiquement infranchissable. Parmi ceux qui ont essayé, nombreux morts et nombreux prisonniers.

Utilité et durée de vie :

Ce qui peut faire tomber ou disparaître un mur :

- une action militaire (percement ou contournement),

- son inutilité (évolution de l’art militaire),

- la suppression de sa raison d’être (alliance, traité, révolution)

Souvent la défense se révèle inefficace. En Chine la grande muraille n’a pas empêché les Mandchous d’envahir la Chine au 16è siècle et d’y établir deux dynasties successives. On compte beaucoup d’invasions à travers le limes romain, en particulier l’invasion des Huns au 4èsiècle à travers toute l’Europe et l’Afrique.

La muraille de Constantinople a cédé seulement deux fois : lors du saccage de la ville par les Croisés pendant la quatrième croisade, et en 1453, quand les Turcs sont entrés dans la ville par un contournement habile.

La ligne Maginot n’a servi à rien : après avoir envahi la Belgique les Allemands sont passés par la trouée de Sedan.

Le mur de l’Atlantique : Le débarquement a surpris les Allemands. Les divisions blindées postées à l’arrière étaient sous les ordres directs d’Hitler. Celui-ci a tardé à donner l’ordre d’attaquer. Quand il l’a fait il était trop tard.

 Et maintenant on compte par le monde plus de 25 000 km de murs, qui illustrent tragiquement la phrase d’Albert Einstein : « les gens se sentent seuls parce qu’ils construisent des murs plutôt que des ponts.