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La prostitution à Brest au XIXè siècle
Jacques Arnol, conférencier

Interdite sous l’Ancien Régime, libérée de toute entrave en 1791, la prostitution est soumise à réglementation par Napoléon durant le consulat (1802): obligation d'inscription sur des registres et de visites médicales mensuelles pour les personnes prostituées. La prostitution est considérée comme un mal nécessaire, « aussi inévitable que des égouts ».
Dans son ouvrage De la prostitution dans la ville de Paris, paru en 1836, le docteur Parent Duchâtelet étudie le phénomène de la prostitution, ses conséquences, les circonstances qui y mènent (misère, chômage, vie de débauche…). Ce monde est décrit par Honoré de Balzac dans le roman Splendeur et misère des courtisanes.
Trois attitudes sont possibles face à la prostitution : règlementarisme, prohibition, libéralité.
Or les dirigeants ont toujours esquivé le problème. Ni loi pour interdire, ni loi pour permettre. Au XIXe siècle on a affaire à un milieu clos et caché, sous le regard d’une administration strictement hiérarchisée. Les prostituées sont enfermées dans un système carcéral, qui les mène de la « maison close » à l’hôpital, à la prison ou au refuge.
Les tenancières de maisons de tolérance sont soumises à des règles contraignantes, sous la domination de la police des mœurs. En prison les prostituées sont plus mal traitées que les autres prisonnières, soumises à un travail pénible.

Prostitution à Brest

La prostitution est plus développée à Brest que dans d’autres villes : cela s’explique par la présence d’une forte garnison (25 000 militaires en 1851), et le grand nombre d’ouvriers de l’arsenal, souvent seuls ou éloignés de leur famille.

Trois catégories de prostituées :

Les soumises : Elles sont officiellement tolérées, inscrites soit en carte individuelle, soit en maison de tolérance, sous la surveillance d’un commissaire. La visite médicale mensuelle est obligatoire. Lieux de rencontre principaux : cabarets, bals, théâtres.
Vie pénible pour ces femmes : constamment surveillées, méprisées et humiliées, tant à l’hospice qu’au château (la prison d’alors), comme en témoigne le vocabulaire des registres d’écrou. Les maisons de tolérance à Brest : Principaux quartiers : Recouvrance, Keravel, quartier des sept saints.
Pour les autorités civiles ces maisons sont indispensables et maintiennent l’ordre en satisfaisant les pulsions masculines. D’autre part la taxe qu’elles devaient verser a été source d’enrichissement pour la ville.
A la fin du XIXe siècle apparaissent des « maisons garnies », ouvertes aux prostituées avec leurs clients. Les tenancières de maisons de tolérance ont protesté contre cette concurrence des « maisons de passe », sans réaction de la municipalité.

Les filles libres en carte

Elles reçoivent chez elles ou à l’hôtel. Elles sont normalement soumises à une règlementation sévère : racolage interdit, places obligatoires au théâtre, pas d’entrées dans les cabarets, pas de déambulations après le coucher du soleil, pas de visites les dimanches et jours de fêtes, déplacements contrôlés. Ces règles étaient sans doute peu appliquées. La radiation volontaire est soumise à des règles sévères : certificat de santé, bonne conduite, travail dans une place fixe, ou mariage, ou admission dans un refuge.
Ces filles sont pour la plupart d’origine locale, et considérées comme des prostituées de première classe. Certaines sont pratiquement privilégiées et bravent l’autorité.

Les clandestines

Filles insoumises, beaucoup plus nombreuses que les soumises. Elles échappent à la juridiction de la police, sont protégées par un père, une mère, un patron. Plusieurs types différents parmi elles :
Les « femmes galantes » qui vont au domicile de leurs amants, et dont certaines sont bien connues ainsi que les hommes qui les entretenaient.

Les « grisettes », petites entretenues souvent jeunes, se prostituant souvent avec des officiers de marine. La rémunération peut atteindre 10 fois le salaire d’une travailleuse.

Les vagabondes ou « pierreuses » se prostituent dans des maisons abandonnées, sur les remparts, les bistrots devenant lieux de rendez-vous. On peut voir dans des champs de genêts des pancartes portant les noms de celles qui s’y « offrent ». Des bals sont connus comme « lieux de débauche ».
Brest a été la championne des villes françaises pour la prostitution.

Le proxénétisme

Exercé principalement par des femmes. Un homme peut être derrière, mais pas officiellement. Certaines d’entre elles avaient de véritables réseaux nationaux, voire internationaux.

Maladies vénériennes

Véritable fléau, sévissant encore plus dans un port comme Brest, ouvert à toutes les maladies. La syphilis (la « grande maladie ») est redoutée des autorités. On la soigne d’abord dans un quartier spécialisé de l’hospice de Brest (salle sainte Pélagie, du nom de l’hospice des prostituées à Paris), puis dans un dispensaire spécialisé. On compte un grand nombre de malades parmi les militaires et les ouvriers du port. Des prostituées mal guéries sont hospitalisées à plusieurs reprises.

Refuges

Un refuge existait déjà sous l’Ancien Régime : refuge de la Madeleine au bas de la rue Saint Malo. Détruit en 1782.
Un nouveau refuge est construit à Brest en 1827. Il est géré d’abord par des bénévoles, puis par des religieuses. Partiellement financé par une loterie annuelle.
La vie y est sévère : piété, travail, repentir. Quelques formations d’infirmières ou de sages-femmes y sont offertes.

En conclusion :

On parle beaucoup de la prostitution mais on agit peu. Une loi votée en 2013 ne sera peut-être jamais appliquée. Les prostituées ne sont pas des coupables mais des victimes.