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Qu'est-ce que le nazisme ?
Fabrice Bouthillon, professeur à l'U.B.O

Le nazisme comme réponse à la question posée par la Révolution française.

Toute révolution déchire un contrat social, le but étant d’étant de lui substituer un autre, plus juste et plus rationnel. La société de l’Ancien Régime peut se représenter par un ensemble d’individus reliés entre eux dans une hiérarchie, avec à leur tête, en guise de clef de voûte, un monarque. La révolution de 1789 aboutit au schéma inverse : des individus libres, indépendants, tous égaux. Mouvement impossible à réaliser : toute révolution suscite une contre-révolution, menée contre la gauche par une droite contre-révolutionnaire. En 1789 la gauche a déchiré le contrat de l’Ancien Régime au nom de valeurs universelles : justice, raison, égalité. La droite refuse le changement au nom de valeurs locales héritées du passé. L’évolution peut se faire vers l’universalisme à gauche, le nationalisme à droite. L’ancienne société se coupe en deux, une voie est ouverte à une tentative de centrisme.

Depuis 1789 l’Histoire compte une multitude de centrismes, qu’on peut partager en deux modèles, tous deux inventés en France :

- Le centrisme par exclusion : ni extrême gauche, ni extrême droite. Mouvement déjà présent sous Robespierre, décapité par refus de l’extrême gauche après la décapitation de Louis XIV par refus de l’extrême droite. Ce sera ensuite le cas de l’orléanisme.
- Le centrisme par addition des extrêmes, tentative de réconcilier la gauche et la droite. C’est le cas du bonapartisme, de droite par sa dimension monarchiste, mais s’appuyant sur la base par un plébiscite.

Ce centrisme par addition est celui des totalitarismes du XXe siècle : fascisme, stalinisme, nazisme.

Fascisme : en 1914 Mussolini est leader de l’extrême gauche, et pousse à la guerre par nationalisme (valeur de droite).
Stalinisme : après la révolution de 1917 Staline se réclame du socialisme, mais dans un seul pays, valeur locale de Droite.
Nazisme : le nom même du mouvement : nationalsozialismus, représente une fusion des deux tendances extrêmes.

La révolution française a ouvert l’espace politique qui a rendu possible les totalitarismes.

Après Paris, Berlin

Au XIXe siècle le contrat social se déchire dans toute l’Europe.

Après la période où la source de l’autorité était l’empire romain, l’Europe est devenue « la Cité de Dieu » évoquée par saint Augustin*. L’autorité provenait désormais de l’Eglise de Rome, devenue la clef du pouvoir (en France par le sacre des rois). Aux derniers temps de l’Ancien Régime un mouvement émancipateur (Réforme, Lumières) a peu à peu ébranlé l’augustinisme, et abouti à la révolution française, puis aux révolutions dans tous les pays d’Europe, qui connaîtront les mêmes problèmes post- révolutionnaires qu’en France.

En Allemagne : le contrat social reposait sur le Saint Empire Romain Germanique, ensemble d’Etats princiers relativement autonomes, admettant la pluralité religieuse entre Etats. A la tête, un empereur élu.

En 1806 le Saint Empire s’écroule. Fin du cadre et du contrat, et impossibilité de refonder la société.

C’est le début de la question de l’unité allemande. Il s’agit d’opter entre les pôles géographiques :

Vienne se situe à droite à cause du souvenir du Saint Empire ; Francfort défend une politique de gauche, la pluralité ; c’est un centrisme par exclusion qui l’emporte, avec Berlin et la tradition du despotisme éclairé.

Pendant tout le XIXe siècle l’Allemagne hésite entre les différents types de centrisme.

-1814-1815 : le Congrès de Vienne instaure la Confédération Germanique, présidée par l’Empereur d’Autriche, chaque Etat ayant son parlement (centrisme « ni…ni »).

- La révolution de 1848 : tentative de réunir tous les Etats dans une grande Allemagne et en même temps mouvement de gauche (centrisme par addition).

- Retour au centrisme par exclusion avec l’empire bismarckien (1856-1914) : exclusion de l’extrême gauche, mais assemblée élue au suffrage universel et limitation du nationalisme (refus d’annexion de l’Autriche): exclusion de l’extrême droite.

De 1789 à 1914

La révolution de 1789 avait provoqué un déchirement gauche-droite. 1914 voit la réconciliation dans l’union sacrée, phénomène commun à tous les pays d’Europe, au nom de la défense nationale. En France la victoire a fermé la porte aux totalitarismes en renforçant la légitimité de la république.
Dans les autres pays la défaite ruine les effets de la réconciliation. Les centrismes par addition des extrêmes ont la porte ouverte.
En Allemagne, échec de la république de Weimar, et passage au nazisme.

L’offre hitlérienne est la fusion des deux thèmes contenus dans le titre du parti  :

Dans le discours:

- Part de droite : nationalisme déchaîné, pangermanisme, annexion de l’Autriche, haine de l’étranger, focalisée sur les Juifs, les étrangers de l’intérieur.
- Part de gauche : anticapitalisme spécialement dirigé contre les Juifs et leur symbole , le banquier Rothschild.

La notion de « Herrenvolk, race des seigneurs » réunit en allemand le terme Herr (seigneur, terme monarchique) et le terme Volk (peuple, concept démocratique) .

Dans l’action, Hitler met au service de la dictature  les instruments classiques de la gauche, qu’il a connus en tant qu’ouvrier à Vienne: agitation, propagande, meetings, parodie de débats démocratiques. Il appuie son despotisme sur le referendum.

Sa personne : homme de droite en tant que dictateur et raciste, mais aussi homme de la rue et du peuple, contrairement à la république de Weimar dirigée par des aristocrates.

* Référence à l’ouvrage de Hannah Arendt : Qu’est-ce que l’autorité ?