Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Vestiges de l’Antiquité, arts premiers, spoliations nazies.

A qui appartiennent de droit ces chefs-d’œuvre ?

Sophie Kervran

De tout temps les conquérants ont confisqué des biens précieux aux vaincus. Témoins : le quadrige emporté par les Vénitiens lors du sac de Constantinople, ou les œuvres exposées au Louvre, butin des campagnes napoléoniennes.
L’objectif de cette conférence est de mettre en exergue quelques cas symptomatiques permettant d’évoquer la complexité de l’histoire des spoliations.

  1. La revendication des antiquités

La frise de marbre du Panthéon : en 1801 la Grèce est aux mains des Ottomans. L’ambassadeur britannique Lord Elgin obtient du grand Vizir l’autorisation d’emporter une partie de la frise, au moyen d’un texte dicté à la chancellerie par son chapelain le révérend Hunt. Déjà l’affaire n’est pas nette et suscite des oppositions. Exposés au British Museum depuis 1816, ces marbres font l’objet de réclamations depuis l’indépendance de la Grèce (1830). L’affaire est portée dans les médias en 1983 par Mélina Merkouri. Nouvelles réclamations lors de la construction d’un musée sur l’Acropole : l’Allemagne, l’Italie, le Vatican, restituent les éléments de la frise en leur possession.
La Grande Bretagne maintient son refus. Actuellement la Grèce est victime de la crise et l’affaire est en sommeil.
Arguments en faveur du statu quo : la législation réglementant la sortie d’œuvres d’art d’un territoire est postérieure à l’autorisation du pacha. D’autre part ces sculptures, patrimoine culturel de l’humanité, ont leur place dans un musée de portée universelle comme le British Museum.
Réponse de la Grèce : le musée de l’Acropole est logiquement le meilleur endroit pour la conservation et la transmission d’un monument de l’antiquité grecque.

La pierre de Rosette :
Stèle dont les inscriptions ont permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens, découverte en 1799 par un officier français puis récupérée par l’armée britannique mais déchiffrée par le Français Champollion, exposée au British Museum depuis 1802.
Depuis son indépendance l’Egypte en demande la restitution, en tant que symbole de son identité nationale, en particulier par la voix de Zahi Hawass, à la tête du Conseil supérieur des antiquités entre 2002 et 2010, en charge de la protection du patrimoine égyptien : « (La pierre de Rosette) fait partie seulement de la culture égyptienne. Nous vous l’avons offerte comme un don de courte durée, nous devons récupérer notre don ».
Le personnage, controversé par les archéologues, avait compris l’intérêt économique et touristique de la stèle.
Affaire actuellement en sommeil.

Les revendications italiennes
Un travail rigoureux de recherche est entrepris sur les œuvres sorties frauduleusement d’Italie après les lois italiennes de 1939 limitant l'exportation d'œuvres italiennes à l'étranger. Cette recherche concerne des marchands d’art véreux, mais aussi des musées, comme le Metropolitan Museum of Art de New York, où le vase antique « cratère d’Euphronios » était exposé sans indication d’origine : les recherches ont prouvé que l’acquisition était illégale. Le musée l’a restitué en échange de prêts à long terme d’œuvres remarquables.

  1. Restitution des biens juifs spoliés durant la seconde guerre mondiale

Contexte historique

L’organisation de l’art fait partie du système hitlérien exposé dans Mein Kampf : valoriser l’art dit « aryen », détruire l’art dit « dégénéré », ce terme englobant tous les grands artistes de cette première moitié du XXe siècle. En même temps les nazis n’ignorent pas la valeur marchande de ces œuvres et certains s’en font des collections.
L’art « aryen » a déjà fait l’objet d’une exposition en 1937. Le but est de réunir les œuvres « aryennes » dans un grand musée à Linz. Lors de l’occupation l’opération est planifiée, confiée à Rosenberg. On établit une liste de 1800 œuvres européennes à faire entrer au musée de Linz. Le lieu de stockage est le musée du Jeu de Paume, où Rose Volland, attachée de conservation, prend note des œuvres accumulées et transmet ses notes à Jacques Jaujard, lui-même organisateur du sauvetage des chefs-d’œuvre du Louvre.
Le gouvernement de Vichy se livre lui aussi à des spoliations : spolier les Juifs, mais au profit de la France. Et le marché de l’art devient florissant sous l’occupation, servant entre autres à blanchir l’argent du marché noir.

Les alliés réagissent dès 1943 par une déclaration solennelle : « sont déclarés non valables tout transfert ou transaction se manifestant sous forme de pillage avoué ou de mise à sac tout comme les transactions d’apparence légale, même lorsqu’elles se présentent comme ayant été effectuées avec le consentement des victimes, mais en vérité, réalisées sous la contrainte. »
En 1945 les œuvres confisquées sont rassemblées en Allemagne par les Alliés. En France sur 100 000 biens spoliés 60 000 sont récupérés, 45 000 rendus entre 1945 et 1949.
Sur 15 000 restants, 2000 sont confiés à la garde de musées nationaux sous le sigle MNR (Musées Nationaux de Récupération). Le reste, considéré comme de valeur moindre, est vendu.
Les 2000 œuvres ainsi conservées gardent leur statut provisoire, et le problème du vol et de la restitution reste longtemps tabou. En 1990 le livre Le musée disparu d‘Hector Feliciano, dénonçant l’inertie des musées français, relance la recherche. 1990 : colloque au Louvre par la Direction des Musées de France ; 1997 : création d’une mission d’étude sur les spoliations. Catalogue publié en 2004. Désormais les musées ont l’obligation de mener des recherches sur les tableaux MNR présents dans leurs collections.

Deux exemples complexes :

La collection Schloss (collection de 333 tableaux de maîtres allemands et hollandais) : restitution seulement partielle aux héritiers. Cas du Portrait du Pasteur Tegularius, de Franz Hals (XVIIe), reconnu par hasard dans une exposition par un des héritiers. Le nouveau propriétaire l’avait acheté de bonne foi à un vendeur qui n’en avait pas recherché l’origine.
Affaire Gurlitt : En 2012 1500 tableaux sont trouvés chez Cornelius Gurlitt, fils du collectionneur proche des nazis Hildebrandt Gurlitt. Une commission d’experts désigne 452 œuvres comme spoliées. Affaire mal gérée ensuite par l’administration allemande : seulement trois œuvres ont été restituées 3 ans après. Exemple de la difficulté de retrouver les héritiers.

Restitutions récentes :

Edgar Degas (1834-1917) Trois Danseuses en buste. Restitution en 2016 aux héritiers de Maurice Dreyfus.
Dessin attribué au Parmesan et restitué aux héritiers de Federico Gentili di Giuseppe.
Camille Pissarro, La Cueillette des pois. Demande de restitution par les héritiers de Simon Bauer

  1. Problématique de la conservation de restes humains dans les musées

Les têtes maories

Dès le XVIIIe siècle les Occidentaux ont collectionné des têtes tatouées et momifiées. En 2009 la Nouvelle Zélande réclame une tête présente au musée de Rouen. Refus du musée, les collections des musées de France étant légalement inaliénables. Pour permettre la restitution il a fallu une loi spécifique. Toutes les têtes maories présentes en France ont été solennellement restituées à la Nouvelle Zélande en 2012.

La Vénus Hottentote

De son vrai nom Saartjie Baartman, originaire d’Afrique du Sud. Exhibée pour ses particularités physiques à l’époque des zoos où des êtres humains étaient montrés comme curiosité. Disséquée et étudiée après sa mort par le biologiste Cuvier dans le but de prouver l’infériorité de certaines races. Ses restes, d’abord conservés en France dans plusieurs musées successifs, ont été officiellement réclamés par l’Afrique du Sud après la fin de l’Apartheid. Après avoir invoqué l’intérêt scientifique et l’inaliénabilité des objets de musée, la France a finalement rendu la dépouille à l'Afrique du Sud en 2002 après le vote d’une loi spéciale de restitution.
Une restitution du British Museum à la Tasmanie a posé le problème de l’intérêt scientifique des restes humains. Il s’agissait de sacs contenant les cendres de deux chefs, destinés à protéger contre les maladies. « Cette décision était d'autant plus difficile que ce sont les deux seuls témoignages qui ont survécu de cette coutume et qu'ils étaient appelés à être détruits, puisque la communauté qui les a récupérés avait l'intention de les «rendre à la nature», pour reprendre un cycle brisé. »

Revendications des pays ayant subi le colonialisme

Actualité plus que brûlante : dans son discours du 28 novembre 2017 Emmanuel Macron exprime sa volonté que « d’ici à cinq ans, les ­conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique », négligeant ainsi l’inaliénabilité des collections de musées français

Exemple des bronzes d’Edo

Plaques magnifiques saisies par les soldats britanniques en toute légalité au début du XIXe siècle en représailles d’une embuscade qui avait coûté la vie à 250 hommes. Actuellement exposées au British Museum et dans plusieurs autres musées dont la France.
Argument en faveur du statu quo : ces plaques sont mieux conservées et mises en valeur dans des musées européens. Concernant le Bénin on peut arguer du délabrement de ses institutions culturelles.
Réponse des pays Africains : «Les Occidentaux disent qu’ils gardent les trésors de l’Afrique dans leurs musées jusqu’à ce que nous soyons capables de les recevoir. Mais qui décidera quand les Africains seront prêts ? » (l’écrivain nigérian Wolé Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986).

Exemple des manuscrits coréens :

Manuscrits précieux cédés à la France au XIXe siècle en contrepartie de dommages causés à nos missionnaires. Restitués par François Mitterrand en échange d’un contrat avec Alsthom, sans prendre en compte l’inviolabilité des collections de musées.
Une autre actualité brûlante concerne les atteintes aux biens historiques des pays en guerre : Bouddhas détruits par les Talibans en Afghanistan, ruines de Palmyre dynamitées par Daech, pillage et commerce des fragments volés.

Conclusion :

L’omerta concernant la restitution d’objets spoliés est en train de disparaître mais la complexité des problèmes impose pratiquement de les traiter au cas par cas.
Têtes maories : «  A partir de l’entrée en vigueur de la présente loi, les têtes maories conservées par des musées de France cessent de faire partie de leurs collections », 2009
2012 Restitution des têtes maories du musée du Quai Branly
La Vénus hottentotte :  A compter de la date de l’entrée en vigueur de la présente loi, les restes de la dépouille mortelle de la personne connue sous le nom de Saartjie Baartman cessent de faire partie des collections de l’établissement public du muséum national d’histoire naturelle. L’autorité administrative dispose, à compter de la même date, d’un délai de deux mois pour les remettre à la république d’Afrique du sud », loi du 21 février 2002

Restitution complexe à la Tasmanie

« Le conseil d'administration du musée(les Trustees) a décidé un cas de restitution, qui démontre la grande complexité des situations. En vertu du statut particulier des restes humains, nous avons restitué à des représentants aborigènes de Tasmanie deux talismans, deux sacs en peau de kangourou contenant les cendres de la crémation de deux chefs. Les peuples de Tasmanie ont connu une destruction affreuse. C'est le commandant d'un camp d'internement qui a collecté ces deux sacs. Par ses notes documentaires, nous connaissons bien leur usage et leur fonction : ils servent de protection à la communauté contre la maladie. Ils ont été étudiés en laboratoire. Avec des cendres, on ne peut pas réaliser d'analyse d'ADN, qui est détruite. On peut toutefois toujours se demander si, dans quelques décennies ou quelques siècles, d'autres méthodes scientifiques pourraient apparaître qui auraient encore permis une découverte. Le musée les a cependant rendus. Cette décision était d'autant plus difficile que ce sont les deux seuls témoignages qui ont survécu de cette coutume et qu'ils étaient appelés à être détruits, puisque la communauté qui les a récupérés avait l'intention de les «rendre à la nature», pour reprendre un cycle brisé. »

Réclamations des pays colonisés :

«Les Occidentaux disent qu’ils gardent les trésors de l’Afrique dans leurs musées jusqu’à ce que nous soyons capables de les recevoir. Mais qui décidera quand les Africains seront prêts ? Tout cela est très paternaliste. Les musées occidentaux exposent des objets qui ont été volés au Nigeria et ailleurs en Afrique. On ne peut trouver de justification morale à ce type d’attitude»

Déclaration de Macron 28 novembre 2017: « Le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans des collections privées et des musées européens. [Il] doit être mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou, ce sera une de mes priorités. (…) Je veux que, d’ici à cinq ans, les ­conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. »

Réponse des pays Africains : magnifiques bronzes et ses sculptures en ivoire. Ces oeuvres constituent l’un des plus grands trésors de l’humanité et figurent parmi les pièces maîtresses des musées du monde entier. La plupart des spécialistent s'accordent sur le fait que l'art bronzier de la dynastie de Bénin, découle de l'a

Conclusion

Après l'explosion du grand temple Bêl, il ne reste que la porte d'entrée et des blocs de pierre taillée en mille morceaux. Image diffusée par le site du magazine "Dabiq", outil de propagande en ligne de l'Etat islamique. DABIQ/ISIS