Université du temps libre "Kreiz Bro leon" - compte rendu de conférence

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Pays, paysans, paysages
Marc Dufumier, Ingénieur agronome, enseignant chercheur,

On entend par  paysans  des agriculteurs qui travaillent pour leur propre compte dans des exploitations familiales, même si actuellement il arrive qu’un seul membre de la famille y travaille. Exploitations le plus souvent transmissibles. Ils produisent des nourritures (cultures, bétail), et des matières premières agricoles (lin…). Ce faisant ils modifient nos paysages en créant un écosystème, environnement aménagé tenant compte des potentialités de leurs  « pays ». Ils nous procurent ainsi des services environnementaux. Exemple : la parfaite adaptation du bocage normand.

Cette longue tradition génère une expérience de valeur irremplaçable. On peut dire du paysan qu’il est le jardinier du paysage.

Les dégâts de l’agriculture industrielle
Quand l’économie a cessé d’être locale pour devenir mondiale, il s’est agi de nourrir l’humanité entière et pour cela de produire davantage aux moindres coûts monétaires, en oubliant les coûts cachés comme celui de la dépollution de l’eau, et en se disputant les parts de marché. Pour cela pas d’avenir en dehors d’une agriculture intensive.

Pour produire moins cher deux moyens à mettre en œuvre :

  1. Accroître les rendements à l’hectare

On met au point des variétés végétales à très haut rendement. Pour réduire les frais de recherche on néglige la variété des productions locales pour créer des espèces passe-partout. On veut obtenir des résultats rapides alors que les vérifications scientifiques prennent du temps et sont soumises à des aléas. Contre lesquels on utilise pesticides, engrais de synthèse, antibiotiques, hormones.
- Le débat sur les perturbateurs endocriniens a fait quelques progrès, mais même si leurs dégâts sur le long terme sont scientifiquement prouvés on ne parle que de nocivité « probable ». L’interdiction ne viendra que lorsque les dangers seront « statistiquement avérés », démarche qui peut prendre jusqu’à 60 ans.
- La fabrication des engrais de synthèse utilise des énergies fossiles coûteuses et destructrices de l’environnement.
- L’accroissement du rendement en lait par vache s’accompagne d’un risque d’accroissement du taux de lait, phénomène difficilement corrigible.
- La responsabilité de cet état de chose est à partager entre certains chercheurs et des gens avides de profit.

  1. Accroître la productivité du travail

Pour produire moins cher on a remplacé l’homme par la machine : mécanisation, motorisation, robotisation de l’agriculture, véritable fuite en avant qui finit par coûter très cher et engendre du chômage. Une petite exploitation qui disparaît ne crée pas d’emploi, étant acquise par une grande exploitation au personnel réduit.
Dans le combat pour les parts de marché la France subit une sévère concurrence de la part de productions massives comme le lait de Nouvelle Zélande ou le blé d’Ukraine.
D’où une spécialisation régionale de nos agricultures pour réaliser des économies d’échelle.
C’est la fin des petites exploitations polyvalentes, et cette disparition est à l’origine de graves dégâts environnementaux, stagnation de l'eau, ruissellement, écrasement des sols
L’exportation de nos produits bas de gamme vers les pays du Tiers-Monde court un risque fort d’érosion.
On est dans la nécessité de passer à autre chose

Mettre en œuvre de nouveaux systèmes de production agricole

- Faire un usage le plus intensif possible des ressources naturelles renouvelables : énergie solaire, carbone et azote de l’air, etc.

- Assurer la permanence de la couverture végétale: donner ainsi aux plantes plus de temps pour capter l’énergie solaire et permettre la photosynthèse créatrice d’oxygène.

- Les plantes absorbent le gaz carbonique par les orifices de la transpiration, qui se  bouchent si la plante arrête de transpirer. Eviter cet arrêt.

 Avoir le moins possible recours aux carburants d’origine fossile, aux engrais de synthèse et aux produits toxiques

- Pratiquer les associations culturales mixte ou multiple et couvertures végétales permanentes : connaître les plantes qui se rendent mutuellement service (exemple : le champignon transporteur de phosphore). Faire des plantations étagées suivant la hauteur de croissance.

- Favoriser la fixation biologique de l’azote par le biais des légumineuses.

- Maintenir et même accroître le taux d’humus, la stabilité structurale et la capacité de rétention, des sols. Pour que l’eau ne ruisselle pas la terre doit être poreuse. C’est le rôle des vers de terre, des cloportes… Il faut donc réhabiliter la micro-biologie des sols.

- Réassocier agriculture et élevage, au moins à l’échelle des micro-régions.

- Diversifier les systèmes de production agricole.

Une nouvelle Politique Agricole Commune

Actions souhaitables :

- Protection à l’égard des importations de protéagineux.

- Ne plus exporter ce pour quoi les agriculteurs ont perçu des subventions.

- Promotion d’une agriculture de qualité (labellisation, appellation d’origine géographique, produits bios, certification, etc.) pour des prix rémunérateurs.

- Subventions à la restauration collective pour une alimentation de qualité :

Les milliards de subventions européennes pourraient servir à aider l’agriculture biologique, par exemple en rendant obligatoire le tout bio dans la restauration collective (établissements scolaires, cantines d’entreprises), et en créant une plate-forme logistique pour réduire les intermédiaires.

- Paiement des services environnementaux :

Les agriculteurs méritent d’être non pas subventionnés mais rémunérés pour les services environnementaux rendus aux territoires.

L’agriculture de demain devra être riche en emplois correctement rémunérés.