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Les îles des morts et de Trébéron dans la rade de Brest
Marcel Burel , Professeur de lettres ER

L’histoire de l’île de Tébéron avec son lazaret et de l’île des Morts avec sa poudrière se situe entre 1690 et 1944.

En 1690 Louis XIV fait développer l’arsenal de Brest pour contrer la puissante flotte anglaise. En vue d’une expédition en Irlande il fait réunir dans la rade une escadre de 12 vaisseaux armés chacun de 80 canons, ce qui représente un total de 20 000 marins et 10 000 soldats. Impossible de faire sortir par le goulet tous les vaisseaux le temps d’une seule marée : le mouvement n’est possible que par vent de nord-est et à marée descendante. L’attente risque de durer, une épidémie se déclare, on craint la peste. Pour éviter la propagation à terre on groupe les malades sur l’île de Trébéron, propriété de l’épouse de l’amiral de Chateaurenault. Ils sont abrités sous des tentes, l’épidémie est stoppée. On continuera ensuite à débarquer sur l’île les marins malades.

L’île de Trébéron

Lazaret et quarantaine :

Le lazaret tire son nom d’un personnage d’une parabole de l’évangile nommé Lazare, pauvre mendiant couvert d’ulcères, dont la tradition a ensuite fait un saint. Le premier lazaret fut créé à Venise au XVe siècle, sur une île appelée depuis Lazzaretto Vecchio, à proximité de la ville ( 1423). Le premier en France est celui de Marseille en 1663.
La quarantaine indique un nombre symbolique de jours de confinement, en référence au nombre de quarante fréquent dans la bible : durée du déluge, du séjour de Moïse, puis de Jésus dans le désert, - Longueur du carême chrétien.
Au XVIIIe siècle un règlement du commerce impose l’usage systématique des lazarets, et l’habitude est prise d’imposer la quarantaine aux bateaux suspectés. Le but est de protéger les marins et encore plus les militaires, plus difficiles à remplacer à cause des compétences requises. Une épidémie pouvait dangereusement appauvrir la flotte.

Organisation à Trébéron : l’île était divisée en 4 zones, l’hôpital, aujourd’hui détruit se trouvait dans la zone sud.

Premier contrôle à l’entrée du goulet sur un bateau stationnaire. En cas de soupçon d’épidémie le bateau est dirigé sur Trébéron, où il n’accoste pas. Une navette assure le trajet vers la terre.

Le premier geste des malades, qui viennent de passer des mois en l’absence totale d’hygiène : quitter les vêtements qui seront passés à l’étuve. Ils sont ensuite étrillés avec de la paille et passent devant les médecins qui font le tri : les bien portants sont dirigés vers la zone nord, où ils bâtiront des tentes avec de vieilles voiles. Les matelots vont à l’hôpital, divisé en trois zones : marins, soldats, médecins. Un étage surélevé recevra les officiers malades.

Il y avait deux puits, mais les infiltrations d’eau de mer rendant l’eau saumâtre, une citerne recueillait l’eau de pluie.
Un bâtiment rappelant l’architecture d’un couvent abritait les sœurs de la Sagesse, congrégation hospitalière en contrat avec la marine royale.
Leur rôle : s’occuper du linge ; gérer la pharmacopée, alimentée en partie par un jardin des simples ; prodiguer les soins aux malades. La difficulté de leur fonction était accentuée par la barrière de la langue : en général elles ne parlaient pas breton.
Il y avait aussi des infirmiers. Leur recrutement étant difficile à cause du danger d’épidémie on les prenait chez les bagnards : difficulté supplémentaire pour les sœurs.
La « quarantaine » durait en réalité de 10 jours à trois semaines, au bout desquels on était mort ou guéri. Les morts étaient enterrés sur l’île voisine dans deux fosses parallèles, et les corps étaient recouverts de chaux vive.

Le bâtiment de commandement

Principales maladies :

- Le choléra, contracté par l’absorption d’eau souillée par les excréments. Maladie très fréquente sur les bateaux. La raison de ce fait n’a été découverte qu’au XIXe siècle : avant d’être rejetés en mer les excréments étaient stockés dans des grandes bailles, qui par grosse mer rejetaient une partie de leur contenu, lequel passait au travers du plancher et contaminait les réserves d’eau dans la soute.

- Le typhus : propagé par les piqûres de puces et de poux, arrêté par les mesures d’hygiène.

- Le scorbut, dû au manque d’aliments frais. Une nourriture correcte, fournie par une navette quotidienne, combattait la maladie, et il y avait des animaux sur l’île pour subsister en cas de tempête.

Après une épidémie on décontaminait le navire par fumigation : sabords et écoutilles fermés, feu de genêt vert dans la soute pour que la fumée tue les parasites et les microbes, aération puis badigeonnage au lait de chaux.

Quand il n’y a pas de malades le lazaret peut servir de prison.

- En 1768 une chaîne de bagnards venant de Rennes et soupçonnée d’épidémie de typhus doit contourner Landerneau et se voit interdire l’entrée à Brest. Les bagnards et leurs gardiens sont soignés à Trébéron, où un grand nombre décède. Les survivants entrent ensuite au bagne de Brest.

- 1796 : projet de porter la guerre en Irlande pour détourner les Anglais du blocus de Brest. On recrute des soldats au bagne et on les envoie armés à Trébéron s’entraîner à escalader les falaises abruptes.

Mais l’escadre française est décimée par une tempête.

- Lors de la révolution de 1848 des hommes politiques sont enfermés à Trébéron. Même sort pour des communards de 1870, dont le plus connu est Elisée Reclus, savant géographe enfermé à Trébéron après avoir à plusieurs reprises refusé de rencontrer le ministre Jules Simon, collaborateur de Thiers. A Trébéron les marins très honorés de recevoir le savant géographe lui font une fête !

L’île des Morts et sa poudrière

Au départ la poudre était stockée à Recouvrance près du jardin actuel des explorateurs. La place manquant pour construire, des maisons se sont adossées aux murs, ce qui générait un danger d’incendie et donc d’explosion. Sous Napoléon 1e la décision est prise de stocker la poudre en sécurité à l’île des Morts. L’architecte Nicolas Trouille est chargé de la construction.

Pour aplanir le sol rocheux on recrute des bagnards : l’île se prête peu aux évasions. Ils arrivent à 600, par couples de deux enchaînés ensemble. Pour qu’ils puissent travailler on enlève les chaînes et on les divise en équipes de trois : pic, pelle, brouette. Pic pour creuser des trous dans la roche et la briser à l’aide des anciennes poudres, pelle pour ramasser les déchets, brouette pour transporter les déchets vers la côte, où ils servent à construire un port artificiel. Le travail est payé.

Chacun des trois bâtiments mesure 45 m de long sur 12 m 50 de large. Construction en voûte sans aucun élément métallique (source d’étincelles). Entre la voûte et le toit d’ardoises on fait un remplissage de terre pour amortir le choc des boulets. Ce remplissage favorise aujourd’hui l’invasion du lierre.

La construction dure moins de 2 ans ½. Le travail remarquable des bagnards est visible aussi sur la cale. De cette cale jusqu’aux bâtiments monte une rampe calculée pour faire monter 100kg de poudre dans une charrette à bras tirée par deux hommes.

La maison des canonniers

La poudre fabriquée à Pont-de Buis (poudre de chasse à partir de salpêtre et de charbon de bois) était transportée par bateau, d’abord vers Port-Launay, où le passage de l’eau douce à l’eau de mer nécessitait un changement d’équipage.

Le travail des canonniers consistait à transférer la poudre des barils dans des sacs de toile appelés gargousses, conçus pour contenir la quantité utile à chaque tir. La principale qualité exigée était la finesse et l’agilité des mains, et l’aptitude à la couture. Ils faisaient l’objet d’une fouille sévère : briquets et sabots à clous supprimés, sabots uniquement en bois fournis.

Les gargousses étaient fabriquées dans la cour intérieure.

La poudrière de Pont-de-Buis fut fermée en 1860 : à cette date on était passé de la poudre noire à la poudre à canon, et la poudrière fut transportée à Kerhuon. La poudrière de l’île des Morts perdit de son importance vers 1870.

Aujourd’hui les deux îles constituent une riche réserve ornithologique. Une ombre au tableau : les grands cormorans, espèce protégée, ont la particularité de percher dans arbres, et ils sont la cause de la disparition des derniers pins de Monterey, espèce adaptée au climat maritime, rapportée du Mexique par les anciens marins, qui avait prospéré sur l’île de Trébéron jusqu’à ce que les arbres soient décimés par les étourneaux en 1980.

Les îles appartiennent à la marine nationale qui en interdit l’accès à cause de la proximité de l’Ile Longue. On cherche cependant à mettre en valeur les bâtiments de la poudrerie. Peut-être par des œuvres du peintre Paul Bloas ?